Le diplôme de bachelor obtient le grade de licence

Passeport pour la mobilité étudiante
  • Étudiants de Sciences Po sur le campus de Nancy ©Martin Argyroglo/Sciences PoÉtudiants de Sciences Po sur le campus de Nancy ©Martin Argyroglo/Sciences Po

Le Conseil national de l’enseignement supérieur de la recherche (CNESER) s’est exprimé le 20 mars dernier en faveur de la reconnaissance de la formation de premier cycle de Sciences Po comme équivalent au grade de licence au niveau national.

La consécration d’une nouvelle ambition pour le 1er cycle

Cette reconnaissance consacre la qualité du nouveau bachelor de Sciences Po qui se déploie depuis la rentrée 2017. Ce diplôme, qui existe depuis 2008 avait été créé au moment de la mise en place du Collège universitaire, structure née de la réorganisation du premier cycle.

Le nouveau bachelor est le fruit d’une vaste réforme menée de 2015 à 2017 au sein de plusieurs groupes de travail et en lien avec nos différents partenaires. Voté en 2017 par les instances de Sciences Po, le nouveau bachelor vise à réaffirmer l’identité de la formation du premier cycle autour d’un engagement humaniste et scientifique. Pour donner davantage de lisibilité au diplôme, une refonte des contenus pédagogiques a été menée à partir de trois piliers : exigence académique, ouverture internationale et engagement civique. 

Désormais les étudiants suivent un parcours de formation progressif structuré autour de trois années correspondant chacune à des attendus pédagogiques clairement prédéfinis :

  • une première année d’apprentissage des méthodologies et des disciplines fondamentales,
  • une deuxième année d’approfondissement et de prise d’autonomie avec le choix d’une majeure : “Économies et sociétés”, “Humanités politiques” ou “Politique et gouvernement”,
  • une troisième année à l’international sous la forme d’un séjour universitaire ou d’un semestre d’études complété par un semestre de stage, à l’étranger.

Tout au long de ces trois années, les étudiants s’engagent dans un parcours civique qui permet une réelle implication dans une mission d’intérêt général au contact direct des publics.

Un “Grand écrit”, évaluation finale écrite, vient valider ce cursus de six semestres de 180 ects et donnera lieu à la délivrance du nouveau diplôme de Bachelor à partir de 2020.

Un passeport pour la mobilité

La reconnaissance du grade de licence est importante pour les étudiants souhaitant poursuivre leurs études dans d’autres établissements en France et à l’international. L’éligibilité aux concours administratifs dans d’autres pays s’en trouvera également facilitée.

Frédéric Mion, directeur de Sciences Po se félicite de la décision du CNESER : « Cette reconnaissance est le fruit d’un travail de longue haleine mené par les équipes du Collège universitaire sous l’égide de sa doyenne Bénédicte Durand. Nous sommes très fiers de cette consécration qui donnera un passeport de mobilité renforcé à nos étudiants en premier cycle. »

Désormais, Sciences Po délivre les deux diplômes équivalent aux grades universitaires en formation initiale : la licence après un premier cycle et le master après un deuxième cycle. Par ailleurs, Sciences Po délivre le diplôme national du doctorat en troisième cycle et l’habilitation à diriger des recherches.

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Consulter le décret

Que font nos diplômés après Sciences Po ?

Des profils toujours très demandés
  • Un diplômé de la promotion 2018 ©Inspirience / Sciences PoUn diplômé de la promotion 2018 ©Inspirience / Sciences Po

D’après notre dernière enquête d’insertion professionnelle portant sur la promotion 2016, nos diplômés s’insèrent toujours aussi aisément sur le marché du travail. 90,7% de ceux qui ont choisi d’entrer dans la vie active ont ainsi un emploi un an après leur diplôme. A 69%, ils travaillent dans le privé et, à 34% hors de France. Découvrez tous les résultats de notre enquête !

Lire les résultats complets de l'enquête (pdf, 310 Ko) et le communiqué de presse du 19 juillet 2018

L’enquête en 5 chiffres clés*

  • 81,3% des diplômés ayant répondu à l’enquête ont décidé d’entrer dans la vie professionnelle (76% en 2016)
  • 90,7% sont en activité (91% en 2016, 88,8% en 2015, 85,5% en 2014)        
  • 83,7% ont trouvé leur premier emploi moins de six mois après la sortie de Sciences Po  (88,4% en 2016, 87% en 2015, 81% en 2014)
  • 69% travaillent dans le secteur privé (71% en 2016, 73% en 2015)
  • 34% travaillent hors de France (35% en 2016, 38% en 2015)

Des diplômés qui s’insèrent bien et vite sur le marché du travail...

Parmi les étudiants ayant décidé d’entrer dans la vie professionnelle, 90,7% sont en activité, un chiffre stable par rapport à l’an passé. 7,6% d’entre eux seulement sont à la recherche d’un emploi (8,8% en 2016). À noter que 59,6% des répondants se déclarant à la recherche d’emploi ont en fait déjà occupé un premier emploi depuis leur sortie de Sciences Po, ce qui porte le taux d’insertion global à 96% !

Les délais d'accès à l'emploi restent rapides : 84% des diplômés ont trouvé un emploi en moins de 6 mois (88% en 2016). 72% des diplômés occupent un emploi stable, et la part des contrats à durée déterminée diminue par rapport à l'enquête précédente, passant de 20% à 12%. 

Des salaires élevés

La rémunération brute annuelle moyenne atteint 37 164 €. Celle-ci est plus élevée que l’an passé (36 560 € pour la promotion 2015). La rémunération moyenne est plus élevée à l’étranger qu’en France

À 69% dans le privé

69% des des diplômés en emploi travaillent dans le secteur privé (contre 71% en 2016) ; 9% dans une organisation internationale ou au sein des institutions européennes (contre 8% en 2016) et 22% dans le secteur public (21% en 2016).

Plus d’un tiers des emplois hors de France

34% des répondants déclarent travailler hors de France. Cette forte internationalisation découle en partie d’étudiants internationaux retournant dans leur pays d’origine mais aussi des étudiants français qui sont 22% à trouver un premier emploi à l’international.

Des écarts de rémunération femmes-hommes persistants

Si les différences en termes de rythme et de qualité d’insertion professionnelle entre les étudiants et les étudiantes sont faibles, la rémunération des femmes est en moyenne de 15,6% moins élevée que celle des hommes. Une partie de ces écarts s’explique par des choix différents de master et de secteur d’activité, les hommes étant plus nombreux à choisir des secteurs plus rémunérateurs. Sciences Po poursuit un ensemble d’actions pour réduire les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes : cycle d’ateliers, tables rondes, conférences... Une chaire sur l’entrepreneuriat féminin a été créé en 2018 pour évaluer les interventions visant à réduire les barrières auxquelles les femmes sont confrontées.

L’apprentissage : un choix favorisant l’insertion professionnelle

Les étudiants en apprentissage sont plus fréquemment en emploi et ont des délais d’insertion raccourcis avec plus de 56% d’entre eux embauchés avant l’obtention du diplôme. Tout savoir sur l’apprentissage à Sciences Po.

Les étudiants en situation de handicap bien insérés sur le marché du travail

Un seul étudiant parmi les 19 étudiants disposant d’une RQTH (Reconnaissance de qualité de travail handicapé) est en recherche active d’emploi. Les autres sont en emploi ou en poursuite d’études.

*L'édition 2018 de l'enquête d'insertion professionnelle des jeunes diplômés de Sciences Po, qui porte sur la situation des diplômés de la promotion 2016 dix-huit mois après l'obtention de leur diplôme, a été réalisée sous la supervision scientifique de Roberto Galbiati (CNRS) et grâce au savoir-faire du Centre de Données Socio-Politiques. Elle a permis de recueillir des informations de 1 591 diplômés soit un taux de réponse de 76 %.

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Ils viennent du monde entier et ont choisi Sciences Po

  • Sciences Po, an international community ©Sciences PoSciences Po, an international community ©Sciences Po

Ils viennent de Corée, des États-Unis, de Russie, de Grande-Bretagne, ou encore d'Oman. Ils ont choisi Sciences Po pour son ouverture sur le monde, sa communauté internationale, son curriculum multidisciplinaire. Témoignages (en anglais).

