PETITE HISTOIRE DU LOGO SCIENCES PO

Un lion et un renard, enfermés dans la quadrature d’un carré ou d’un cercle, tenant en leurs pattes un blason frappé "ScPo" puis un livre ouvert, évoluant tantôt sur fond gris tantôt sur fond rouge, telle est l’identité visuelle de Sciences Po.

L’invention de la tradition 

Tard venue sur la scène universitaire française, Sciences Po ne peut se prévaloir d’une fondation mythique ou d’une histoire inscrite dans la longue durée, à l’instar des vénérables universités d’Oxford (1116) et de Cambridge (1209), voire des moins médiévales mais malgré tout fort anciennes universités d’Harvard (1636) ou de Princeton (1746). Créée en 1872, c’est seulement dans les années 1930, ayant atteint l’âge respectable de la maturité, que l’École libre des sciences politiques s’est "inventée" une tradition et s’est dotée d’un blason et de mascottes (à défaut d’une devise). Cette armoirie, elle ne la crée pas mais l’emprunte à l’une de ses sociétés étudiantes – son association sportive, plus précisément. C’est donc tardivement et par contagion que l’institution a choisi d’être symbolisée par deux animaux tenant en leurs pattes un blason marqué des initiales "ScPo" pour signifier son identité visuelle.

Bestiaire et héraldique

À origines incertaines et chaotiques, blason et bestiaire problématiques.
Car cette armoirie ne respecte aucune des règles très codifiées de l’héraldique. Ne renvoyant ni aux armes d’une ville, ni à celles d’une famille, ce blason vingtièmiste pointe un surnom, "ScPo", désignant les étudiants, métonymie qui donnera son nom à l’institution à la fin des années 1950, et fait référence à un symbole… machiavélique.

Certains ont voulu voir dans ce bestiaire une glorification de la force (le lion) alliée à la ruse (le renard) nécessaires à la conquête et à la conservation du pouvoir, ignorant peut-être le caractère plus subtil du Prince de Machiavel, qui, loin de constituer un éloge cynique des raffinements sanglants de la vie politique dans l’Italie des Condottiere, en fait une critique profonde, opérant par dévoilement et mise à nu des mécanismes de domination. Lion et renard, force et ruse, c’est donc un symbole ambigu, à double-sens, pouvant conduire au contre-sens, qu’a choisi Sciences Po.

Du blason au logo, du logo à la marque, de la marque aux goodies

Tombé en désuétude après-guerre et maintenu par l’association des Anciens, le blason est remis au goût du jour et transformé en logo en 1988, lorsqu’Alain Lancelot instaure une direction de la communication et se préoccupe de normaliser l’identité visuelle et de déposer la marque Sciences Po à l’Institut National de la Propriété Industrielle. Le blason est alors modernisé : stylisés, le lion et le renard sont inscrits sur fond gris dans un carré, "signe de stabilité et de permanence", lui-même divisé en quartiers représentant les quatre missions de Sciences Po (enseignement, recherche, documentation, publication) ; ils tiennent en leur pattes, non plus un blason frappé du nom, mais un livre ouvert, symbole de savoir et de sagesse. Simplifié en 2007, le logo prend des couleurs en virant au rouge, perd ses quartiers mais récupère le nom "Sciences Po." et y ajoute "Paris". Le lion et le renard se déclinent alors en mascottes et s’incarnent en goodies.

Identité 2015 : un emblème et un logo modernisés et autonomes

En 2015, le lion et le renard font peau neuve, à l’instar de la charte graphique de Sciences Po. À l’heure du positionnement en université de rang international, Sciences Po entend renforcer son image de marque et optimiser son identité visuelle avec pour objectifs la cohérence et l’unité, la singularité et la distinction. De l’ancien blason, l’emblème conserve le rouge et l’intangible bestiaire, le lion et le renard tenant un livre ouvert. Modernisés, ils se donnent à voir en symboles conceptuels et abstraits, à présent cerclés d’un rond céleste qui se stabilise en bas de page dans les publications de la maison. Émancipé de l’emblème, le logo portant la marque devient autonome et s’épure : "SciencesPo", en rouge et en un seul mot, l’emporte définitivement sur les déclinaisons successives et hésitantes du nom qui avaient accompagné la refondation de l’École libre ("IEP", "FNSP", "rue Saint-Guillaume", "ScPo", "Sciences Po. Paris") et s’impose aux entités affiliées (unité de recherche, départements, écoles, campus).

Des jeunes gens nommés "Sciences Po" de l’entre-deux-guerres à SciencesPo en 2015, l’École d’Émile Boutmy semble avoir réussi son pari : imposer durablement son nom en une marque unique et désirable.

Marie Scot

Pour en savoir plus 

Archives de Sciences Po ;
Mots clés : IEP-FNSP 1871-1945 ; directorat d’Eugène d’Eichthal
Catégorie : vie de l’institution

 

"Du climat et du sens"

Que se passe-t-il quand une région comme l’Asie du Sud-Est se retrouve simultanément acteur et victime du changement climatique ? Quand un pays comme la Chine figure à la fois au rang des grands pollueurs et des pionniers de la diplomatie environnementale ? Quand les grandes organisations internationales peuvent décider de surveiller... ou de punir ? Réponse : “ça part en débat !” Pour faire un tour dans la “galaxie environnement” avec Marine Denis et ses étudiants engagés, c’est par ici...

