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Censure et cinéma
un tour du monde
Révolution

Bibliographie
illustrée

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Liens

  • Avant-garde

Trash in England [La censure de "Trash" d’A. Warhol en Grande-Bretagne]

  • Jeunesse

"La fleur de l’âge", film maudit de M. Carné

  • Révolutions

Biltereyst, Daniel
‘Will we ever see Potemkin?’: The historical reception and censorship of Eisenstein's Battleship Potemkin in Belgium (1926–32)

Snégaroff, Thomas
D’un centenaire à l’autre : la Société d’histoire de la Révolution de 1848 et le centenaire de 1848 (Revue d’histoire du XIXe siècle n°31, 2005)

Meusy, Jean-Jacques (dir.)
La Bellevilloise 1877-1939 : une page de l’histoire de la coopération et du mouvement ouvrier français

  • Cinéma militant

Barlet, Olivier
Vautier, l’indomptable (1998)

Hoare, Michael
Eléments sur l'histoire des ciné-clubs en France

Lecler, Romain
Le cinéma militant français des années 1970 (2007)

(1ère partie)

(2e partie)

Prédal, René
Un cinéma militant ?

Roy, Anne
Trente ans de cinéma militant, in : L'Humanité, 23 avril 2005

Tzvi Tal
Cinéma urgent et imparfait : le cinéma politique en Uruguay 1960/70

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Chronologie

1925-1939
Grande-Bretagne : la Film Society projette à ses membres des films étrangers interdits par la censure anglaise

1927
Allemagne : la UFA cesse de distribuer les films soviétiques (auparavant visibles malgré l'opposition de la Défense et de l'Armée)

1928
France : interdiction par l'Education nationale et les Beaux-Arts de tous les films soviétiques ; création des "Amis de Spartacus".

Années 1930
Helsinki : les films soviétiques interdits en Finlande sont projetés au ciné-club Montaasi

1937
Shanghaï : la projection du documentaire soviétique "Abyssinie" est brutalement interrompue par des marins italiens envoyés par le consulat d'Italie.

1941
Cuba : la commission de censure interdit une série de films soviétiques

1948
France : les films projetés dans un cadre non commercial deviennent eux aussi tributaires d’un visa de censure (sont visés les films produits par le PCF ou distribués par l’association France-URSS)

1949
Italie : les films soviétiques et polonais ne sont plus importés

1950-1960
Turquie : les films en provenance d’URSS ou des pays de l’Est sont interdits d’importation

1954-1967
Allemagne : les films importés d’URSS doivent recevoir le visa d’un Comité interministériel

1955
Création de la Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai

Années 1960
Amérique latine : essor du cinéma militant

1963
"Hitler, connais pas", de B. Blier, enquête documentaire sur la jeunesse, interdit -18 ans

Après mai 1968
France : essor du cinéma militant

1973 (janvier)
René Vautier en grève de la faim pour "la suppression de la possibilité pour la commission de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques".

 

Le thème "Révolution" a trait à la censure de ces cinémas qui remettent sciemment en cause la norme admise, dans le fond ou dans la forme : avant-garde artistique, thèmes de la révolte individuelle et de la révolution politique, cinéma militant.

Les avant-gardes artistiques ont dès les années 1910 récupéré le cinéma, à ses débuts distraction populaire méprisée par les arts établis.
Leurs films combinent les révolutions formelles à la remise en question de valeurs traditionnelles ou imposées par le pouvoir en place. Double transgression qui attire sur elles l’attention de la censure, officielle ou réclamée.
L’exemple le plus célèbre est le cinéma surréaliste et les films de Buñuel et Salvador Dali, "L’âge d’or" et "Un chien andalou".
Il y a aussi le cinéma futuriste italien : en 1916, le film collectif "Vita futurista de l’avvenire" comporte un épisode anti-autrichien censuré ("Pourquoi François-Joseph ne mourait pas").
En URSS, le cinéaste et théoricien du cinéma Dziga Vertov ne pourra, après 1934 et l’avènement du "réalisme socialiste" mettre en œuvre ses projets de "ciné-vérité".
Par définition non destiné au grand public, le cinéma d’avant-garde est diffusé surtout sur le circuit parallèle, d’autant plus qu’il aborde des thèmes tabous (sexe ou politique), comme le cinéma underground des années 1960-1970.

La jeunesse à problèmes est un autre thème "rebelle" au cinéma. Cinéma d’auteur ou cinéma commercial, ces films ont très souvent et un peu partout suscité l’opposition en donnant de la jeunesse délinquante une image trop fidèle. Ils tendent à une société le miroir de son échec, à travers le malaise ou la révolte de la population censée assurer son avenir et la perpétuation de son mode de vie.
Les collégiens de "Zéro de conduite", les bandes de gamins et d’adolescents de "Los Olvidados" de Buñuel, le blouson-noir Marlon Brando ou l’adolescent torturé James Dean ont tour à tour affronté les censures de divers pays.
La manière dont une société traite le problème a aussi appelé le voile de la censure. Le cas le plus célèbre dans le cinéma français est celui du légendaire film avorté de Marcel Carné sur le bagne d’enfants de Belle-Île. D’abord intitulé "L’île des enfants perdus", le projet est censuré en 1936 et à nouveau abandonné en 1947 après trois mois de tournage sous le titre "La fleur de l’âge".

La révolution au cinéma est d’abord celle dont veulent témoigner les films soviétiques des années 1920, presque immédiatement interdits en Europe. Après 1945, la guerre froide motive à son tour le blocage (au minimum la surveillance attentive) des films soviétiques distribués à l’Ouest. Les films interdits dans les années 1950 en France, comme "La chute de Berlin" de M. Tchiaourelli (1949), relèvent de la propagande stalinienne et ne sont plus vraiment "révolutionnaires".
Si la Révolution française est bien représentée au cinéma, il n’y a pas, ou si peu, de films sur la Commune dans le cinéma français. Le film sur la Révolution de 1848, projeté par Grémillon, ne se fera pas.
L’interdiction des films soviétiques dans les années 1920 est à l’origine du circuit parallèle qui servira plus tard à la diffusion du cinéma militant.
Dans beaucoup de législations, l’interdiction d’un film par la censure ne concerne que son exploitation commerciale en séances publiques, laissant un vide juridique sur les séances "privées".
C’est ce vide qu’utiliseront les ciné-clubs, les coopératives ouvrières comme La Bellevilloise, les comités d’entreprises, les syndicats, les universités, etc...
Ancêtres du cinéma militant formalisé en 1968, des films comme "La vie est à nous", production du PCF réalisée par J. Renoir en 1936, ont ainsi été projetés en "séances privées" après s’être vu refuser le visa commercial.

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Bibliothèque de Sciences Po