Cérémonie du diplôme 2018 : les meilleurs moments

  • Diplômés de Sciences Po 2018 ©Sciences PoDiplômés de Sciences Po 2018 ©Sciences Po

Des étudiants brillants et engagés. Des invités d’honneurs inspirants. Des parents débordant de fierté. Consécration de l’année universitaire, la cérémonie du diplôme rassemblait, vendredi 29 et samedi 30 juin 2018, près de 2400 diplômés et leurs invités au grand auditorium de la Maison de la Radio à Paris. Les meilleurs moments en vidéo.

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Comment préparer vos inscriptions pédagogiques ?

  • Préparer ses inscriptions pédagogiques ©Sciences PoPréparer ses inscriptions pédagogiques ©Sciences Po

Avant l'ouverture des inscriptions, il est essentiel de relire votre maquette pédagogique, de vous assurer du calendrier des inscriptions et de vous connecter à votre espace étudiant afin de vérifier vos informations.

Il est indispensable de veiller à l'exactitude de ces informations et de contacter les services concernés en cas d'informations manquantes ou erronées.

Besoin d'aide ?

Pour toutes vos questions sur les inscriptions pédagogiques, n’hésitez pas à consulter notre guide d’accompagnement disponible sur le site de la Direction des Études et de la scolarité ou nos tutoriels en vidéo.

Ce guide et ces tutoriels vous expliquent de manière simple le déroulement des inscriptions pédagogiques, et vous aident à bien les préparer.

Qui sont les diplômés 2018 ?

La cérémonie aura lieu les 29 & 30 juin 2018
  • Frédéric Mion lors de la cérémonie du diplôme en 2016 ©Laurent ARDHUINFrédéric Mion lors de la cérémonie du diplôme en 2016 ©Laurent ARDHUIN

Des étudiants brillants et engagés. Des invités d’honneurs inspirants. Des parents débordant de fierté. Consécration de l’année universitaire, la cérémonie du diplôme rassemblera, vendredi 29 et samedi 30 juin 2018, près de 2400 diplômés et leurs invités au grand auditorium de la Maison de la Radio. Qui sont les étudiants de la promo 2018 ? Découvrez leurs profils. 

2394 diplômés

C'est le nombre exact d'étudiantes et d'étudiants qui vont devenir la "Promo 2018" :

4 cérémonies

Comme en 2017,  quatre cérémonies de remise de diplômes vont s’enchaîner dans le superbe auditorium de Radio France, à suivre en direct sur notre chaîne Youtube. Et à partager via le hashtag #scpograd2018.  

Autant d’opportunités de donner la parole, aux côtés de Frédéric Mion, directeur, et Cornelia Woll, directrice des études et de la scolarité, à des personnalités inspirantes. Mais suspense : vous ne découvrirez leurs noms qu’au dernier moment ! Voici le déroulé prévu pour ces deux journées d’exception :

Et aussi

"Montrer la révolution entrepreneuriale"

Entretien avec la réalisatrice Nora Poggi
  • Portrait Nora Poggi ©DRPortrait Nora Poggi ©DR

Diplômée du master en communication de Sciences Po, Nora Poggi est la réalisatrice du film documentaire « She Started It ». Projeté plus de 300 fois, entre autres aux universités de Harvard, de Columbia, de Yale… mais aussi à la Banque Mondiale, à Disney, ou encore chez Google et dans de nombreux festivals, ce film suit le parcours de cinq jeunes femmes qui ont lancé leur start-up dans la Silicon Valley. Interview avec la réalisatrice à l’occasion d’une conférence à Sciences Po.

Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser un documentaire sur les femmes entrepreneures ?

Ma coproductrice Insiyah Saeed et moi avons commencé la réalisation de ce documentaire au printemps 2013. Je couvrais l’industrie des nouvelles technologies en tant que journaliste et j’ai remarqué le manque de femmes dans ce milieu. Un jour, j’ai  participé à une conférence organisée par « Women 2.0 » et j’y ai découvert des femmes entrepreneures à succès dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai alors pensé : pourquoi leurs histoires ne sont-elles pas dans les médias ? Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 9 % des fondateurs d’entreprises à forte croissance, et 96 % des investisseurs sont des hommes qui contrôlent la majorité des fonds. Nous avons donc décidé de raconter les histoires de femmes commençant à construire leurs propres entreprises pour mettre en valeur cette révolution entrepreneuriale. Nous avons suivi cinq jeunes femmes à travers les hauts et les bas de leur parcours entrepreneurial. Nous voulons que des filles regardent ce film pour qu’elles sachent qu’elles peuvent prendre des risques, que l’échec n’est pas un problème et que cela vaut la peine de s’investir avec passion.

Sciences Po est une université qui prête une vraie attention à l’étude des genres. Diriez-vous que vos études à Sciences Po ont suscité votre intérêt pour l’entrepreneuriat féminin ?  

Mes études en communication  à l’École du management et de l’innovation de Sciences Po ont été un excellent tremplin pour travailler dans la création et les médias. Ce fut surtout ma découverte des créatrices d’entreprises à San Francisco qui m’a amenée à m’intéresser à l’entrepreneuriat féminin, même si j’ai toujours été particulièrement intéressée par les questions d’égalité femmes-hommes, y compris durant mes années passées à Sciences Po, où d’incroyables professeurs m’ont donné les outils qui m’ont conduit là où je suis aujourd’hui.

Bande-annonce officielle de "She Started It" :

À l’occasion d’une conférence à Sciences Po en 2014, Sheryl Sandberg a dit que les femmes souffraient de la “tyrannie des faibles attentes”. Vous avez interviewé de nombreuses femmes entrepreneures lors de la réalisation de votre documentaire. De votre point de vue, quel a été l’obstacle le plus commun surmonté par ces femmes ?

Les études montrent que les filles abandonnent en maths et sciences lorsqu’elles ont une mauvaise note à l’école, mais pas les garçons. La peur de l’échec frappe davantage les filles, ce qui les empêche de poursuivre leurs rêves. Les femmes que nous avons interviewées ont toutes une chose en commun : elles croyaient en elles suffisamment pour dépasser  leurs doutes, cette petite voix qui se demande : “Suis-je à la hauteur ? “. Elles ont appris à construire leur confiance en elles-mêmes et leur famille, leurs amis ou leurs mentors ont contribué à les soutenir. Pour tout entrepreneur, il est crucial de développer son réseau de soutiens. Que ce soit localement, au sein de sa communauté, ou bien à l’extérieur, chacun peut se lancer, mais il faut le soutien de personnes qui partagent la même manière de penser et l’appui de gens prêts à vous suivre.

Quels leviers peut-on actionner pour faire évoluer les choses ?

Il est nécessaire que notre société change et que nous luttions contre les barrières structurelles qui empêchent les femmes et les filles de suivre leurs ambitions. Il y a un manque de ressources, de modèles, de mentors, pour soutenir spécifiquement les projets d’entreprise des femmes, tout comme ceux des personnes de couleurs, LGBTQ, en situation de handicap, etc. Nous devons diversifier l’ensemble de l’écosystème et la communauté des investisseurs, et également se battre contre les normes culturelles et les médias qui nous montrent une perspective très étroite de l’entrepreneuriat. C’est ce à quoi je m’attaque avec « She Started It ».

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Un nouveau master en marketing et luxe

Pour un luxe responsable respectueux des enjeux du développement durable
  • Vue de la Place Vendôme à Paris ©Jose Ignacio Soto/ShutterstockVue de la Place Vendôme à Paris ©Jose Ignacio Soto/Shutterstock

À la rentrée 2019, l’École du management et de l’innovation ouvre un nouveau master intitulé « Master Marketing : New Luxury & Art de Vivre ». Entièrement en anglais, il a pour vocation d’accueillir 25 étudiants français et internationaux. Les participants auront des parcours très divers. Des connaissances préalables en marketing ne sont pas nécessaires.

Ce programme en deux ans entend former des responsables marketing de haut niveau conscients que le secteur du luxe et de l’art de vivre se réinvente autour des enjeux clés de responsabilité et de développement raisonné et durable.

S’inscrivant dans la démarche de l’École du management et de l’innovation qui place les sciences humaines et sociales au coeur de son projet de formation, “le programme entend relever le défi de réconcilier un ancrage culturel, social et sociétal fort avec une vision des tendances du futur”, précise Marie-Laure Djelic, doyenne de l’École du management et de l’innovation.

