Mon double diplôme à Paris en temps de pandémie

Rencontre avec Alexis Cheney, étudiante américaine en première année de double diplôme entre l’École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA) et la School of International and Public Affairs de Columbia University (SIPA). Elle partage ses expériences de l’enseignement à distance et de ses études à Paris pendant un confinement.

Pourquoi avez-vous choisi le programme de double diplôme Sciences Po / Columbia ? Quel est votre master et votre spécialisation ?

Alexis Cheney : Je ne sais pas par où commencer ! J'envisageais six programmes d'études supérieures en affaires internationales, mais celui-ci était mon premier choix pour plusieurs raisons. Ce double diplôme offre la possibilité de découvrir les systèmes académiques européen et américain, d'étudier les affaires internationales depuis ces deux perspectives et d'accéder à la multitude de ressources de deux universités de premier plan (corps enseignant, réseau étudiant, bibliothèque, services carrières, conférences, réseaux d'anciens élèves, etc.). De tous les programmes en affaires internationales que j’ai pu envisager, aucun autre n’offrait la possibilité d’étudier autant de sujets d’intérêt en seulement deux ans. Je suis à la fois un master en International Public Management (PSIA Sciences Po) et un master en Human Rights and Humanitarian Policy (SIPA Columbia). Les deux universités offrent la possibilité de se concentrer sur la communication, ce qui m’intéresse depuis longtemps. Enfin, non seulement j'aime la richesse culturelle de Paris et de New York, mais le programme ouvre des perspectives de carrière à la fois en Europe et aux États-Unis.

Vous avez fait une parenthèse dans la vie active entre vos études de premier cycle et votre master. Quel effet cela fait-il de redevenir étudiante ?

Alexis Cheney : Je ne vais pas mentir, il a fallu s’adapter ! J'ai travaillé pendant deux ans en tant qu’assistante juridique au sein du Département de la Justice des États-Unis à Washington, puis deux ans comme chef de projet dans une agence de marketing à Paris. D'un côté, je suis ravie d'être de nouveau étudiante car je suis en quelque sorte mon propre patron ! Mais je dois avouer que les soirées et week-ends libres me manquent. Dans l'ensemble, cependant, je ne me sens pas désavantagée par le fait d’avoir fait cette coupure au cours de mes études. En fait, les compétences acquises en environnement professionnel, comme le travail en équipe et la gestion de projet, se sont avérées fort utiles dans le cadre de nos nombreux projets de groupe en classe.

Comment s’est passée votre intégration dans le programme en tant qu’étudiante internationale ?

Alexis Cheney : Étant donné que 70% des étudiants de PSIA sont originaires d’un pays autre que la France, j’étais plutôt bien entourée ! À la rentrée, chaque École offre une leçon inaugurale. Cette année c’est Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale, qui nous a fait l’honneur de son intervention à PSIA. Par ailleurs, avant le début des cours de chaque semestre, l’École offre à ses élèves l'opportunité de participer à un stage de français intensif, qui est un excellent moyen d’apprendre la langue ou d’améliorer son niveau, si besoin. Je vais suivre un cours de français avancé sur le patrimoine français en janvier avant le début du second semestre. Même si la connaissance de la langue n’est pas impérative, tous les cours étant dispensés en anglais, il est toujours utile d’en connaître les rudiments pour mieux profiter de Paris.

Les étudiants ont aussi la possibilité de prendre part à un buddy program et être accompagnés par un élève de deuxième année pour les aider à s’acclimater. J’ai moi-même été accompagnée par un élève français de l'École de droit qui a répondu à toutes mes questions autour d’un café. J'ai été également ravie de participer à la semaine de bienvenue du 2ème semestre en janvier, qui inclut le Youth & Leaders Summit, des sessions d’orientation et des ateliers de rencontres entre camarades de classe.

Quel a été le meilleur moment de votre premier semestre ? 

Alexis Cheney : Pour être totalement honnête, je dirais que dans ce contexte de crise sanitaire, le fait de ne pas avoir pu passer de temps avec mes camarades de classe en personne a été le plus dur. Mais nous sommes tout de même partis à quelques uns pour un tour du Château de Fontainebleau et ses environs (voir photo). Le château se situe à seulement une heure de train de Paris et cela nous a fait un bien fou de déconnecter et de passer du temps ensemble, en vrai, et de marcher dans la nature. Nous sommes déjà en train de préparer notre prochain séjour découverte en Bretagne !

