Innovation pédagogique : de nouvelles opportunités dans l’hybridité

Profiter d’un retour aux cours en présentiel, tout en mettant à profit les outils et expériences numériques développés durant la crise sanitaire : c’est une opportunité pédagogique qui s’ouvre désormais à de nombreux enseignants en cette rentrée académique. Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’OPALC, a déjà fait le pari de l’hybridité pour son cours “How to conquer, govern, and quit power: methods and practice of political communication”, un enseignement au sujet de la communication politique proposé aux étudiants du Master in Advanced Global Studies de l’École des Affaires Internationales en mai 2021. Portrait d’un cours dynamique, enrichi par les nouvelles possibilités offertes par l’hybridité.

Quels étaient les objectifs de votre cours ? 

Gaspard Estrada : Je travaille depuis plusieurs années sur la structuration du marché du conseil politique et des réseaux professionnels des consultants politiques en Amérique latine, et de leur impact sur les questions relatives à la qualité de la démocratie. Ceci m’a permis de constituer un vivier de contacts dans ce milieu, et d’avoir une connaissance fine de l’évolution des campagnes électorales dans le monde, mes recherches ne se limitant pas à cette aire géographique. Par le passé, j’ai donné un cours sur les campagnes électorales en Amérique latine au Collège universitaire, qui partait d’une présentation des différents apports théoriques de la science politique et de la sociologie sur ces questions, afin de pouvoir présenter par la suite des études de cas. 

Pour ce cours à PSIA, mon objectif était double : d’une part, il s’agissait de présenter les termes du débat académique sur la question de l’internationalisation du marché des consultants et des campagnes électorales dans le monde, tout en veillant à analyser la communication politique dans sa diversité (communication de campagne, communication gouvernementale, communication post-gouvernementale). D’autre part, j’avais le dessein de fournir aux étudiants un maximum de clefs de compréhension de l’univers de la communication politique sur le plan international, et de leur donner des outils qui leur soient utiles dans leur vie professionnelle, étant donné que ce groupe d’étudiants faisaient partie du Master in Advanced Global Studies (MAGS) de l’Ecole des Affaires Internationales.

Comment avez-vous mobilisé les opportunités offertes par plus d’hybridité pour innover dans votre enseignement ?

G.E : Il s’agit du premier cours que je donnais en présentiel depuis le début de la pandémie. J’étais heureux de voir des visages et de pouvoir interagir directement avec les étudiants ! Si le retour au campus fut un plaisir, la possibilité d’accueillir des intervenants à distance grâce aux nouvelles technologies est aussi une vraie opportunité d’enrichir des cours tant sur le fond que sur la forme. J’ai donc pris l’initiative d’inviter des praticiens de (très) haut niveau pour alimenter la réflexion des étudiants, tels que l’ancien conseiller spécial de l’ancien premier Ministre britannique Tony Blair, l’ancien ministre de la communication de la présidence de la République du Brésil, la conseillère en communication de l’ancien président François Hollande, la responsable des études qualitatives de la campagne présidentielle de Joe Biden, l’ancien président du Conseil National du Numérique ou le directeur adjoint des études politiques chez IPSOS. Grâce à ces échanges, le cours a pu prendre une dimension réellement comparative et internationale. De ce fait, un de mes étudiants l’a intitulé « le cours des conseillers des présidents » !

Un échange en particulier vous a-t-il marqué ?

G.E : Mon cours avait pour objectif de susciter une réflexion sur l’idée du pouvoir, que ce soit dans une campagne électorale, durant l’exercice des fonctions gouvernementales, mais aussi lorsque les présidents quittent leurs fonctions. Dans ce cadre, j’ai souhaité inviter des personnalités ayant des points de vue divergents, afin de susciter un échange et faire vivre le débat. Je pense à l’échange qui a eu à distance entre Benoît Thieulin, ancien Doyen de l’école du Management et de l’Innovation, et Jessica Reis, ancienne responsable des études qualitatives de la campagne de Joe Biden, concernant la centralité des données dans la structuration et la conduite d’une campagne électorale. Alors que Jessica défendait cette idée, en partant de son expérience en tant que consultante au sein de l’une des plus grosses entreprises de conseil politique du monde, Benoît a mis en avant une vision plus nuancée de cette idée, en soulignant le surdimensionnement qui existe parfois dans certaines campagnes.

Plus généralement, pour vous en tant que professeur et pédagogue, cette période vous a-t-elle fait franchir un cap dans vos pratiques pédagogiques ?

G.E. : Sans aucun doute. La pandémie nous a obligés à revoir nos pratiques pédagogiques, mais elle nous a permis de nouvelles façons d’enseigner, notamment grâce aux nouvelles technologies, qui ne se substituent pas au présentiel.

Quels ont été les retours de vos étudiants et le bilan que vous tirez de cette expérience ?

G.E. : Les retours de mes étudiants ont été excellents. En premier lieu, ils ont apprécié l’approche comparative du cours, qui visait à prendre du recul par rapport aux théories visant à démontrer « l’américanisation » des campagnes électorales dans le monde. Si les Etats-Unis jouent un rôle central sur le marché de la communication politique, que ce soit sur le plan technique ou narratif (dû, en bonne mesure, à l’énorme coût des campagnes dans ce pays, permis par leur non plafonnement), l’internationalisation des campagnes et surtout la circulation des idées et des réseaux d’expertise ne fonctionne pas (ou plutôt, ne fonctionne plus) uniquement suivant une logique « d’exportation » du modèle nord-américain. D’autres pays, développés ou émergents, comme le Brésil, ont créé des marchés puissants sur le plan de la communication politique, leur permettant d’exporter leur savoir-faire – et leurs consultants.

En deuxième lieu, je pense que la possibilité d’interagir avec des experts venant de plusieurs pays et d’horizons divers, qui ont joué un rôle important dans la vie politique de leurs pays au plus haut niveau, leur a permis de mieux appréhender les problématiques du cours. Les étudiants de PSIA sont excellents. Un cours à refaire !

L'équipe éditoriale de Sciences Po

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