Le master est structuré par deux dimensions : 

  • la dimension sociétale et contextuelle du luxe (son ancrage historique, géographique et culturel et sa transformation à travers l’évolution des modes de consommation, des préférences, des valeurs et des usages des nouvelles générations).
  • l’impact de la révolution numérique et la place grandissante des questions de responsabilité et de développement durable et raisonné au sein de ce secteur.

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Réussissez le Bac avec Sciences Po !

Nos tutos pour se préparer aux épreuves
  • Élève en bibliothèque ©Caroline Maufroid / Sciences PoÉlève en bibliothèque ©Caroline Maufroid / Sciences Po

Vous révisez le Bac ? Sciences Po vous accompagne dans la dernière ligne droite avec ses tutoriels en vidéo. Dans “Sciences Po passe le Bac”, nos profs planchent sur un sujet et donnent leurs conseils pour le traiter. Dans nos fiches méthodo, on vous explique comment éviter le hors-sujet, lire une carte ou encore travailler en temps limité. De quoi se préparer aux épreuves en toute sérénité.

Conseils de méthode : nos tutos 

Rendez-vous sur nos fiches Openclassrooms pour des conseils de méthode utiles dans toutes les matières :

Et vous pouvez aussi piocher dans le "kit méthodologique" que nous fournissons à tous nos étudiants de première année !

Révisions : nos vidéos "Sciences Po passe le Bac"

Pour boucler vos révisions en français, voici un sujet de dissertation qui pourrait bien tomber : "Le héros n'est-il que la somme de ses actes", par Sophie Rochefort Guillouet, enseignante en histoire, histoire de l'art et littérature à Sciences Po :  

 

En philosophie, c'est Astrid von Busekist, professeur agrégé de science politique, qui vous accompagne sur un autre sujet : "Le philosophe face au problème de la frontière". 

À découvrir aussi, le tuto de géographie par René-Éric Dagorn, professeur agrégé d'histoire-géographie, sur les "Espaces maritimes : approche géostratégique". 

En histoire, retrouvez aussi les conseils de David Colon, professeur agrégé d’histoire, sur “Gouverner la France depuis 1946”.

Également disponibles

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CORE : un autre enseignement de l'économie est possible

Un nouveau manuel pour comprendre le réel
  • Yann Algan, économiste, professeur, auteur du projet CORE ©Sciences PoYann Algan, économiste, professeur, auteur du projet CORE ©Sciences Po

Enseigner l’économie comme si les 30 dernières années avaient vraiment eu lieu. Et (re)donner le goût pour cette discipline aux étudiants. Telles sont les ambitions de CORE, un nouveau cours et son manuel élaborés par des professeurs d’économie du monde entier, parmi lesquels Yann Algan à Sciences Po. Objectif de ce cours : montrer que l’économie, jugée souvent trop abstraite et théorique, peut contribuer à résoudre les problèmes et les crises du monde réel.

Quel est le problème le plus urgent que les économistes devraient traiter ? Les inégalités ! répondent en masse les étudiants du monde entier quand on leur pose la question. Mais aussi le changement climatique, l’instabilité financière. Ou, pour la France, le chômage. Face à cette attente, les cours d’économie déçoivent, voire détournent les étudiants de la matière. “Lors de la crise des subprimes en 2008, raconte Wendy Carlin, professeure d’économie à UCL (UK) et co-fondatrice du projet CORE, les étudiants en économie avaient honte. Ils rentraient chez eux pour fêter Noël et se trouvaient incapables de répondre aux questions qu’on leur posait.”

Un enseignement jugé trop théorique et trop réducteur

C’est de ce constat qu’est né en 2016 le projet CORE (pour Curriculum Open-access Resources in Economics) : si les citoyens du monde, et en premier lieu les Français, sont si critiques vis-à-vis de l’économie, c’est sans doute que son enseignement actuel en est, pour partie, responsable. “L’enseignement de l’économie est fortement remis en cause dans le monde entier, et plus particulièrement en France, car il est jugé trop théorique, trop éloigné des grands enjeux contemporains, et trop réducteur sur les comportements humains”, explique Yann Algan, économiste et professeur à Sciences Po et l’un des auteurs du projet CORE. Mené par une équipe de chercheurs et enseignants du monde entier, CORE a déjà été utilisé dans une centaine d’universités dans le monde.

“La plus grande des résistances au changement, poursuit Yann Algan, c’est l’absence d’alternative.” Pour faire changer concrètement les choses, il fallait un nouvelle approche pour enseigner l’économie - c’est l’objectif de CORE - mais aussi un outil immédiatement utilisable dans les salles de cours : il s’agit de l’e-book The Economy. Un manuel en ligne, gratuit et accessible à tous, dont la version française, intitulée L’Économie vient d’être publiée, et que les étudiants de Sciences Po et de Toulouse School of Economics utilisent déjà en cours.

Enseigner l’économie comme si les 30 dernières années avaient eu lieu

Pour mieux répondre aux attentes des étudiants, ce nouvel enseignement prend le contrepied des manuels classiques, avec une idée simple : étudier la réalité. La réalité des être humains, d’abord, capables à la fois de calculer leur intérêt mais aussi de coopérer et de se montrer généreux. Rien à voir donc avec l’homo œconomicus abstrait dépeint dans les manuels que la plupart des étudiants utilisent. La réalité du monde d’aujourd’hui, ensuite, en intégrant les découvertes récentes de la recherche en économie, qui aborde les problèmes liés à l’environnement, à l’instabilité économique, ou aux inégalités. La réalité d’une science humaine et sociale, enfin, qui n’est pas un objet isolé mais s’enrichit des apports du droit, de l’histoire, de la sociologie.  “On ne comprend pas l’entreprise si on ignore le pouvoir, la politique ou le droit social”, relève Samuel Bowles, autre co-fondateur de CORE et professeur au Sante Fe Institute (USA). Ainsi refondé, le cours d’économie se tourne vers la résolution de ces problèmes. Et ne se borne pas à opposer les analyses des grands auteurs présentées comme inconciliables pour toujours : “On ne se contente pas de juxtaposer et de comparer Marx et Keynes, explique Samuel Bowles. On les intègre pour créer un nouveau paradigme”.

Prochaine étape pour CORE en France : une adaptation au programme de lycée, qui sera pilotée par Sciences Po et testée dès l’été prochain via le programme “Premier campus” et les Conventions éducation prioritaire. “Je me réjouis de l’engouement suscité par CORE à travers le monde, conclut Yann Algan. Nous appelons nos collègues universitaires à participer au projet pour poursuivre l’ambition du programme de redonner aux étudiants et à la société civile le goût de l’économie comme science humaine au service du bien commun.”

Lire le communiqué de presse du 30 mai 2018.

*À propos de CORE : Curriculum Open-access Resources in Economics

Le projet CORE regroupe une équipe internationale de chercheurs et enseignants du monde entier sous l’égide de Samuel Bowles (Santa Fe) et Wendy Carlin (UCL). Des cours basés sur CORE ont déjà été enseignés comme introduction générale aux sciences économiques dans plus d’une centaine d’universités dans le monde. Depuis son lancement en 2016, CORE compte plus de 60 500 utilisateurs de 186 pays et plus de 6100 enseignants de 131 pays. La version papier de l’eBook en anglais a déjà été rééditée six fois pour tenir compte de la demande. Des traductions en farsi, en italien, en espagnol, en portugais, ainsi qu’une adaptation pour l’Asie du Sud-Est sont en préparation. Un site internet a été lancé en septembre 2017 et un nouveau projet adapté à un public de non spécialistes en économie a récemment été développé par 20 universités.

De Polytechnique à Sciences Po

Former les élèves et diplômés ingénieurs aux sciences sociales
  • Jacques Biot et Frédéric Mion ©Sciences PoJacques Biot et Frédéric Mion ©Sciences Po

Forts de leurs valeurs communes en matière de formation, Polytechnique et Sciences Po ont décidé de coopérer afin de donner la possibilité aux élèves-ingénieurs et aux jeunes diplômés ingénieurs de l’X d’acquérir une double compétence reconnue sur le marché du travail français et international.

