Pérou. Les configurations partisanes au prisme des élections (2010-2011)

«Je revendique pour tous les peuples ce que j'offre au mien: élections libres et régulières ; presse libre ; indépendance des pouvoirs et aucun caudillisme personnalisé, c'est antidémocratique » (Alan García Pérez, président de la République du Pérou)[1]

Ces déclarations, prononcées à l'occasion du sommet Amérique latine, Caraïbes et Union européenne à Madrid en mai dernier,  s'inscrivent clairement dans la stratégie d'Alan García de légitimer son bilan présidentiel, à moins d'un an de la fin de son mandat. Ces déclarations peuvent prêter à sourire : la situation actuelle au Pérou, après cinq ans de gouvernement apriste, n'est pas si idyllique et présente un bilan contrasté.

S'il est le premier pays du continent à connaître une croissance économique aussi soutenue[2], il est aussi celui où l'approbation démocratique est une des plus faibles au niveau latino-américain.

Lors de la campagne de 2006, l'apparition de l'outsider Ollanta Humala change la donne politique en élargissant le débat électoral vers la gauche. Jusqu'à son irruption sur la scène électorale, tout semblait annoncer un duel entre le candidat de centre-gauche Alan García et la candidate de la droite libérale Lourdes Flores. Cette dernière incarnait la continuité de la politique économique en place depuis 1990 « avec ses bons et ses mauvais aspects, des îlots de prospérité dans une mer d'inégalités »[3]. Tandis qu'Ollanta Humala se fait l'apôtre de la lutte antilibérale, Alan García, dont la revitalisation de l'APRA en 2001 doit essentiellement à son charisme, se positionne comme le candidat du « changement responsable », stigmatisant Lourdes Flores comme la « candidate des riches », et critiquant le manque d'expérience d'Ollanta, qualifiant sa candidature de « apuesta al vacío »[4]. Il propose ainsi un programme intermédiaire, rompant avec le schéma économique alors en place, relativement similaire à celui d'Humala (révision des contrats miniers, programmes sociaux, crédit agraire, changement de la constitution, rejet du traité de libre échange (TLC) avec les États-Unis...) tout en tentant d'incarner l'image d'un président responsable et compétent. L'hostilité de l'ensemble des médias à Ollanta Humala, qui simplifie le choix électoral du second tout entre démocratie contre autoritarisme, ajouté au report des voix de la droite en déroute, permettent à Alan García de l'emporter assez facilement.

A l'heure de faire le bilan des années de gouvernement d'Alan García, force est de constater que la priorité de celui-ci a été « d'asseoir la stabilité économique du pays et d'offrir des garanties à ceux qui cherchent à gagner la confiance des capitaux étrangers, dans la droite ligne de la politique néolibérale menée par le gouvernement de A. Toledo, laissant de côté les promesses électorales plus radicales qui avaient assuré son triomphe »[5]. Certains membres de son gouvernement ont ainsi été ministres de Toledo. Il conclut en outre une alliance avec le groupe fujimoriste au Congrès afin de s'assurer une majorité. Alan García signe également le traité de libre-échange avec les États-Unis[6] et entame des négociations pour la mise en place de traités similaires avec le Chili, la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande, Singapour et la Chine. Les indicateurs économiques semblent lui donner raison, puisque que le Pérou n'a cessé de voir sa croissance économique augmenter : 7.7% en 2006, 8.9% en 2007 et 9.8% en 2008, tandis que l'inflation reste relativement maîtrisée malgré un pic à 6,7% en 2008 et que les exportations ont augmenté de plus de 12% en 2008. Si les taux de chômage officiels sont restés stables (9%), ils ne représentent pas la réalité du pays, où près de 60% du travail est informel. La poursuite de cette politique néolibérale n'a par ailleurs pas permis une nette réduction de la pauvreté qui touche encore plus de 35% de la population. Surtout, les inégalités et l'exclusion sociale de pans entiers de la population restent très importantes[7]. Les protestations contre ce modèle économique sont nombreuses dans le pays. Au mois d'avril 2010, la Defensoría del Pueblo enregistre 179 conflits sociaux « actifs », soit presque 22 fois plus que ceux enregistrés au début du mandat, en avril 2006[8].

