"Être LGBTI n'est pas une influence occidentale, c'est une réalité humaine"

Il a créé la première association LGBTI de l’histoire du Laos
  • Anan Bouapha devant Sciences Po ©Sciences PoAnan Bouapha devant Sciences Po ©Sciences Po

Œuvrer en faveur des droits des lesbiennes, gays, bis, transexuels et intersexes (LGBTI) dans un pays loin de l’Europe, qui en comprend encore souvent mal les enjeux… c’est la vocation de Anan Bouapha, président et fondateur de la première association LGBTI de l’histoire du Laos. De Vientiane à Paris, ce fervent défenseur du droit à la différence a choisi d’étudier à Sciences Po.

En 2012, à l’âge de 25 ans, vous et votre association “Proud to be us Laos”, organisiez la première “LGBT Pride” au Laos. Quels étaient le contexte et les objectifs de cette action ?

Dans le contexte local, je n’ai pas utilisé le terme “LGBT” car il est sujet à malentendus. Les autorités, particulièrement, considèrent qu’il s’agit d’une idéologie occidentale, et cette impression pouvait être accentuée par le fait que nous comptions parmi nos soutiens des organisations internationales. L’objectif principal était de créer une plateforme publique pour toutes les personnes LGBTI, la société et les différents acteurs concernés, afin de pouvoir discuter sans peur de l’inclusion des personnes gays et transgenres dans le plan national de prévention du ministère de la Santé contre le SIDA. À la suite de notre action, le gouvernement a fait de nets efforts en ce sens. C’était un grand pas en avant et nous nous sommes saisis de cette opportunité pour mettre en place un dialogue. Être LGBTI au Laos, ce n’est pas être soumis à une influence occidentale, c’est tout simplement une réalité humaine. Il est temps d’en parler, et pas seulement dans un contexte de politique de santé, mais d’aborder aussi les enjeux sociaux, économiques et politiques.

Est-ce que les droits des LGBTI au Laos ont progressé depuis cette première action il y a 5 ans ?

Les progrès sont difficiles à mesurer parce qu’il y a beaucoup d’éléments à prendre à compte avant de pouvoir les évaluer. Cependant, notre action soutenue et continue, de même que les efforts du gouvernement pour mieux en saisir les enjeux, se font ressentir au sein de la communauté qui réalise que les choses s’améliorent un peu chaque jour. Par exemple, la première journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie en 2015 a été diffusée par la Lao National Television, une chaîne TV gouvernementale, et une personne transgenre a eu l’occasion d’y évoquer son histoire et ses espoirs. C’était un moment important pour nous ce témoignage diffusé sur un média national et un véritable coup de projecteur pour la communauté LGBTI du Laos. L’an dernier, à l’occasion de cette même Journée, des officiels du ministère des Affaires étrangères du Laos ont assisté à l’émission. C’est le début d’un changement positif.

Vous venez de débuter un master en “Advanced Global Studies” à Sciences Po, un cursus d’une année pour les jeunes professionnels. Qu’en attendez-vous ?

Je suis déjà en activité professionnelle donc j’espère que ce programme me permettra d’affuter mes compétences et de me construire un réseau. Je souhaite entrer en contact avec des diplômés et des professionnels inspirants ! J’ai également hâte de participer aux sessions avec des conseillers en carrière qui vont nous aider à travailler sur nos perspectives professionnelles après Sciences Po.

Justement, quels sont vos projets pour la suite ?

Je vais reprendre mes activités au sein de mon mouvement Proud to be us Laos, avec des outils et une meilleure compréhension des droits de l’homme et de la sociologie politique. Je vais essayer d’obtenir auprès du gouvernement un statut légal pour mon organisation. Ce qui ferait de Proud to be us la première organisation civile au Laos en contact étroit avec la communauté LGBTI. J’aimerais beaucoup voir Proud to be us devenir un think tank qui viendrait aider le gouvernement à sensibiliser ces populations parmi les plus à risques.

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