Obtenir le diplôme de Polytechnique et le diplôme de Sciences Po

Les candidats de l’X pourront, à partir de la rentrée 2018, suivre un master en deux ans parmi ceux proposés par l’Ecole d’affaires publiques, l’Ecole des affaires internationales et l’Ecole urbaine. A l’issue de ce parcours de formation, ils obtiendront le diplôme de master de Sciences Po et le diplôme d’ingénieur de Polytechnique.

L’accord avec Polytechnique constitue la 19ème convention d’admissibilité signée par Sciences Po avec une école d’ingénieurs. A travers ce rapprochement, Sciences Po s’ouvre un peu plus encore à des profils issus de formations aux sciences dures. Les conventions d’admissibilité avec des écoles d’ingénieurs viennent prolonger les accords de doubles diplômes. Sciences Po a récemment signé deux doubles diplômes de niveau master avec AgroParisTech et ISAE-SUPAERO.

Modalités d’inscription

Pour postuler à un master de Sciences Po, les élèves polytechniciens doivent être en troisième année du cycle d’ingénieur et avoir suivi au préalable le “Programme d’approfondissement affaires publiques”. Dispensés de l’épreuve d’admissibilité, ils passent un entretien d’admission devant une commission composée de deux membres de Sciences Po.

En savoir plus sur les conventions d’admissibilité et les écoles partenaires de Sciences Po  

Matthieu Tordeur, aventurier et étudiant à Sciences Po

  • Matthieur Tordeur ©Sciences PoMatthieur Tordeur ©Sciences Po

Étudiant à Sciences Po à l'École des affaires internationales, Matthieu est le plus jeune aventurier membre de la Société des Explorateurs Français.

Ne voyageant jamais sans son appareil photo, il documente ses aventures dans les magazines et sur son site internet www.matthieutordeur.com Il est l’auteur de "4L, Un tour du monde du microcrédit" et le réalisateur du documentaire "Microcrédit en 4L, Un tour du monde du microcrédit" (52 min).

À partir de novembre 2018, il se lance à l'assaut du Pôle Sud.

Sciences Po, université la plus internationale de France

Le classement Times Higher Education
  • Étudiants parlant ensemble, campus de Reims ©Martin Argyroglo / Sciences PoÉtudiants parlant ensemble, campus de Reims ©Martin Argyroglo / Sciences Po

Sciences Po à la 17e place mondiale et à la première place en France pour sa part d’étudiants internationaux, c’est le résultat du classement “International Student Table” 2018 de Times Higher Education qui vient distinguer les 200 universités les plus internationales dans le monde.

Les étudiants sont de plus en plus nombreux à choisir un pays étranger pour suivre des études. Côtoyer des cultures différentes, apprendre une ou plusieurs langues étrangères, vivre en immersion à l’étranger… Les raisons de ce choix sont souvent multiples et amènent les étudiants à distinguer la proportion d’étudiants internationaux comme l’un des critères de sélection d’un établissement d'enseignement supérieur.

Dès la création de l’école, en 1872, l’ouverture internationale était déjà très fortement présente dans le projet de Sciences Po. Celle-ci a fait l’objet d’une politique volontariste qui a entre autres mené à nouer des partenariats avec 470 universités partenaires dans le monde. Aujourd’hui, Sciences Po compte près de 50% d’étudiants étrangers, de 150 nationalités différentes.

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Être apprenti à Sciences Po, c'est possible !

Tout savoir sur l'apprentissage
  • Étudiants et employeurs à Sciences Po ©Sciences PoÉtudiants et employeurs à Sciences Po ©Sciences Po

Pour les étudiants en master, l’apprentissage est possible à Sciences Po. Chaque année, ils  sont 8% à faire ce choix. Voici pourquoi.

Ils sont de plus en plus nombreux à opter pour l’apprentissage. En quatre ans, on compte ainsi 75% d’apprentis en plus. Comment expliquer cet engouement ? Tout simplement, l’apprentissage permet aux étudiants de mettre en action ce qu’ils apprennent en cours pendant une année. À travers ce dispositif, ils apprennent à prendre des responsabilités et préparent leur insertion professionnelle.
Pour les étudiants les plus modestes, c'est aussi un moyen de sécuriser leur parcours de formation puisque l’apprenti est exonéré des frais de scolarité et reçoit un salaire minimum (61% du SMIC ou du salaire minimum conventionnel).

8 masters sont proposés en apprentissage en deuxième année (sauf pour le master journalisme ouvert à l’apprentissage dès la première année). Les contrats d’apprentissage débutent entre le 1er juin et le 31 octobre.

À l’École d’affaires publiques :

À l’École de journalisme :

À l’École du management et de l’innovation :

À l'École urbaine

Pour en savoir plus, consultez la brochure des masters en apprentissage.

Accompagner les jeunes réfugiés vers l'emploi

Un nouveau programme à Sciences Po
  • Étudiants ©Kiron UniversityÉtudiants ©Kiron University

Forte de son expérience en matière d’accueil des étudiants réfugiés, Sciences Po poursuit son action en proposant à de jeunes réfugiés un certificat professionnel visant à faciliter leur insertion sur le marché de l’emploi. Ce programme sera lancé à la rentrée 2018-2019.

Depuis 2016, Sciences Po accompagne les réfugiés avec son programme "Welcome Refugees"

80 personnes accompagnées depuis 2016. C’est le bilan de l’action de Sciences Po pour aider les réfugiés et demandeurs d’asile depuis le lancement de “Welcome Refugees”, son dispositif d’accueil des étudiants réfugiés.

Ce programme, qui s’est développé grâce au soutien très actif des étudiants de Sciences Po, mais aussi de l’ONG Wintegreat, des enseignants, de l’administration et de nombreux partenaires, a permis à ces étudiants en situation de fragilité de trouver leur voie, que ce soit au sein d’une formation à Sciences Po, ou encore dans d’autres établissements, en stage, en formation longue, ou en emploi.

Le certificat professionnel, un nouveau dispositif

Forte de cette expérience, Sciences Po a souhaité renforcer son action en direction des réfugiés en proposant un “certificat professionnel”. D’une durée de deux ans, ce nouveau programme qui s’adresse en priorité aux moins de 26 ans, vise à faciliter l’insertion sur le marché de l’emploi.

Les étudiants ayant accès à ce dispositif suivront, en première année, des enseignements en sciences humaines et sociales dispensés au Collège universitaire de Sciences Po : histoire, humanités politiques, mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales, art oratoire, ateliers de pratique artistique, etc. En deuxième année, ils seront accompagnés vers l’emploi avec la réalisation d’un stage et un suivi individualisé, comprenant entre autres des cours de français, de bureautique, d’initiation à l’entrepreneuriat, etc.

Ce nouveau certificat permet ainsi d’élargir les possibles et complète l’offre pédagogique pour les réfugiés qui souhaiteraient privilégier une employabilité à court-terme à la poursuite de longues études.

Pour plus d’informations : refugees.contact@sciencespo.fr

Le parcours civique : un humanisme en actes

S'engager au service des autres
  • Le parcours civique ©Sciences PoLe parcours civique ©Sciences Po

Nouveauté liée à la réforme du bachelor, le parcours civique propose aux étudiants d’appréhender la citoyenneté et la responsabilité sociale à travers le développement d’un projet personnel au service des autres. Se déroulant hors les murs de Sciences Po, le parcours civique amène les étudiants à rencontrer des personnes de différents milieux travaillant les secteurs de l'éducation, de l'emploi, de l'environnement, de la justice, de la santé, de la paix, etc.

Cette mission de service répond également a un objectif pédagogique précis : former les étudiants par l’action. À travers la réalisation de leur projet personnel, ils acquièrent de l’autonomie, un sens de l’action publique, une ouverture d’esprit et une capacité à travailler collectivement. Ils dessinent également les premières pistes d’une orientation professionnelle grâce à la découverte de métiers et de structures.

Pour son stage de terrain, Guillaume Castan-Comet se rendra cet été dans un EHPAD dans la Creuse pour initier les personnes âgées au numérique.

Obligatoire, le parcours civique valide le diplôme de bachelor. Au cours de leur première année, les étudiants rédigent une lettre d’engagement, point de départ de leur projet, et effectuent un stage de terrain d’un mois pendant l’été. En deuxième année, ils mènent un projet libre de façon individuelle ou collective. En troisième année, ils restituent et valorisent cette expérience à travers la rédaction d’un rapport.