Le contrôle des mouvements sociaux va alors de pair avec la multiplication des mesures néolibérales, et l'on assiste ainsi à une répression croissante de la protestation sociale depuis les années du fujimorisme. Ainsi, pour Ramón Pajuelo, rapporteur du CLACSO sur les mouvements sociaux au Pérou, le fujimorisme a, d'un côté, « impulsé un processus de 'développement' et de 'modernisation' nourri par l'ouverture au libre marché et à l'exécution de programmes visant à couvrir les expectatives sociales". Mais parallèlement à ce processus, « de manière systématique, ont été exécutées des actions destinées à fragmenter le tissu social existant, utilisant pour ce faire le prétexte de la lutte contre la subversion »[9] . Ainsi, on assiste sous Fujimori à une multiplication des lois qui répriment les actes de contestation sociale, caractérisés comme un « terrorisme aggravé ». La transition démocratique incarnée par l'élection d'Alejandro Toledo, très lié aux mouvements sociaux de contestation contre le régime d'Alberto Fujimori, ne met paradoxalement pas fin à cette dynamique de répression de la contestation. A partir de 2002, la contestation sociale reprend car le contexte de la transition est, selon Ramón Pajuelo, « propice à 'l'apparition' de nombreuses revendications et conflits couvés au cours de la mise en place du néolibéralisme, mais efficacement contenus par le fujimorisme »[10] . Ce renouvellement de la protestation provoque un durcissement de la politique répressive des mouvements sociaux, notamment concernant les blocages de route dont la pénalisation est aggravée : l'article 283 de la loi 27686, votée en 2002, impose ainsi une peine de 4 à 6 mois d'emprisonnement pour entrave au fonctionnement de services publics (transports, réseaux de communication, de distribution d'eau, d'électricité...).

Les mesures de répression pénale des mouvements sociaux se sont renforcées depuis l'élection du président actuel Alan García, dans la continuité des pratiques politiques antérieures. C'est ainsi que d'après les rapporteurs d'APRODEH, « les décrets législatifs promulgués le 22 juillet [2007, par le gouvernement d'Alan García] devraient être compris comme s'inscrivant dans un processus de criminalisation de la contestation sociale qui, paradoxalement, s'est consolidé durant le régime du Président Alejandro Toledo »[11]. Une loi votée le 29 avril 2007 permet la délégation d'une partie des compétences législatives en manière de pénalisation du crime organisé au pouvoir exécutif, et ce dernier promulgue alors onze décrets, en juillet 2007, qui vont au-delà de la définition restreinte de « crime organisé » (trafic de drogue, enlèvement, blanchiment d'argents, etc.) pour s'étendre à la pénalisation des mouvements sociaux. Parallèlement à une extension du pouvoir de la force répressive, de plus en plus d'actes de protestation sont inclus dans le concept d'extorsion, chef d'accusation passible d'une peine de 5 à 10 ans d'emprisonnement, et qui ne renvoie originellement qu'aux actes de violence et de menaces pour obtenir des bénéfices économiques. Désormais, sont compris dans le concept d'extorsion des pratiques habituelles de mobilisation telles que l'occupation de locaux, le blocage de routes et la perturbation de services publics. On a pu voir, lors des événements de Bagua, en juin 2009, que l'armée et la police nationale ont fait usage, dans le cadre de l'état d'urgence déclaré par le Président, de la force pour mettre fin au blocage de la route, aboutissant à des affrontements meurtriers. D'après Monica Bruckmann, c'est l'extension des politiques néolibérales sous Alan García, et notamment la signature du traité de libre commerce avec les Etats-Unis le 4 décembre 2007, qui a provoqué le renouveau des mouvements sociaux et le durcissement de leur répression[12]. Cette dernière va de pair avec une criminalisation des acteurs de la contestation (notamment indigènes), qui sont comparés par le Président au « chien du jardinier » (perro del hortelano), « celui qui n'a pas faim mais qui empêche les autres de manger »[13]. Dès lors, les contestataires sont des « subversifs » qui contreviennent à l'intérêt de la nation en freinant sa modernisation, qui passe par la libéralisation accrue du marché.