Vos cours se sont tenus en distanciel à l’automne. Comment vos enseignants et camarades ont-ils contribué à rendre cette situation gérable ?

Alexis Cheney : Les étudiants et les professeurs ont fait preuve de créativité et ont utilisé des outils tels que Wooclap pour s’assurer que les cours restent interactifs. Par exemple, dans le cadre d’un de mes cours, International History of Economic Policy, mené par le professeur Rostowski, ancien ministre des finances de Pologne, les élèves organisaient en marge du cours des réunions Zoom en petits groupes pour mieux se connaître et partager les documents. 

Nous avons même organisé nous-mêmes des «watch parties» pour les plus grands cours, en partageant des pâtisseries françaises bien sûr. Les professeurs ont aussi continué à nous recevoir virtuellement, ce qui a été très utile et une façon agréable de mieux connaître le sujet et se rencontrer dans un cadre moins formel qu’une salle de classe sur Zoom. 

Votre expérience à PSIA a-t-elle répondu à vos attentes ? 

Alexis Cheney : Avant de débuter le master, j’avais entendu dire que le système éducatif français avait tendance à être plus libre que le système américain, j’avais donc anticipé le fait que la relation avec les professeurs et conseillers serait plus difficile à établir. Heureusement, cela n’a pas du tout été mon expérience ! Mes conseillères pédagogiques Mimi Maung-Trentin et Elvina Cappelle, ont toujours été disponibles pour des séances de conseils sur Zoom et pour répondre rapidement à mes emails. J’ai aussi pu profiter de sessions de conseil en tête à tête avec Véronique Jaffro, notre conseillère carrières au sein de PSIA. Alors que j’écrivais un article de recherche pour un cours sur l’égalité des sexes, j’ai même eu la chance de recevoir de l’aide de la part d’un bibliothécaire pour trouver des documents en français en anglais. Dans l’ensemble, j’ai été agréablement surprise du soutien apporté aux élèves.

Comment avez-vous vécu le dernier confinement en tant qu’étudiante à Sciences Po ?

Alexis Cheney : J'ai eu la chance d'avoir trouvé un appartement confortable et abordable grâce au service logement de Sciences Po, que j’ai partagé en colocation avec une personne rencontrée via un groupe Facebook de PSIA. Lorsque ma colocataire allemande est rentrée chez elle pour le confinement, c’est une amie et camarade de classe de Hong Kong qui a pu prendre sa place. Bien que ce fût une période scolaire intense, et compliquée à Paris en général, nous avons malgré tout réussi à bien nous amuser ! Nous avons cuisiné de bons petits plats (retrouvez la recette de notre tarte au citron ici), regardé “The Crown” et joué de la musique ensemble, elle à la guitare et moi au chant. Cela nous a aussi beaucoup aidés que la bibliothèque de Sciences Po reste ouverte. Trouver un refuge en dehors de l’appartement a fait la différence. 

Quel cours avez-vous préféré ? 

Alexis Cheney : J’ai beaucoup aimé le cours Today’s Public Diplomacy enseigné par le Pr Tomescu-Hatto. Même en format Zoom, notre classe a su créer une communauté forte. Les échanges étaient toujours vivants et constructifs. Parmi de nombreux sujets, nous discutions soft power, image de marque des États, diplomatie virtuelle, etc. J'avais postulé par hasard à l'automne à un stage d'été au sein de la Division Diplomatie publique au Département d'État américain. Lors de l’entretien en novembre, j’ai mentionné ce cours et j’ai ensuite reçu une offre ! 

Quelles sont vos attentes pour ce prochain semestre ? 

Alexis Cheney : Je vais faire en sorte de m’imprégner au maximum de Sciences Po et de Paris pendant ces cinq prochains mois. J’espère aussi assister aux événements proposés par PSIA, rencontrer plus de professeurs et profiter des musées et restaurants parisiens lorsqu’ils pourront rouvrir. 

Quels sont vos projets après l’obtention de votre double diplôme ?

Alexis Cheney : Après mon diplôme, j’espère travailler au service Communication d’une organisation internationale ou à but non lucratif, comme par exemple l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Sciences Po et l’OCDE ont des liens très étroits, de nombreux étudiants y font leur stage ou reçoivent même des offres à plein temps après leur diplôme. En janvier, je débute un stage en communication au sein de leur Direction de l'éducation et des compétences. Je dirais que ce double diplôme m’aide déjà à atteindre mes objectifs !

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