Lors de la journée de lancement officiel du parcours civique, le sens et les enjeux de l’engagement au service de ses concitoyens ont été évoqués par les acteurs du champ social qui accueilleront les premiers étudiants.

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"Je suis partisane du leadership de service"

Astou Diouf, boursière Sciences Po - Mastercard Foundation
  • Astou Diouf ©Didier PazeryAstou Diouf ©Didier Pazery

Astou Diouf vient du Sénégal, elle fait partie de la première promotion des boursiers Sciences Po - Mastercard Foundation, un programme qui permet d’accompagner des étudiants du continent africain engagés.

Vous arrivez bientôt à la fin de votre première année à Sciences Po. Quelles ont été vos premières impressions ? Comment votre expérience a-t-elle évolué au cours de cette première année ?

J’ai découvert un nouvel environnement, et il fallait comme tout nouvel arrivant m’adapter aux règles sociales et effectuer toutes les démarches administratives relatives à mon insertion sociale. Au début, j’étais dans cette phase de découverte et d’émerveillement par rapport à la ville de Reims et ses beaux bâtiments et impressionnée par cette diversité culturelle interne et externe à Sciences Po. Et au fur et à mesure, on a du mal à s’adapter au climat, au rythme imposé par les études avec cette transition plus ou moins abrupte du lycée à l’université. Mais grâce à un accompagnement et un suivi pédagogique très efficace, on gagne en expérience et en maturité.

Au Sénégal, vous avez participé à un camp d’été consacré au développement des compétences en matière de leadership et d’entrepreneuriat. Quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour un leader ou entrepreneur aujourd’hui ?

Dans une certaine mesure les qualités d’un entrepreneur et d’un leader sont complémentaires. Elles reposent sur le fait de pouvoir identifier les besoins de sa communauté et d’y répondre de manière efficace. Il ne s’agit pas d’une action individuelle où l’objectif est de se mettre en avant et de démontrer ses compétences mais une action collective qui nécessite la participation active de chaque membre de la communauté. Je suis partisane du leadership de service et c’est de là que découle ma volonté de venir en aide aux nécessiteux à travers un investissement concret et à impact.

Vous êtes une Mastercard Foundation Scholar et vous comptez un jour créer une entreprise dans le secteur de l’agroalimentaire. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Le projet consiste à développer le secteur de l’agroalimentaire au Sénégal avec la transformation des produits agricoles passant par l’amélioration des relations producteur-consommateur, une restructuration industrielle et l’élaboration de stratégies efficientes et adaptées aux structures sociales. Et à plus grande échelle, l’objectif de ce projet est de favoriser une coopération interrégionale dans ce secteur en Afrique facilitant l’intégration économique. Compte tenu des dynamiques mondiales autour du secteur agricole, j’estime qu’il est impératif de le renforcer en Afrique et de pouvoir répondre aux défis alimentaires et environnementaux. Et grâce au camp d’été auquel j’ai participé, je me suis intéressée aux filières de l’agroalimentaire et j’ai eu le privilège de côtoyer des étudiants, des chefs d’entreprises, tous aspirant à contribuer au développement du continent et j’aimerai apporter ma pierre à cet édifice.

Qu’avez-vous appris à Sciences Po qui vous aidera à accomplir ce projet ?

D’une manière générale, j’ai appris à développer mon esprit critique et mes capacités d’analyse sur un sujet donné au travers des modules proposés. Ce fort focus sur les dynamiques politiques, économiques et sociales dans le monde me permettront d’étudier et d’analyser les aspects sur lesquels il faudrait insister pour mener à bien mon projet.

Comment le programme Mastercard Foundation vous accompagne-t-il dans votre expérience à Sciences Po et dans vos projets professionnels ? 

C’est une opportunité en or de pouvoir faire partie de ce programme et de côtoyer d’autres jeunes africains qui partagent cet amour pour l’Afrique. Et grâce à nos responsables que je ne manquerai pas de citer Mme Marie Azuelos et Mme Lucille Amsallem, mes camarades et moi avons pu surmonter les difficultés qui se présentaient à nous tant sur le plan académique que social. Et par rapport à nos projets professionnels, nous avons participé à plusieurs activités nous permettant d’expérimenter des situations valorisantes dans le monde professionnel à l’exemple du Forum Afrique Destination Emplois qui a été organisé à Paris. Par ailleurs, le programme nous offre l’opportunité de nous créer un important réseau grâce à un système de mentorat et des rencontres organisées avec des cadres, des hauts fonctionnaires…

Découvrir les autres boursiers du programme

"Faire une thèse, c'est faire un choix de vie"

Entretien avec Ettore Recchi, directeur des études en sociologie
  • Ettore Recchi ©Caroline Maufroid / Sciences PoEttore Recchi ©Caroline Maufroid / Sciences Po

Envie de faire une thèse en sociologie ? Discipline-phare enseignée dès le Collège universitaire, la sociologie est aussi l’un des piliers de la recherche à Sciences Po. Comment la pratique-t-on à Sciences Po ? Comment trouver un sujet de thèse dans cette discipline ? Les conseils et réponses de Ettore Recchi, sociologue et directeur des études doctorales en sociologie à Sciences Po. 

Ettore Recchi, vous êtes sociologue à l’Observatoire sociologique du changement (OSC) de Sciences Po. Vos recherches portent notamment sur la mobilité en Europe, qu'est-ce qui vous amené à vous y intéresser ?

En tant que sociologue, je me suis toujours intéressé à des catégories spécifiques d’individus, des minorités souvent un peu obscures, mais qui sont en fait des acteurs clés de la reproduction sociale ou du changement social. Pour ma thèse, j’ai ainsi étudié les jeunes militants politiques en Italie. À l’époque, dans les années 90, la jeunesse politique italienne était impliquée dans ce qui semblait constituer un important mouvement de transformation. Pourtant, j’ai découvert qu’elle était majoritairement le résultat et le vecteur d’une continuité et d’une reproduction sociales. Dans la même logique, j’ai commencé, au début des années 2000, à m’intéresser aux mobilités européennes et plus précisément à ces citoyens européens qui s’installent dans un autre pays que le leur. Il m’a semblé que cette population transnationale contribuait à lentement éroder le socle plus que centenaire des modes de vie et de pensée centrées sur la nation.

En quoi ces citoyens européens “mobiles” changent-ils la donne ?

Avec la libre circulation, l’Union européenne a créé un statut unique de migrants bénéficiant des pleins droits de la citoyenneté et qui peuvent, - du moins sur le papier -, outrepasser le mécanisme traditionnel d’assimilation de l’État-nation. Ces migrants européens sont-ils facteurs de changement ? Oui, mais pas dans le sens où ils donnent du pouvoir aux institutions supranationales. Ils ont plutôt provoqué une contre-réaction violente, dont quelques-uns des seuils critiques ont été atteints lors du rejet de la Constitution européenne et des “plombiers polonais” et, plus récemment, avec le Brexit et son rejet du “tourisme social roumain”. Dans nos sociétés, les individus mobiles, et particulièrement les migrants européens qui en sont l’illustration parfaite, sont des “outsiders” qui exacerbent l’antagonisme grandissant des “locaux” contre les “cosmopolites”. Actuellement, je continue à m’intéresser aux mobilités et migrations humaines à l’échelle globale, dans une perspective à la fois macro et micro. Mon sentiment, c’est que les pratiques sociales transnationales sont une force de changement puissante. Le sens de ce changement doit encore être pleinement évalué et le résultat pourrait bien être paradoxal et contre-intuitif...

Depuis la rentrée dernière, vous êtes directeur d'études doctorales en sociologie et, à ce titre, vous accompagnez les travaux des doctorants de Sciences Po. Que vous apporte cette expérience ?

L’un des secrets pas si secret de Sciences Po, - un cercle vertueux cause et conséquence de son succès - est la qualité de ses étudiants. Qu’ils soient en master ou doctorants, les étudiants ici sont très stimulants et c’est un plaisir de les côtoyer. Ils disent ouvertement ce qu’ils pensent, ils écoutent, et la diversité de leurs expériences, – en termes de formations intellectuelles, de disciplines et d’origines –, accentue cela. Ce que j’apprécie le plus, c’est quand les étudiants entrent dans les détails de vos enseignements et vous offrent un point de vue auquel vous n’auriez jamais pensé. Récemment, un étudiant indien qui suit mon cours sur la liberté de circulation en Europe a posé la question : “Comment la libre circulation pourrait-elle être introduite en Asie du Sud-Est ? ». Je n’y avais jamais pensé, et je connaissais trop peu le contexte pour pouvoir lui répondre. J’ai finalement appris beaucoup en lisant le mémoire qu’il a écrit sur le sujet.    