Malgré un bilan économique plutôt flatteur, Alan García fait ainsi face à de fortes critiques de sa gestion des ressources et au maintien des inégalités auxquelles une croissance étonnamment soutenue n'a pas mis fin. Les partis péruviens et leurs candidats se préparent actuellement à une série d'échéances électorales: en novembre 2010, seront élus les maires de province et de districts de près de 2000 municipalités et les présidents régionaux dans 25 régions. Durant le premier semestre de 2011, 130 congressistes et le Président de la République (qui prendra ses fonctions au 28 juillet de la même année) seront à leur tour élus. Ainsi, entre novembre 2010 et les premiers mois de 2011, toutes les charges de représentation politique auront été renouvelées. Ces élections peuvent alors servir de test aux orientations idéologiques en place depuis les années 1990, avec des indicateurs macroéconomiques très positifs mais qui n'ont pas profité à la majorité de la population. Il s'agit alors de voir si l'électorat péruvien cherchera, lors de cette série d'échéances électorales, à réorienter ou non cette politique économique.  Elles sont également l'occasion de mettre à l'épreuve les configurations partisanes actuelles.

En nous intéressant à ces configurations partisanes qui peuvent être définies comme les « rapports de compétition diversement institutionnalisés, stabilisés et pacifiés, dans lesquels et par lesquels les partis interagissent »[14], nous souhaiterions proposer une étude des élections péruviennes de 2010-2011 à partir de la façon dont les partis politiques se positionnent les uns par rapport aux autres. Nous voudrions alors avancer l'hypothèse que l'on observe une tendance à la consolidation[15] des quatre tendances majoritaires: le parti nationaliste péruvien dirigé par Ollanta Humala, le mouvement fujimoriste, la tendance démocratique chrétienne/ libérale représentée jadis par Lourdes Flores et par Luis Castañeda Lossio ainsi qu'Alejandro Toledo aujourd'hui, et le parti apriste péruvien. Une consolidation qu'il faut néanmoins nuancer, en ce qu'on observe une personnalisation de la vie électorale, tant pour ces partis que pour les outsiders, constante de la politique  péruvienne mais dont il semble qu'ils occupent aujourd'hui une place réduite sur la scène nationale. Ce travail propose alors une description générale au niveau formel du système partisan péruvien (I). Pour caractériser le système dans une perspective de long terme et essayer de le définir à partir des systèmes partisans, il est ensuite nécessaire de s'intéresser à ces courants politiques qui se consolident (II). Enfin, si les élections au Pérou ont toujours permis l'apparition de certains outsiders, pour cette échéance électorale, la place laissée aux outsiders est alors symptomatique de la permanence des configurations partisanes traditionnelles et révélatrices qui leur sont adressées (III).

 

•I- Le système partisan péruvien

Les différents gouvernements qui se sont succédé ont modelé le système partisan actuel. A partir des années 1980 et jusqu'à ce qui a été surnommé « l'auto-coup d'Etat » de Fujimori, les représentants du pouvoir législatif sont élus au suffrage universel direct (180 députés par juridiction départementale et 60 sénateurs par district électoral unique). A partir de la dissolution du congrès par Fujimori, ce sont 92 représentants qui sont élus par district électoral unique, schéma  conservé lors des élections de 1995 et de 2000. Après la chute du régime fujimoriste, le parlement décide que sera élu un congrès unicaméral en fonction de 25 circonscriptions départementales. Ce système est toujours en vigueur aujourd'hui. En 2000, avec l'arrivée de Valentín Paniagua à la présidence suite à la chute de Fujimori, le contexte est considéré comme propice au rétablissement de la compétence électorale. Sont élus pour la première fois les représentants au parlement andin. Les élections municipales se poursuivent sans interruption ni changement depuis 1980. Jusqu'en 1998, le mandat est de trois ans, puis passe ensuite à 4 ans. Depuis 2002 sont élus non seulement les maires de province et de district mais également les présidents, vice-présidents et les conseillers régionaux dans tout le pays.

