Résumé de la thèse d'Agathe Voisin

Ethnicité et cultures juvéniles dans les quartiers populaires
. Une comparaison France – Angleterre
Directeur : Marco Oberti

Les évènements impliquant la jeunesse des quartiers populaires des deux côtés de la Manche sont presque systématiquement interprétés comme la preuve de la faillite des modèles nationaux. Tandis que les émeutes de novembres 2005 en France ont fait crier à l’échec du modèle républicain, celles du Nord de l’Angleterre en 2001 ou de Londres à l’été 2011 semblaient confirmer la faillite du multiculturalisme. La présentation de ces deux modèles comme opposés et rivaux et le lien récurrent et non questionné fait avec la jeunesse des banlieues populaires sont problématiques.

L’objet de cette thèse est d’apprécier l’impact de ces modèles nationaux – médiés par des contextes locaux – sur l’expérience quotidienne des jeunes habitants des quartiers populaires, leur sociabilité, leurs pratiques, leurs identités.

Je m’appuie pour cela sur le concept d’ethnicité compris, suivant une perspective constructiviste héritée de Max Weber et de Fredrik Barth, comme un processus de construction de frontières sociales et symboliques fondées sur l’appartenance commune à une origine supposée. J’étudie la manière dont interagissent des processus macrosociologiques (comment Etats et institutions définissent les frontières entre le même et le différent) et microsociologiques (l’ethnicité est aussi produite, reproduite, négociée, contestée lors d’interactions quotidiennes prenant place dans des contextes particuliers). Les discontinuités introduites par le cadre local et notamment l’effet propre de la ségrégation urbaine m’intéressent particulièrement.

Cette recherche repose sur un travail qualitatif mené dans deux quartiers populaires situés dans des zones traditionnelles d’accueil des différentes vagues migratoires à la périphérie de Paris et de Londres. L’enquête mêle entretiens individuels, entretiens collectifs et observations auprès de jeunes adultes et adolescents âgés de 15 à 25 ans.

Dans un premier temps, j’étudie les catégories et représentations ethniques à travers la manière dont celles-ci sont construites, appropriées, contestées, retravaillées dans les principales sphères de socialisation traversées quotidiennement par les jeunes : le quartier, le groupe de pairs, la famille, l’école.

Dans un second temps, j’analyse les trajectoires identitaires individuelles selon le genre, l’âge, l’histoire familiale, la trajectoire scolaire et professionnelle, le quartier de résidence.

Ces deux approches symétriques permettent de questionner la prégnance des modèles nationaux et les similarités et différences de leurs effets. Elles questionnent l’autonomie locale et individuelle et ouvrent sur les questions de citoyenneté et d’individuation. Comment ces modèles façonnent-ils, encouragent-ils ou contraignent-ils les affirmations de citoyenneté et d’individualité des jeunes Français et Britanniques ?

Article mis à jour le 22-02-2016