Comment accompagnez-vous les étudiants dans leurs recherches ? Que leur conseillez-vous ?

Les doctorants ont une liberté d’exploration et de spécialisation unique dans une carrière académique. J’aimerais à nouveau avoir autant de temps pour lire, examiner, aller à des séminaires, brasser les données… Mais ils doivent trouver un compromis entre l’identification d’un sujet spécifique de recherche, qui permet d’accélérer l’écriture, et l’exploration intellectuelle, qui amène à poser de meilleures questions de recherche et d’élaborer des réponses plus détaillées. Un point essentiel est de trouver quelles sont les questions de recherche. C’est assez curieux que ce point soit souvent insaisissable et glissant pour beaucoup de jeunes (et moins jeunes) universitaires brillants. C’est ce qui m’a poussé à proposer cette année un cours intitulé “Questions de recherche sociologique” qui offre aux doctorants la possibilité d’échanger avec des chercheurs de notre faculté sur les questions de recherche qui inspirent leur travail. Les étudiants sont encouragés à aiguiser leurs vastes sujets de recherche pour les transformer en questions théoriques significatives – ce qui est plus facile à dire qu’à faire ! Transformer une sensibilité à un sujet en questions de recherche, les raccrocher à un débat théorique et, enfin, trouver les données et les méthodes qui peuvent mener à de potentielles réponses : ce sont les principes fondamentaux de la recherche.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants souhaitant faire un doctorat en sociologie ?

S’embarquer dans un doctorat, c’est un peu faire un choix de vie ! S’investir pendant des années dans la préparation d’une thèse mène à exclure certains choix de carrière en dehors de la sphère académique. Êtes-vous prêt à cela ? Ensuite, se pose la question de la sociologie. Après leur master, les doctorants en sociologie doivent être conscients que leur discipline est épistémologiquement plurielle. Quelle sociologie vous convient ? Est-elle représentée à Sciences Po ? Malgré l’incroyable variété des centres d’intérêts et des approches en recherche, la plupart des sociologues de Sciences Po tendent vers la recherche empirique. Ils ont aussi en commun une indépendance vis-à-vis des « écoles » et des « grandes théories ». Est-ce que cette liberté intellectuelle et cette propension à l’analyse fondée sur des preuves correspond à votre vision de l’enquête sociologique ? J’invite enfin les étudiants intéressé par un doctorat à élargir et approfondir leur connaissance d’outils et de méthodes bien au-delà de leur zone de confort. « Méthodes » vient du grec meta hodos, “se frayer un chemin” – et faire un doctorat c’est cela : un chemin un peu long, certes, mais sans aucun doute fascinant.

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"Vivre à Beyrouth m'a confirmé mon attachement pour le Moyen-Orient"

Découvrez le parcours de Wendy, en 3e année au Liban
  • Wendy Trogneux ©Sciences PoWendy Trogneux ©Sciences Po

Après avoir passé ses deux premières années d’études à Sciences Po sur le campus de Reims, Wendy Trogneux est actuellement en séjour d’études au Liban. Cours d’Arabe, stage dans une association de défense des droits des femmes, vie artistique et culturelle à Beyrouth, l’étudiante en troisième année raconte son quotidien.

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La formation de premier cycle de Sciences Po se déroule en trois ans sur l’un des 7 campus de Sciences Po. Elle permet d’obtenir un bachelor (bac + 3). La formation est consacrée à l’apprentissage des fondamentaux académiques et méthodologiques en droit, économie, histoire, humanités politiques, science politique et sociologie. La troisième année s’effectue à l’étranger dans l’une des 470 universités partenaires de Sciences Po.

Concilier sciences "dures" et sciences humaines et sociales

Deux nouveaux doubles diplômes à Sciences Po
  • Dessin d'éprouvettes, ampoule, formules, etc. ©Nikolaeva/ShutterstockDessin d'éprouvettes, ampoule, formules, etc. ©Nikolaeva/Shutterstock

Sciences Po a signé deux accords de doubles diplômes avec les écoles d’ingénieurs AgroParisTech et ISAE-SUPAERO. Ces nouveaux cursus offrent aux étudiants la possibilité de concilier études en ingénierie et en sciences sociales.

Double diplôme avec l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech)

Sciences Po s’est associée à AgroParisTech, établissement qui forme des ingénieurs et des cadres dans le domaine du vivant et de l’environnement, pour créer un double diplôme de niveau master comportant quatre spécialisations possibles : “productions, filières, territoires pour le développement durable” ; “ingénierie des aliments biomolécules et énergie” ; “gestion et ingénierie de l’environnement” et “ingénierie et santé : homme, bioproduits, environnement”.

Ce double diplôme s’adresse aux étudiants qui souhaitent développer une expertise dans les secteurs de la santé, de l’environnement, de l’énergie, ou encore du développement durable, afin de pouvoir répondre de manière efficiente aux défis du monde contemporain – notamment ceux provoqués par le changement climatique.

Le cursus se déroule sur 3 ans : un an à Sciences Po, puis deux ans à AgroParisTech. Ouvert à la rentrée 2017, ce double diplôme a déjà accueilli 5 étudiants en provenance d'AgroParisTech et 6 étudiants de Sciences Po.

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Double diplôme avec l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE-SUPAERO)

Sciences Po s’est également associée à ISAE-SUPAERO, qui offre aux étudiants des formations de haut niveau en ingénierie aéronautique, pour créer un double diplôme de niveau master. Ce double diplôme s’adresse aux étudiants qui souhaitent acquérir une expertise du secteur de l’industrie aérospatiale et aéronautique et travailler dans des organismes publics (Agence spatiale européenne, Centre national d’études spatiales par exemple) ou privés (cabinets de conseil, entreprise, institutions financières, audit etc.), participer à des programmes de recherche dans les domaines aéronautique et aérospatial, ou encore manager de grands projets industriels.

Dès la rentrée 2018, ce double diplôme sera ouvert à une dizaine d'étudiants des deux établissements. La première année se déroulera à Sciences Po. La deuxième et la troisième année se dérouleront à l'ISAE-SUPAERO, à Toulouse.

En savoir plus sur le double diplôme Sciences Po - ISAE-SUPAERO

Sciences Po offre de multiples passerelles vers les sciences “dures”

Ces doubles diplômes de niveau master constituent le prolongement d’autres formations de doubles diplômes en sciences sociales et en sciences dures proposées par Sciences Po :

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Sciences Po mise sur les talents africains

Nouvelle délégation à Nairobi
  • Étudiants ©Ranjatiana RakotondrabeÉtudiants ©Ranjatiana Rakotondrabe

L’ouverture du bureau au Kenya s’inscrit dans le cadre d’un partenariat avec l’Alliance française de Nairobi. Animé par une équipe dédiée, ce bureau aura pour objectifs :

  • le développement de nouveaux partenariats universitaires,
  • l’encouragement de la mobilité étudiante et professorale,
  • le renforcement des relations de proximité avec les lycéens et étudiants, les acteurs académiques, économiques, institutionnels et associatifs, ainsi qu’avec les 600 alumnis présents sur le continent africain.

Cette ouverture marque une nouvelle étape dans la stratégie d’internationalisation de Sciences Po en Afrique initiée il y a plus de dix ans. Elle traduit la volonté de faire de ce continent une priorité de développement dans les années à venir.

Les engagements de Sciences Po sur le continent africain ont été reconnus par la MasterCard Foundation, qui a conclu un partenariat avec Sciences Po permettant de proposer un accompagnement des élèves africains issus de milieux modestes, et dont l’action sera renforcée et décuplée par le bureau de Sciences Po à Nairobi.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'apprentissage à Sciences Po

  • Cornelia Woll, directrice des études ©Christophe Meireis/Sciences PoCornelia Woll, directrice des études ©Christophe Meireis/Sciences Po

Oui, on peut faire son master en apprentissage à Sciences Po ! Près du tiers des formations de 2ème cycle proposent cette possibilité. Une option plébiscitée par tous : les étudiants pour l’insertion professionnelle, les employeurs pour le recrutement, et l’université pour son intérêt pédagogique. Point d’étape avec Cornelia Woll, Directrice des études.