Lire la suite
“La dimension politique de la parole des scientifiques est devenue évidente”

“La dimension politique de la parole des scientifiques est devenue évidente”

Par Sébastien Treyer (IDDRI) - Les scientifiques sont particulièrement exposés dans la crise sanitaire actuelle, où les gouvernements recourent à leur avis pour consolider leurs décisions. Ainsi convoqués comme experts, également par les médias, ils se trouvent à la fois mis en responsabilité collective, comme c’est le cas des conseils scientifiques mobilisés autour du gouvernement français, et exposés individuellement. Ils constituent aussi un phare, auquel on peut se référer pour se construire, progressivement, en tant que citoyen, une compréhension de la situation.

Lire la suite
Un hackathon pour lutter contre la pandémie

Un hackathon pour lutter contre la pandémie

Simonas Žilinskas est étudiant en deuxième année sur le campus de Dijon (programme Europe centrale et orientale). Lorsque l’épidémie de Covid-19 a commencé, il est rentré dans sa Lituanie natale et a cherché à s’impliquer dans la lutte contre le virus. Déjà rôdé à l’exercice du hackathon, grâce à son expérience dans le monde des startups lituaniennes, il a rejoint l’équipe de pilotage de Hack the Crisis, un hackathon en ligne qui s’est déroulé du 20 au 22 mars 2020, avec le but de trouver des solutions innovantes à la crise. Il raconte. 

Lire la suite
Covid-19 : Ce qui change pour les candidats

Covid-19 : Ce qui change pour les candidats

Dernière mise à jour : 09/04/20 - Vous êtes candidat à Sciences Po pour la rentrée 2020 ? Nos procédures d’admission suivent leur cours, mais s’adaptent au contexte de crise sanitaire. Retrouvez ci-dessous le nouveau calendrier et les nouvelles modalités pour chacune des procédures.

Lire la suite
“Après la crise, je ne crois pas à un retour au monde d'avant

“Après la crise, je ne crois pas à un retour au monde d'avant"

Les décisions prises dans l’urgence par les institutions économiques nationales et européennes seront-elles suffisantes pour amortir le choc de la crise économique, conséquence inévitable de la pandémie du Covid-19 ? Analyse par Xavier Ragot, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui évoque aussi la nécessité de repenser, à l'issue de cet épisode tragique, les liens entre économie, société et environnement.  

Lire la suite
Keep Learning : comment Sciences Po est passé en ligne

Keep Learning : comment Sciences Po est passé en ligne

14 000 étudiants issus du monde entier et sur tous les continents, 700 cours par jour : le passage en ligne imposé par la crise sanitaire a constitué un défi inédit pour Sciences Po. C’est aussi l’opportunité d’inventer de nouvelles façons d’apprendre et d’enseigner. Bénédicte Durand, Directrice de la formation, raconte l’énergie déployée par toutes les communautés dans cette aventure qui transformera durablement Sciences Po.  

Lire la suite

"Menton Livraison" : des étudiants s'engagent pendant la crise

Au début du mois de mars 2020, alors qu’une grande partie de la France vit encore dans l’insouciance, Tommaso Campomagnani, Nolwenn Menard, Joseph Moussa et Mathilde de Solages, étudiants en première année sur le Campus de Menton, anticipent la possibilité d’un confinement. Dans cette ville où un tiers de la population a plus de soixante ans, ils créent la plateforme Menton Livraison, qui garantit la livraison de produits de première nécessité par des bénévoles pour les personnes à risque. Mathilde et Nolwenn nous racontent cette aventure collective, faite de difficultés administratives et de belles rencontres.

Lire la suite
Avec Bertrand Badie, un

Avec Bertrand Badie, un "espace mondial du savoir"

Mise à jour 27 mars 2020 : Pas de confinement pour les idées ! Grâce à la plateforme Coursera, il redevient possible de suivre le MOOC incontournable et plébiscité de Bertrand Badie, "Espace Mondial". Le temps des études est celui d'une vie. #KeepLearning

22 000 fans : plus qu’un concert de Beyoncé à Bercy. C’est le nombre d’internautes qui ont suivi le cours en ligne de Bertrand Badie, en 2014 et 2015. Depuis un village de Saintonge, Rabat, La Réunion ou Mexico, au bureau, ou en faisant le ménage, ces étudiants de tous les âges et du monde entier ont plébiscité cette première édition du MOOC “Espace mondial”. Bonne nouvelle pour les accros, l’aventure redémarre sur la plate-forme Coursera, avec une nouvelle version internationale, multilingue, et à la demande.

Lire la suite
La compétition des propagations

La compétition des propagations

"Virus, mèmes et bonnes pratiques : la compétition des propagations"

Par Dominique Boullier (Professeur des universités en sociologie, CEE, Sciences Po) - Lorsqu’une crise sanitaire advient, ce ne sont pas seulement les virus qui se propagent avec leurs propres mécanismes. C’est aussi chaque société qui fait émerger tout son potentiel viral, selon un fonctionnement social tout à fait ordinaire que Tarde avait pensé sous le terme d’imitation à la fin du XIXe siècle. Car les messages d’alerte ou de soutien sur les réseaux sociaux, les bonnes pratiques, les peurs, les fake news, tout se diffuse selon un modèle de viralité.

Lire la suite