La transition numérique est une révolution politique

Du 7 au 9 décembre se tient à Paris le Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO). Présidé par la France, ce sommet mondial vise à promouvoir la transparence de l’action publique et l’innovation démocratique en exploitant les possibilités offertes par les outils numériques. Près de 80 pays y sont représentés : membres de de gouvernements, acteurs de la société civile dont l'École d’affaires publiques de Sciences Po. Entretien avec Yann Algan, doyen de l'École d’affaires publiques et chercheur au Département d'économie, qui a fait des questions de data et de bien public l’un des fers de lance de ses travaux.

Quelle est l’implication de l'École d’affaires publiques dans le Partenariat pour un gouvernement ouvert qui se tient en ce moment à Paris ?

L'École d’affaires publiques est partenaire officiel de cet événement. Passionnés par l’innovation démocratique, les politiques d’Open Data et d’Open Government, 30 étudiants contribuent au bon déroulement du sommet et vont à cette occasion découvrir les coulisses d'un événement international. Ils assurent la mise en relation entre les intervenants et animeront certaines sessions. Nous avons également annoncé notre initiative d’innovation démocratique #Inventons2017. Il s’agit d’un projet pédagogique et participatif ambitieux : les étudiants de l'École d’affaires publiques sont chargés de co-construire avec la jeunesse française un manifeste pour la présidentielle. Enfin, pour ma part, je participerai lors du PGO à plusieurs tables rondes, notamment sur les comparaisons des politiques d’Open Gov entre la France et les autres pays.

En quoi le PGO et ses initiatives pour la transparence publique vous intéressent-ils en tant qu’économiste ?

Cette initiative me passionne en premier lieu comme citoyen ! C’est un formidable mouvement d’espoir où toutes les communautés du monde entier repensent les transformations de l’action publique et co-construisent des solutions aux crises de nos démocraties et modes de gouvernance traditionnels. Mais cela me passionne également en tant que chercheur ! Une partie de ma recherche porte sur le bien-être et le progrès social dans le cadre de mon ERC et du groupe d’experts de l’OCDE sur les nouvelles mesures du bien-être. Une plus grande transparence des institutions, de la fiscalité à l’accès à l’éducation, est essentielle pour rétablir la confiance des citoyens envers leurs institutions, réconcilier les citoyens et les experts dans un contexte de montée du populisme et de crise de la représentation démocratique traditionnelle. L’innovation démocratique est essentielle au bien-être : une même politique peut avoir des effets très différents sur la satisfaction des citoyens selon leur degré de participation à sa conception et sa mise en œuvre.

Comment les outils numériques peuvent-ils réconcilier les citoyens avec la politique ?

La révolution numérique n’est pas qu’une révolution technologique et économique. C’est une révolution du politique et de la citoyenneté. Cette révolution fait évoluer le rôle de l’État vers une action publique 3.0 co-construite entre les citoyens et les services publics sur des plateformes, d’où le qualificatif d’”État plateforme”. Le levier fondamental de cette transformation repose sur la capacité des plateformes à collecter des données et à les exploiter pour offrir de nouveaux services aux utilisateurs dans des conditions radicalement différentes, impliquant une co-production avec les usagers et les entreprises. Ainsi, la municipalité de Boston propose aux automobilistes équipés de smartphones d’y installer une application permettant d’identifier et de géolocaliser les nids-de-poule lors de leurs déplacements, et d’envoyer l’information aux services municipaux qui économisent ainsi les coûts de détection des endroits à réparer. La mise à disposition des données ouvertes au plus grand nombre, citoyens et entreprises, peut être source de progrès social, d’innovation et de croissance. Mais cette révolution de l’État plateforme est aussi source de nombreux défis. Comment préserver la protection des données et s’assurer que leur utilisation aille dans le sens de l’intérêt général ? Comment redéfinir le contrat entre les citoyens et l’État ? Il existe un manque cruel de réflexion sur l’évolution des institutions face aux transformations économiques et sociales à l’ère du numérique. Lorsque les institutions sont en retard sur les bouleversements des sociétés, ne les accompagnent dans le sens du bien commun, nous entrons dans des périodes révolutionnaires. Le sommet sur le gouvernement ouvert offre un lieu vivant de réflexions et d’actions pour répondre à ces interrogations.

L’idée d’accentuer la transparence de l’action publique et d’impliquer la société civile est-elle une idée structurante de votre offre pédagogique ?

C’est dans l’ADN de l’École d’affaires publiques ! De nombreux cours sur le gouvernement ouvert, les nouvelles formes d’action publique, et les relations entre éthique, numérique et affaires publiques sont proposés à nos étudiants. Mais nous offrons aussi une pédagogie innovante qui amène les étudiants à co-construire des solutions avec la société civile, les administrations et les entreprises à partir d’études de cas, de simulations et d’actions d’incubation. L’innovation démocratique est au cœur de ces projets pédagogiques. L’initiative #Inventons2017 en est une parfaite illustration. Les étudiants travaillent sur une plateforme de propositions citoyennes qui permet de crowdsourcer les mesures les plus engageantes des jeunes partout en France avec l’aide de Facebook, Make.org et Les Echos Start. Accompagnés de la communauté académique de Sciences Po, les étudiants vont ensuite formuler aux côtés des jeunes électeurs des programmes d’action publique concrets. L’EAP a par ailleurs créé un incubateur des politiques publiques : les étudiants sont amenés à travailler avec les citoyens, les administrations (Ville de Paris, collectivités et régions…) et les entreprises (Facebook, Axa…) pour trouver des solutions concrètes aux principales préoccupations des citoyens dans des domaines aussi divers que l’accès aux services publics, le logement, le développement durable, l’éducation ou l’emploi. Les étudiants sont par exemple amenés à développer des prototypes numériques avec l’aide de designers et de codeurs qui pourront donner lieu à l’émergence de start-ups d’État !

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