Que représente la formation en apprentissage aujourd’hui à Sciences Po ?

Cornelia Woll : Cela fait plusieurs années que nous proposons des formations en apprentissage. Aujourd’hui, trois de nos sept Écoles de deuxième cycle offrent cette possibilité pour la deuxième année de master : l’École d’affaires publiques, l’École du management et de l’innovation, et l’École de journalisme. Cela concerne sept masters au total (ndlr : voir liste ci-dessous), soit environ un tiers de nos programmes - et presque 200 étudiants chaque année. Un chiffre qui a bondi de 75 % en quatre ans : les étudiants sont très demandeurs de ce format et c’est très précieux pédagogiquement.

Quel est l’intérêt d’effectuer ses études en apprentissage ?

C. W. : L’apprentissage s’inscrit parfaitement dans l’ADN de Sciences Po, où l’on cherche plus que jamais à allier enseignement théorique et expérience pratique. Tous nos masters proposent un semestre “hors les murs” : l’apprentissage, qui dure toute une année, est un prolongement naturel de cette logique. Les étudiants réfléchissent sur ce qu’ils apprennent en même temps qu’ils le mettent en action. C’est un outil formidable d’insertion professionnelle, puisque les étudiants sont considérés comme des professionnels à part entière. Enfin, c’est aussi un vrai atout pour l’ouverture sociale : l’apprentissage permet de financer ses études et il est donc sécurisant pour les jeunes de milieu modeste. C’est un argument qui vient à l’appui de tout ce que nous faisons pour que le coût des études ne soit un obstacle pour personne.

Quels sont les défis posés par l’apprentissage pour une université ?

C. W. : Le principal défi, c’est l’organisation de la scolarité. Cela peut être compliqué pour les formations avec une charge horaire importante, qui préfèrent proposer les expériences pratiques dans un moment dédié, pendant le semestre hors les murs ou en année de césure. L’autre limite est géographique : pour l’instant, cela reste plus facile à mettre en place en France. Malgré ces défis, la montée en puissance de l’apprentissage dans nos formations a été une expérience très enrichissante : l’oral de soutenance du mémoire à la fin de l’apprentissage, par exemple, nous a beaucoup inspiré pour la réforme du “grand oral” de fin d’études, qui inclut aujourd’hui une réflexion sur les expériences professionnelles de nos étudiants.

Quelles sont les perspectives pour l’apprentissage à Sciences Po ?

C. W. : Nous allons continuer à développer cette offre pour pouvoir répondre aux demandes de plus en plus nombreuses. Grâce à l’expérience des Écoles qui ont testé différentes formules - apprentissage pour tous les étudiants d’une formation ou pour une partie seulement - cela nous ouvre la possibilité d’explorer sa mise en place dans d’autres programmes de formation. De manière générale, nous nous réjouissons de l’importance du sujet et de la réforme actuellement en cours pour assouplir son fonctionnement. De notre côté, nous essayerons d’étendre au maximum cette offre dans un souci de diversification des parcours et nous sommes attentifs à la démarche engagée de précision des compétences acquises par les étudiants.

Nos 7 masters accessibles en apprentissage

à l’École du management et de l’innovation :

à l’École d’affaires publiques :

à l’École de journalisme :

Et aussi...

Une semaine dans la Silicon Valley

Un road trip d'immersion pour mieux comprendre l'innovation
  • Des étudiants devant une entreprise de la Silicon Valley ©Sciences PoDes étudiants devant une entreprise de la Silicon Valley ©Sciences Po

Afin de sensibiliser les étudiants aux révolutions du digital, le Centre pour l’entrepreneuriat de Sciences Po a proposé à quinze d’entre eux de découvrir la Silicon Valley à la rencontre des acteurs du numérique : Facebook, Google, Airbnb... Yaël, en master recherche de théorie politique à l’École doctorale de Sciences Po, et Thomas, étudiant ingénieur à l'École polytechnique, faisaient partie de ce road trip original d’apprentissage par l’immersion. Machine learning, blockchain, data sciences… Ils nous expliquent tout.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à cette expérience de découverte de la Silicon Valley ?

Thomas : En tant qu’étudiant ingénieur, la Silicon Valley, c’est un peu un mythe donc, bien sûr, faire ce séjour cela ne se refusait pas ! Mais l’envie d’y aller partait également d’un questionnement : cet endroit est le creuset d’entreprises qui sont en train de changer le monde. Des États-Unis à l’Afrique, les gens ont tous, par exemple, Facebook et WhatsApp. D’où la nécessité de s’interroger : ces entreprises, quels impacts ont-elles ? Qu’apportent-elles en termes de démocratie et d’égalité ?

Yaël : Le Centre pour l’entrepreneuriat de Sciences Po nous a proposé de partir en “tandem” ; chaque étudiant de Sciences Po devait se trouver un binôme étudiant en filière technique ou scientifique. Les questions posées par les ingénieurs ne sont pas les mêmes que celles des étudiants de Sciences Po et ça, c’est très intéressant ! Quand nous avons rencontré Criteo (NDLR : entreprise spécialisée dans le ciblage publicitaire), par exemple, Thomas a posé beaucoup de questions techniques sur le machine learning...

Vous avez rencontré aussi bien des géants du numérique comme Facebook et Google, que des startups à succès comme Coursera, ou encore des chercheurs de Berkeley et de Stanford. Qu’est-ce que cela vous a apporté de rencontrer des acteurs aussi variés ?

Yaël : On comprend, en les rencontrant tour à tour, à quel point tout est interconnecté. La Silicon Valley, c’est un écosystème extrêmement bien rodé : des chercheurs aux investisseurs, en passant par les entreprises qui ne sont qu’un morceau de la chaîne. On comprend vite que cette fluidité est l’un des éléments clés de la Silicon Valley.

Thomas :  On comprend aussi que l’objectif de toute startup, en fin de compte, c’est d’être... introduite en bourse ou rachetée ! Et c’est intéressant de voir que des entreprises comme Uber ou Airbnb, par exemple, n’ont pas réellement innové techniquement. Leur principale innovation, c’est une idée et sa mise en oeuvre. Pour Criteo dont nous parlions auparavant, leurs publicités ciblées, ce n’est pas innovant. C’est leur business model qui est très sophistiqué. Leur particularité est davantage économique que technique.

Qu’est-ce qui vous a surpris ?

Thomas : L’idéologie entrepreneuriale est présente partout et il n’y a pas de scission claire entre travail et vie privée. Le  campus de Facebook est une petite ville, un petit parc d’attraction où la nourriture est gratuite, où les gens peuvent passer la journée. Chaque individu est une mini-start up. Les gens rentrent dans les entreprises, se font virer, créent leur entreprise, se plantent, recommencent…

Yaël : L’enthousiasme permanent des Américains est un vrai choc culturel. C’est une culture dans laquelle on positive tout, y compris l’échec. Ce qui est une bonne chose, certes, mais, parfois on se demande si l’autocritique est possible... Lors d’une rencontre avec un chercheur, nous avons posé des questions sur ses difficultés ; sa réponse nous a tous surpris : “On ne va pas commencer à faire la partie critique de mon travail !”.

Quelles visites ou rencontres vous ont le plus marqué ?

Yaël : La rencontre avec Tenzin Seldon, une Tibétaine qui a créé une startup, Kinstep, qui cherche à faire “matcher” les compétences des réfugiés avec les besoins des entreprises. Elle nous a expliqué que sa solution se voulait pragmatique parce que c’est comme cela que tout fonctionne là-bas : tout se monétise, y compris la philanthropie. Elle était d’ailleurs tout à fait consciente des limites de ce système.

Thomas : J’ai été très intéressé par la rencontre avec un “mathlète” (NDLR : champion en mathématiques) de chez Google. Il s’est spécialisé dans l’élaboration de nouvelles méthodes de machine learning dans le domaine médical. Il est convaincu que les prochaines innovations se feront dans ce domaine.

Ces rencontres vous ont-elles inspiré ? Vous ont-elles donné envie de transposer certains éléments de la Silicon Valley en France ?