La transition d'un « système national-autoritaire » à la mise en place d'une démocratie dans les années 1980 se fait d'après Martín Tanaka[16] dans un contexte particulièrement fragile et se caractérise par « des conflits inter et intra partisans ». Ils aboutissent, en 1990, à l'arrivée à la présidence d'un outsider antisystème, Alberto Fujimori, dont l'exercice du pouvoir préfigure le régime actuel qui pourrait s'interpréter comme une  « démocratie sans système de partis »[17]. En effet, Fujimori cherche à mettre en place un système présidentialiste et s'oppose à la classe politique traditionnelle, ce qui a pour résultat un effondrement du système partisan qui initie une « décennie antipolitique »[18]. Après avoir instauré un nouvel ordre légal, il se charge de nommer de nouvelles autorités publiques qui lui sont fidèles, ce qui « limite la compétence politique, le pluralisme et l'équilibre des pouvoirs ». De cette façon se met en place un « autoritarisme compétitif : des régimes légitimés par des élections peu crédibles, mais où les mécanismes d'accountability horizontal n'ont pas d'existence réelle »[19].

La fragilité de l'opposition politique explique aussi l'importance des moyens de légitimation plébiscitaire. L'effondrement du système partisan dans les années 1990 s'explique par ailleurs par la crise économique et le mécontentement populaire, accentué par le conflit interne mais surtout par « la simultanéité des crises internes au sein des partis du système dans un contexte de crise »[20]. L'héritage principal de la période fujimoriste est une fragilité de l'ensemble des acteurs sociaux et politiques ainsi que de l'ordre institutionnel. Au sortir du régime de Fujimori, s'opposent alors ceux qui considèrent que pour sortir de cet héritage, il faut consolider l'ordre institutionnel qualifié de fermé et d'autoritaire, à ceux qui estiment qu'il faudrait un cadre institutionnel qui prenne en compte les acteurs sociaux. Pendant le gouvernement de Toledo, ces deux tendances se concrétisent. Est mis en place un processus de décentralisation au terme duquel sont élues les autorités de gouvernements régionaux, et les dispositifs de participation se multiplient pour répondre aux exigences de consultation populaire et de démocratie directe. Mais sont aussi prises des mesures pour consolider le système institutionnel, telle que le vote d'une loi qui impose des conditions plus strictes à la constitution des partis nationaux, désormais seules organisations à même de présenter des candidats aux élections nationales. A cette date, 25 partis politiques[21] sont inscrits aux élections nationales, 31 n'ont pas achevé leur inscription et 8 sont en voie d'inscription[22].

 

Dans la mise en place d'une « démocratie sans système de partis » on assiste, de façon parallèle,  à une « dynamique néodualiste »[23].  Ce concept renvoie moins à l'absence d'un système de partis qu'à sa trop faible implantation dans la culture politique de la majorité des Péruviens. La dynamique néodualiste se caractérise ainsi par un pays divisé en deux: une « partie qui avance », qui connaît une certaine prospérité, et une « partie qui stagne ». La « partie qui avance » fait référence aux acteurs qui se rapprocheraient plutôt de la consolidation démocratique. La « partie qui stagne » serait l'héritière des gouvernements autoritaires et clientélistes[24].

En dépit des accents quelque peu évolutionnistes et paternalistes de cette analyse pareille à la « descente de la politique vers les masses » [25], le concept de « dynamique néodualiste » nous permet de repérer deux niveaux différents des configurations partisanes, l'un national et plus proche de ce que l'on entend généralement par « consolidation démocratique »[26], et l'autre, régional, représentatif d'une certaine hybridation culturelle entre des logiques d'acculturation politique et de résistances locales.

