Arthur Delaye : le sport comme combat pour dépasser le handicap

Arthur Delaye : le sport comme combat pour dépasser le handicap

  • Arthur Delaye au tournoi ade tennis de Dubai en février 2020Arthur Delaye au tournoi ade tennis de Dubai en février 2020

Sélectionné pour participer en mai dernier à la Global Sports Week, premier forum mondial consacré à l’avenir du sport rassemblant les acteurs du sport, du business et du développement durable, Arthur Delaye, étudiant en situation de handicap actuellement en année de césure à la Fédération française de tennis, partage sa passion du sport et les combats qu'elle lui permet de mener en toutes circonstances.

Vous êtes actuellement étudiant à l'École d'affaires publiques en stage de césure à la Fédération française de Tennis, pratiquant en situation de handicap. Pouvez-vous nous présenter votre parcours jusqu’ici ?

Mon parcours est celui d’un jeune homme qui croit depuis des années aux vertus de l’inclusion. J’ai commencé ma vie en établissement médico-social puis intégré l’école inclusive qui m’a amené jusqu’à un bac ES. Ces années au cœur de l'Éducation nationale ont été semées d'embûches lorsqu’il fallait concilier les cours, les soins, les hospitalisations, les loisirs, le sport… Je suis tombé sur tous les types d’enseignants, des plus dévoués aux plus indélicats mais je n’ai jamais cédé car je tenais à ma réussite scolaire

Durant mon parcours scolaire, j’ai été énormément aidé par ma famille qui m’a toujours accompagné surtout lorsqu’il fallait m’épauler dans mes travaux ou batailler pour obtenir un énième renouvellement d’aménagements d’examens. J’ai reçu une éducation fondée sur la valeur du travail et le fait de ne jamais renoncer. J’ai également eu la chance de pouvoir compter, au long de mon parcours scolaire,  sur les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH).

J’ai intégré le Collège universitaire de Sciences Po en 2017. Avec les tiers-temps, je me souviens que les épreuves étaient très longues. J’ai effectué mes deux premières années de Bachelor à Paris avant de m'envoler pour ma 3e année à l’Université américaine de Dubaï aux Émirats Arabes Unis. Ce pays, ami de la France, est très accueillant pour les personnes en situation de handicap et riche d’une grande diversité culturelle, notamment grâce aux interactions avec des étudiants de plus de 100 nationalités.

J’ai ensuite intégré le Master Politiques publiques de l'École d’affaires publiques en 2020 et opté pour une année de césure pour acquérir de l’expérience professionnelle. À Sciences Po, j’ai toujours pu compter sur la disponibilité du pôle Handicap.

Pendant ma césure, j’ai effectué deux stages, le premier au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE)  auprès de l’ambassadrice pour le sport Laurence Fischer, puis le second à la Direction des Affaires publiques, de la RSE et des Missions transversales de la Fédération française de Tennis (FFT).

Actuellement en stage à la FFT, je m’occupe de sujets d’affaires publiques nationales, notamment les relations avec les villes voisines ou les associations de riverains du Stade Roland-Garros. Je m’occupe aussi des sujets de coopération internationale pour promouvoir le tennis sur le continent africain et notamment au Sénégal où se dérouleront les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, 1er événement de l’Histoire olympique en Afrique.

Le lien professionnel avec la FFT a pu être établi dès 2018. J’avais effectué mon parcours civique de Bachelor sur le thème du service au public en situation de handicap lors du tournoi de Roland Garros 2018. J’ai ensuite effectué les “petits boulots” du tournoi en 2019 et 2021, avant de décrocher le stage que je réalise en ce moment sur une plus longue période et en lien avec ma formation à Sciences Po.

La pratique sportive accessible aux personnes en situation de handicap est l’un de mes grands combats. J’ai d’ailleurs écrit mon rapport final du Bachelor sur ce thème. Je pratique moi-même le tennis adapté dans mon club de proximité avec un coach qui me suit depuis 2015. Auparavant, je pratiquais le tennis de table y compris au sein de l’Association sportive de Sciences Po avec Igor, le professeur ukrainien de tennis de table pour qui j’ai une pensée en répondant à vos questions.

Vous avez été sélectionné pour participer en mai dernier à la “Global Sports Week”, au sein du programme “Young Sports Makers”.  Pouvez-vous nous en dire davantage sur cet événement et votre implication ?