Thomas : Nous sommes revenus assez partagés quant au modèle de la Silicon Valley et, de fait, notre “learning expedition” s’est parfois transformée en... “judging expedition” ! La quasi-absence d’intervention de l’État provoque un certain nombre de “failles”, notamment sociales : la Californie est l’État où il y a le plus de sans-abris, de prisonniers, de pauvreté… Le milieu de la Silicon Valley est de fait, un milieu très idéologique, très “solutionniste”, y compris pour les problèmes sociaux. L’entreprise Palantir, par exemple, a un département philanthropique, mais celle-ci a mis en place une application pour suivre les SDF et proposer un logement à ceux... qui coûtent le plus cher. Et je ne parle même pas des questions éthiques qui sont mises à part et considérées éventuellement a posteriori, ou encore de la question du respect de la vie privée qui n’est pas posée. On essaie juste de repousser un maximum les limites et la notion de débat n’a pas sa place.

Yaël : Le principe d’une startup, c’est de disrupter un marché, ce qui suppose d’y avoir trouvé une faille, comme Airbnb l’a fait en proposant une alternative concurrente aux hôtels. Or, on voit bien que, lorsqu’on disrupte un marché, cela soulève des problèmes sociaux, juridiques, économiques, etc. Le modèle de la Silicon Valley n’est pas neutre idéologiquement. Lors de notre séjour, j’ai bien aimé la rencontre avec Fred Turner, un historien de la culture américaine qui a beaucoup travaillé sur l’histoire de la Silicon Valley. Il est très critique sur les inégalités en Californie. Ce qui pose clairement le problème de la transposabilité de ce modèle en France... Notre culture n’est pas la même et les startups qui se créent ici sont bien plus conscientes de leur impact social et environnemental. Notre écosystème est plus “conscientisé”, ce qui est une bonne chose.

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  • Yaël Benayoun vient de terminer un master recherche de théorie politique à Sciences Po. Elle est également présidente de l’association Mouton numérique qui interroge notre rapport au numérique et la à la technologie.
  • Thomas Sentis est étudiant à l’École polytechnique, spécialisé en intelligence artificielle. Il poursuit également une formation en philosophie des sciences.
  • Créer son entreprise à Sciences Po

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"Le futur se construit aujourd'hui"

Fitiavana Andry, boursière Sciences Po - MasterCard Foundation
  • Fitiavana Andry ©Didier Pazery / Sciences PoFitiavana Andry ©Didier Pazery / Sciences Po

Elle vient de Madagascar et aimerait être de ceux qui compteront dans l’avenir de son pays. Fitiavana Andry fait partie de la première promotion des boursiers Sciences Po - MasterCard Foundation, un programme qui permet d’accompagner des étudiants du continent africain engagés.

Fitiavana, vous êtes originaire d’Antananarivo, à Madagascar, où vous avez été élue "meilleure jeune patriote". En quoi consiste ce programme ?

Le programme "Jeunes Patriotes" est un programme lancé par la "Generation Citizen Madagascar", une association rattachée au Ministère du Patrimoine et soutenue par l'ambassade américaine. Il consiste à former des lycéens de la capitale Antananarivo aux notions de citoyenneté, d'engagement civique, mais aussi de leadership et de démocratie. Durant la formation, le prix de "meilleur(e) jeune patriote" fut lancé afin de motiver les participants à s'exprimer davantage et à participer activement et je l'ai remporté. Être meilleure jeune patriote consiste avant tout à être un leader, aider les autres du mieux qu'on peut, les servir, et être une porte-parole en cas de besoin.

Vous avez effectué votre rentrée en septembre 2017 à Sciences Po à Reims, en France. Quels cours suivez-vous ?

Étant en première année, je suis tous les cours proposés en tronc commun, ainsi que des cours obligatoires de mathématiques, d’humanités politiques et de langue (anglais et, en deuxième langue, j'ai choisi l'arabe). J’ai été suprise de voir qu'on partait d'abord d'un point de vue général et global, avant d'entrer dans les spécialisations et les questions relatives à l'Afrique. Mais cela m’a permis, par exemple, de suivre un cours sur les institutions politiques qui m’a beaucoup intéressé car j'ai appris, et surtout compris, le fonctionnement du monde politique depuis le XIXe siècle et la manière dont cela se répercute dans d’autres domaines.

Quelles sont vos premières impressions sur la France ?

La France est un univers assez différent de ce que j'avais vécu jusqu’à présent puisque  c'est la première fois que je quitte Madagascar ! Quasiment tout est nouveau pour moi ici. Au début, j’ai pensé que tout était compliqué, mais en fait, il faut juste s'accorder un peu de temps pour s'adapter ; après quoi on s'habitue assez vite au pays !

Qu’aimeriez-vous faire après Sciences Po ?

Après Sciences Po, je vais poursuivre mes études, si possible jusqu'au doctorat. J'ai pensé à me spécialiser dans les relations internationales, mais je m’intéresse aussi depuis quelques temps aux questions d'entreprise et de création de start-up. Pour la suite, je sais que Sciences Po va m'apporter un bagage assez solide, aussi bien intellectuel que personnel, puisque, ici, il n'est pas seulement question d'apprendre des leçons et de suivre des cours, mais aussi de développer ses compétences et ses capacités personnelles.

Quelles évolutions aimeriez-vous voir advenir dans le futur à Madagascar ?

J'aimerais voir des évolutions dans tous les domaines ! J'aimerais qu'il y ait moins de corruption, plus de clarté dans la gestion des affaires d'État, et une stabilité. J'aimerais surtout que les politiciens se penchent sur les questions de développement durable. D’un point de vue économique, je trouve que les avantages tirés des différentes activités devraient avoir un impact sur l'amélioration des infrastructures (routes, bâtiments publics,...), de chacune des régions de l'île afin de mettre en place un réel développement. Enfin, l'amélioration des conditions d'enseignement me tient particulièrement à coeur, notamment dans les milieux ruraux. J'aimerais que chaque enfant malgache ait droit à une éducation dans les meilleures conditions possibles, puisque l'éducation, c'est la base de tout essor de n'importe quelle activité.

Comptez-vous participer à ces évolutions ?

Oui, c'est à nous, la jeunesse, de relever les défis que nos prédécesseurs n'ont pas pu relever. Le futur se construit aujourd'hui et le meilleur moment pour faire aboutir ces évolutions tant désirées, c'est maintenant. Il est vrai que pour le moment, même si je ne suis pas sur le terrain, mes études ici font déjà partie de ces évolutions car j'accumule des savoirs et expériences que je pourrais partager après, et ainsi encourager les autres jeunes Malgaches. Je veux contribuer à l’évolution de Madagascar pour que nos petits frères et petites sœurs puissent avoir un meilleur avenir, une meilleure vie.

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Qui est entré à Sciences Po en 2017 ?

Le bilan des admissions
  • Bilan des admissions 2017Bilan des admissions 2017

Attractivité, sélectivité...

Un peu plus de 9600 candidats - pour 1800 admis - se sont présentés à l'entrée du Collège universitaire, le premier cycle de Sciences Po en trois ans. Soit une hausse globale de 3,6 % par rapport à 2016. Une attractivité confortée, voire dopée avec 11 % de hausse de candidats pour la procédure internationale et l’accès via nos neufs doubles diplômes internationaux.

Avec près de 6700 candidats pour quelques 2000 admis, les formations de niveau master délivrées dans nos sept Écoles enregistrent une hausse de 6 % des postulants, et 9,6 % pour la procédure internationale et l’accès via nos 38 doubles diplômes.

... et diversité

Petite piqûre de rappel contre les idées reçues qui ont la vie dure : pour la France, 60 % des admis viennent d’une région hors Île-de-France. Et les quelques 1800 heureux admis en 1er cycle viennent d’un millier de lycées différents en France et dans le monde. Le résultat de l’engagement de Sciences Po pour la mixité sociale, avec près de 1800 élèves admis depuis 2001 par la procédure des Conventions Education Prioritaire. Et de manière plus large, on mesure là l'impact d'une politique d’aide sociale et de droits de scolarité dégressifs unique en son genre : en 2017, les aides directes versées aux étudiants représentent environ 10,4 millions d’euros et ont bénéficié à 37% des étudiants.

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