 

 

 

•II- Entre stabilisation des configurations partisanes et permanence de la personnalisation de la vie politique

Selon les derniers sondages, quatre candidats se distancient des autres en égalant ou dépassant les 10% des intentions de votes : Luis Castañeda, Keiko Fujimori, Alejandro Toledo et Ollanta Humala. A ceux-ci s'ajoutera probablement le candidat de l'APRA, qui dispose de la traditionnelle réserve de voix échue à ce parti historique, et dont le nom n'est pas encore connu. Pour traiter de la consolidation des configurations partisanes, nous avons retenu ici les cas de l'APRA, du PNP (Ollanta Humala) et du Mouvement fujimoriste (Keiko Fujimori), en ce qu'ils incarnent des courants qui tendent à se stabiliser.

•A- Keiko Fujimori entre héritage et autonomie : quel rôle pour la fille d'un ex-président?

La candidature de Keiko Fujimori aux prochaines élections s'inscrit dans la continuité du courant fujimoriste. En effet, même si fille de l'ancien président tente de renouveler les cadres politiques et l'image du mouvement, en mettant notamment en avant son rôle en tant que femme en politique, l'inscription en avril dernier de Fuerza 2011 se place dans le même style politique que le fujimorisme a mis en place alors qu'il était au pouvoir : la création d'un parti pour chaque échéance électorale.

•1) La consolidation de l' « antipolitique »[27]

Depuis sa naissance officielle en septembre 1989, le mouvement fujimoriste se sert de la création successive de partis comme d'un instrument pour gagner les élections. L'histoire du mouvement, au cours de laquelle se sont formés sept partis, se divise en deux moments : le « tsunami » Fujimori, de 1990 à 1992, où Cambio 90 est l'acteur principal et le Fujimorisme de 1992 jusqu'aujourd'hui où entrent en jeu les autres partis[28]. Les partis fujimoristes, à caractère « indépendant » sont, pour certains, la représentation que cherchent des secteurs de la population exclus de la politique traditionnelle[29]. A ce titre, les cinq partis construisent de nouveaux types d'alliances caractérisées, par le bas, par le clientélisme et la loyauté, mais aussi par le haut, avec la constitution de nouvelles élites.

En 1995 se consolide au sein du parti une élite « liménienne et médiatique » pour satisfaire la demande électorale et d'autre part une élite « provinciale » qui permet à des outsiders de la politique d'accéder au pouvoir. Le fujimorisme devient « un espace attractif de carrière politique »[30]. Cette rénovation accélérée du système politique accentue le caractère extra-institutionnel du régime. En refusant de construire un seul parti, le fujimorisme s'oppose à toute prévisibilité de carrière.

Le parti au pouvoir s'efforce de créer une relation de type partisan avec les bases d'appui populaire à travers des programmes de télévision qui louent les actions du gouvernement et qui mettent en scène des secteurs populaires défavorisés. Ceci  favorise ainsi l'identification avec le gouvernement et, par conséquent, le leader charismatique. C'est grâce à cette façon d'agir médiatique du parti qui se prétend « post idéologique » et « technique » qu'est mise en place une nouvelle culture populaire pendant dix ans, au sein de laquelle sont tenus des discours contre la politique traditionnelle à travers les différents journaux. L'opposition est présentée comme rétrograde, pro-terroriste, incompétente et corrompue, antipopulaire, féminisée, faible. A ceci s'oppose une image du « Chino  »  comme étant proche du peuple. Par ailleurs, à travers les médias sont proposées des lectures de l'histoire officielle : des thèmes comme la violence, la pacification, la militarisation de la vie quotidienne, le rôle des forces armées et le « modèle du triangle sans base pour les organisations populaires »[31] expliquent la légitimation du régime et la validation du clientélisme.

