Générations Erasmus

Au sein de Sciences Po, l’association “Jeunes Européens” est mobilisée depuis plusieurs mois pour susciter l’intérêt sur les questions européennes et encourager les étudiants à aller voter. Europhiles, certes, mais pas non plus dénués de sens critique sur les blocages européens, ces étudiants attendent avec une pointe d’anxiété les résultats du 26 mai qui pourraient changer la couleur politique de l’Union. Entretien avec Maria Popczyk, présidente des Jeunes Européens - Sciences Po. 

Qu’est-ce que les Jeunes Européens ? 

C’est une association de jeunes de 16 à 35 ans qui vise à renforcer le sentiment de citoyenneté européenne, fait de la pédagogie auprès des plus jeunes et encourage le débat sur l’Europe. L’association existe à l’échelle européenne et se décline en sections nationales, comme les “Jeunes Européens France”, et locales, comme la nôtre à Sciences Po. Nous sommes transpartisans et nous ne soutenons aucun parti politique en particulier, même si nous sommes quand même pro-européens.

En quoi consiste votre action ?

Elle consiste à sensibiliser le public aux questions européennes. On a, par exemple, lancé la campagne “Mon vote, mon Europe” pour les élections de 2019. Elle se déroule en ligne, - on publie des vidéos dans lesquelles on explique les enjeux des élections -, comme dans les rues avec l’action “Réagis et (re)vote” : on montre une citation d’un de nos eurodéputés et on fait réagir le public. L’idée, c’est d’inciter les gens à aller voter pour avoir des députés qui les représentent… et non l’inverse ! On fait aussi de la pédagogie auprès des plus jeunes en se rendant dans les écoles, collèges et lycées pour parler de l’Europe sur un format interactif. On fait également des actions dans des lieux publics destinées à attirer l’attention et à faire naître un débat, notamment dans le cadre du projet INCLUDE en partenariat avec la Mairie de Paris. 

Et dans le cadre de Sciences Po, que faites-vous plus spécifiquement ? 

On a organisé en novembre 2018 un débat avec six eurodéputés pour poser les jalons des futures élections. On a également organisé une conférence puis un ciné-débat pour évoquer les problèmes migratoires et la réglementation concernant les demandeurs d’asile, ou encore un événement sur les États-Unis, l’Union européenne et et la Chine avec le “Club Chine” de Sciences Po. Et, bien sûr, nous faisons aussi tout un travail de sensibilisation et d’intégration, par exemple pour intégrer les étudiants étrangers en échange à Sciences Po.

Quels sont les enjeux les plus importants à la veille des élections européennes ? 

La mobilisation des jeunes ! Quand vous regardez les dernières études d’intention de vote, les chiffres sont impressionnants. Cela nous motive encore plus à militer et à faire des propositions pour l’Europe de demain. Les Jeunes Européens souhaitent également influencer le débat public. On a un dossier avec des propositions concrètes : mettre en place une éducation civique européenne, élire le président de la Commission au suffrage universel, etc. 

Qu’est-ce qui manque à l’Europe aujourd’hui ?  

On peut être à la fois europhile et eurocritique et dire ce qui ne va pas ! Par exemple, le système de choix de nos représentants est à revoir. Il manque également une identité européenne : les gens voient l’Europe comme quelque chose de lointain qui nous impose des règles. Alors qu’en fait, on bénéficie de beaucoup de choses au quotidien via l’Union européenne : de nouvelles routes, de nouvelles infrastructures, des échanges Erasmus, etc. 

Que diriez-vous aux gens qui ne votent pas lors des élections européennes parce qu’ils pensent que les élections nationales sont plus importantes ? 

Que les gouvernements nationaux dépendent en grande partie de ce qui est décidé au Parlement européen ! Si cela n’intéresse pas les gens, c’est peut-être parce que les programmes électoraux ne sont pas suffisamment expliqués... Les médias n’y prêtent pas beaucoup attention, on n’en parle pas dans les grands journaux et à la télévision. On en parle seulement à un ou deux mois du scrutin. Il faut semer les graines européennes suffisamment tôt, sinon ça ne sert à rien ! 

Comment envisagez-vous l'évolution de l’Union européenne dans les prochains mois ?

Cela va dépendre en grande partie des élections du 26 mai et des résultats. Si les eurosceptiques gagnent, ils vont chercher à réformer l’Union européenne de l’intérieur et donc sans doute donner davantage de pouvoir aux gouvernements nationaux. Si c’est le cas, cela va être difficile de garder les militants actuels de notre association, ça risque d’être décourageant. Inversement, si le front européiste l’emporte, peut-être qu’on va aller vers ce que souhaitent les Jeunes Européens : une Europe plus intégrée avec une vraie politique migratoire, une vraie politique fiscale ou encore un budget européen !

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