Prostitution et migration

Hélène Le Bail nous parle de l'étude qu'elle présentera au prochain colloque du CERI
  • Fresque "The Girls Of Moorhouse" ©NCSphotography (CC)Fresque "The Girls Of Moorhouse" ©NCSphotography (CC)

Hélène Le Bail est chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), chargée de recherche au CNRS et membre du Comité de pilotage de PRESAGE. Docteure en science politique et diplômée en langue et civilisations chinoises elle participe le 21 décembre à un colloque intitulé Prostitution et migration.

Vous êtes docteure en science politique - relations internationales, spécialiste des migrations, mais aussi diplômée en langue et civilisation chinoises. Qu'est-ce qui a aiguisé votre intérêt pour cette région du monde en particulier ?

En fait, j’ai commencé le chinois dès le lycée. Après mon Bac, je suis partie un an en Chine : c’est là qu’est né mon intérêt pour cette région.

Ensuite, j’ai effectué mon premier travail de recherche à Taïwan, sur le souvenir de la colonisation japonaise. Suite à cela je suis allée au Japon : j’ai été doctorante à l'université Hitotsubashi, post-doctorante à l'université Waseda, puis chercheure pendant trois années à la Maison franco-japonaise.

Vous avez travaillé à plusieurs reprises sur le thème de la prostitution. En quoi ce sujet est-il pertinent dans les études internationales ?

Ce sujet est pertinent dans le cadre des études internationales parce qu’aujourd’hui, dans la plupart des pays riches, la majorité des travailleuses du sexe sont migrantes. C'est donc lié aux questions internationales et aux questions du trafic de personnes. Souvent, en France, les questions du trafic de personnes sont résumées aux travailleurs du sexe ; mais cela correspond aussi à d’autres situations : travail forcé, travail non protégé, …

Le sujet de la prostitution pose aussi la question des droits des femmes, de l’égalité entre les femmes et les hommes et des modèles patriarcaux.

Le 21 décembre 2018 vous participez à un colloque intitulé "Prostitution et migration". Avec Ya-Han Chuang, une collègue sociologue, vous présentez une comparaison de deux mobilisation de femmes chinoises migrantes à Paris. Pourquoi avoir comparé les mobilisations de travailleuses du sexe et de manucure ?

Lorsque j’ai commencé à travailler avec Ya-Han, nous avons discuté de nos sujets de recherche et commencé à comparer nos études de cas. Nous savions qu’il existait cette idée que les migrants chinois se mobilisent beaucoup moins que les autres, qu’ils s'investissent peu dans l’action collective. Nos études de cas, sur les mobilisations de travailleuses du sexe et de manucure, contredisent ces stéréotypes et créent un contre-discours.

Le point commun entre ces deux mobilisations est le statut des individus mobilisés : ce sont des personnes très marginalisées, de par leur statut de migrantes, et de par leur place au sein des communautés chinoises. Elles ont souvent moins de réseau et de capital social, par exemple.

Cette marginalité devient un élément de compréhension de ces mobilisations car ces femmes vont trouver des alliées à leurs causes en dehors de leur communauté de migrants.

Colloque "Prostitution et migration : entre gouvernement des frontières et régulation des sexualités"

Ce colloque est organisé dans le cadre du projet ProsCrim, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Programme, détails et inscription.