Résumé de la thèse de Yoann Demoli

Les usages sociaux de l'automobile en France de 1980 à nos jours
Directeur : Philippe Coulangeon

Certes, l'automobile apparaît comme un objet de prime abord banal, mais, lorsque l'on se penche sur ce que la sociologie a dit de cet objet, le constat est celui d'un certain manque, comme le fait remarquer P. Lannoy (Lannoy, 2003), mettant en avant l'intérêt d'autres disciplines, comme les sciences économiques ou bien la géographie. C'est le premier enjeu de notre projet que de poursuivre les intuitions développées par L. Boltanski (Boltanski, 1975), afin de pallier un point aveugle de la littérature sociologique.

Bien onéreux, qui s'est massifié durant le demi-siècle dernier, la voiture est devenue un équipement largement banalisé parmi les ménages français. Cependant, de même que la généralisation d'autres équipements (téléphone, télévision) ne signifie pas moyennisation ou homogénéisation sociale des usages, nous voudrions montrer qu'une étude de l'automobile sur un quart de siècle permet de réinterroger certaines problématiques sociologiques d'ampleur, notamment celle de la stratification sociale. Étudier l'automobile, c'est ainsi donner un nouveau terrain à des problématiques traditionnelles de la sociologie. Par le biais de l'analyse de l'équipement et des usages de la voiture particulière, il s'agit de s'intéresser aux différences de consommation entre hommes et femmes, entre catégories socioprofessionnelles, entre urbains et ruraux, … dans une perspective à la fois synchronique et diachronique. Ce point constitue le deuxième enjeu de notre travail. 


Bien polémique, la voiture l'a été et l'est assurément. Objet à l'origine comme aujourd'hui redouté et redoutable (les travaux sociologiques s'y intéressant sont souvent du ressort de la sociologie du risque – cf. Grossetête, 2010), objet symbolique de la modernité, il est aussi de nos jours délaissé, dans une société où la question écologique s'installe durablement, et prend très souvent la voiture pour objet, via les différentes politiques publiques, passées ou à venir. S'intéresser à la consommation automobile est aussi prendre pour objet, et là réside aussi la signification étymologique de la consommation, les dépenses énergétiques des ménages liées aux usages de l'automobile. L'analyse en sociologue de telles dépenses, que nous conjecturons socialement différenciées, s'avère particulièrement nécessaire, dans un contexte où les politiques publiques, (sous la forme de mesures fiscales, de construction d'infrastructures, …) figurent à l'agenda public. Là réside le troisième enjeu de notre projet. 


Pour mener à bien nos travaux, nous avons à notre disposition un matériau avant tout quantitatif, regroupant trois séries de l'enquête « Transports » (1981, 1993 et 2007) et cinq dates de l'enquête « Budget de famille » (1985, 1989, 1995, 2001 et 2006), de telle sorte que la période d'étude recouvre près d'un quart de siècle de la France contemporaine. Nous ne nous interdisons toutefois pas le recours à des matériaux qualitatifs, sans pour l'instant en avoir fixé les modalités.

Article mis à jour le 04-06-2015