La Global Sports Week est un événement inauguré en 2020 qui se déroule chaque année sous le Haut Patronage du président de la République. Il s’agit du 1er forum mondial consacré à l’avenir du sport qui rassemble les acteurs du sport, du business et du développement durable. Cette année j’ai pu être sélectionné grâce à mon parcours et sur recommandation de l’Ambassadrice pour le Sport au MEAE, Laurence Fischer. J’avais pour mission de débattre et d’interroger les différents intervenants sur le thème “Mega Events vs Sustainable Impact”.

C’est un sujet très important puisque notre pays est une terre de grands événements sportifs, nous accueillerons la Coupe du Monde de Rugby 2023 puis les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. À cet égard, je défends l’idée que les événements sportifs représentent une opportunité majeure pour accélérer l’inclusion des personnes handicapées dans la société et plus globalement pour renforcer la cohésion sociale dans un pays. En effet, le sport est une activité fédératrice qui permet, je le crois, dans sa pratique amateure ou professionnelle, de rassembler les personnes et les énergies, quelle que soit la condition sociale. Le sport est une activité qui sert le bien commun et qui répond aux enjeux de santé et de bien-être, les confinements nous l’ont rappelé. C’est un formidable vecteur d’épanouissement et de lien social et enfin c’est une opportunité pour créer des activités, de l’emploi dans notre pays.

Lors de la Global Sports Week, j’ai pu développer mes idées devant plusieurs décideurs. Mes autres collègues du programme Young Sports Makers, venus des quatre coins de la planète, ont défendu d’autres thèmes que le handicap, comme l’impact des événements sur l’environnement, la cause LGBT, la place des femmes dans le sport, etc. Notre génération est profondément engagée pour aller vers un monde plus durable. Ensemble nous pouvons nous impliquer en faveur de transitions réelles et relever les défis qui se présentent à nous.

Nous avons eu la chance de débattre avec des invités prestigieux tels que Tony Estanguet, président du COJO Paris 2024, Ibrahima Wade, président de Dakar 2026 ou Brigitte Henriques, présidente du CNOSF.

En quoi votre formation à l'École d’affaires publiques de Sciences Po vous a-t-elle aidé à vous préparer à participer à un événement d’une telle ampleur ?

Sciences Po nous apprend énormément à nous exprimer devant un auditoire par la nature des exercices sous forme d’exposés, d’examens oraux et par les concours d’éloquence pour gagner en confiance. Je me suis également appuyé sur le cours “Politiques sportives” dispensé notamment par Skander Karaa, actuel directeur de cabinet de la présidente du CNOSF.

J'ai également suivi les cours dispensés par la sociologue Anne Révillard et son module Disabilities and societies (“Handicap et citoyenneté”). Ces deux cours m’ont permis de mieux appréhender la politique du handicap en France et les comparaisons internationales. Ils ont mis en exergue la profondeur des inégalités que subissent les personnes handicapées. En deuxième année de master, j’attends beaucoup du cours fondamental sur les “Questions sociales” car la politique sociale de la France ne peut se résumer au versement de prestations, ou d’autres dispositifs administratifs, elle passe aussi par la création de liens entre les Français de tous horizons, que le sport et/ou la culture peuvent tisser de façon certaine.

Sciences Po a sûrement enfin perçu l'intérêt du sport en organisant depuis septembre, grâce à la mobilisation du directeur Mathias Vicherat, des conférences thématiques sur le sport et les Jeux olympiques et paralympiques, en lien avec l’Agence nationale du Sport. Le sport est un outil pour le bien commun et doit être traité comme un secteur de politique publique à part entière, générateur de bienfaits multiples sur les plans économiques, sociaux, environnementaux.

Après un premier stage au département de la diplomatie sportive du MEAE puis celui à la FFT aujourd’hui, envisagez-vous de poursuivre votre carrière par passion dans le domaine du sport, après l'obtention de votre diplôme ?

Évidemment oui, je l’envisage sérieusement. Le sport est une passion qui m’a permis d’avancer dans ma vie. J’effectuerai ma deuxième année de master en apprentissage, mes semaines se partageront alors entre Sciences Po et la FFT. Le sport et le tennis plus particulièrement sont des passions depuis toujours. Je mesure la chance de travailler au cœur du stade Roland-Garros, joyau du patrimoine sportif français. Je souhaite poursuivre dans ce secteur, mais il faut être humble et garder la tête froide en toute circonstance. Je dois d’abord valider mon diplôme, ce qui sera déjà un accomplissement énorme à la lumière de mon passé et de mon parcours. La route est encore longue et je veux être prudent, mais je vais continuer à me battre pour atteindre mes buts.

Je conclurai sur les mots de Roland Garros : “la victoire appartient au plus opiniâtre".

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