La fin du fujimorisme se caractérise par des tensions et contradictions croissantes, preuve de la fragile institutionnalisation du régime. Le désir de perpétuation au pouvoir d'Alberto Fujimori s'oppose en effet aux demandes croissantes de changement de la population. Le régime se durcit alors, et un nouveau phénomène apparaît afin de renforcer son pouvoir : les transfuges, c'est-à-dire, la mutation partisane des parlementaires en échange de fortes sommes d'argent. Ces transactions étaient filmées par le bras droit du régime, Vladimir Montesinos, afin de garder la pression sur ces députés. C'est cette technique de chantage qui contribue pourtant à la chute du régime. La diffusion d'une de ces « vladividéos » dévoile en effet aux yeux de l'opinion publique l'ample réseau de corruption mis en place par le gouvernement. Deux jours plus tard, Alberto Fujimori annonce l'organisation de nouvelles élections auxquelles il ne se présentera pas. En novembre, il profite d'un voyage en Asie pour rejoindre le Japon, son pays d'origine, duquel il envoie sa démission. Le parlement décide alors de le destituer pour « incapacité morale » et désigne Valentin Paniagua, président du Congrès, comme Président de la République intérimaire. Alejandro Toledo est ensuite élu en 2001 mettant fin au règne  fujimoriste, comme en témoignent les faibles résultats électoraux de cette année. En 2001, ne sont élus que quatre parlementaires fujimoristes, tandis que pour la période 2006-2011, ils sont treize à représenter l'ancien parti fujimoriste, Alianza por el futuro.  Cependant, lorsqu'Alberto Fujimori est extradé du Chili vers le Pérou afin d'y être jugé pour les violations des droits de l'homme commises sous son gouvernement, sa fille mène une campagne afin de dénoncer cette « injustice » qui trouve un écho important parmi certains groupes de citoyens. Keiko semble depuis représenter le renouveau du fujimorisme.

•2) La rénovation du parti: le leadership féminin, un renouveau effectif ?

La candidature de Keiko, fille d'Alberto Fujimori, n'est pas portée par des revendications féministes, mais par un discours marianiste. La défense du rôle traditionnel de la femme est un point fort du discours de Keiko, s'inscrivant ainsi dans la lignée du mouvement et en continuité avec le rôle et les représentations traditionnellement attribués aux femmes en politique. Keiko Fujimori doit faire face à des critiques qui l'accusent d'être jeune, sans expérience et de se servir uniquement de son père pour faire campagne. Dans son discours, on entrevoit un double jeu. D'une part,  l'effort pour démarquer le fujimorisme comme un mouvement collectif, un gouvernement compétent, qui ne se résume pas à la figure de son père[32]. D'autre part, elle essaye de séparer son rôle de fille de celui de première dame qu'elle joua dès l'âge de 19 ans. Cependant, elle fait fi du savoir faire politique que celui-ci lui a légué. Elle dira lors d'un entretien télévisé que son père est le meilleur assesseur qu'elle aurait pu avoir.

•a) Le rôle de fille et de mère: la continuité d'une position politique conservatrice

Lorsque Keiko commence à faire campagne politique sans confirmer l'inscription de son parti aux élections, elle défend une revendication de type pragmatique : remettre en question la délibération du pouvoir judiciaire qui condamne son père à 25 ans de prison. En avril 2009, elle dirige une  manifestation, en étant toujours parlementaire et se servant de son soutien comme base sociale. Cette mobilisation témoigne d'une perception de la justice différente de celle reflétée par la Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR) en référence à l'attitude de l'Etat face aux victimes du conflit armé. La justice apparaît, dans le discours fujimoriste, comme la capacité à avoir mis fin au terrorisme, réunissant ainsi des adhérents autour d'une demande concrète plutôt que fondée sur des valeurs abstraites.

Keiko fait  preuve de la volonté de reconstruire le « triangle sans base »[33] propre au fujimorisme dans ses relations avec ses adhérents. Elle se place ainsi au même niveau que les femmes appartenant à la base sociale du mouvement, et donne l'impression d'une personne compréhensive à travers les représentations qu'elle donne de la famille.  Ainsi, que ce soit sur sa page facebook ou dans les meetings électoraux, elle essaie de consolider médiatiquement une image de bonne mère de famille. Au niveau du mouvement, et dans des manifestations collectives, Keiko s'efforce de célébrer le rôle des femmes en tant que mères en organisant des meetings le jour de la fête des mères. Dans son discours sur la maternité, elle met en avant le fait que ce soit un « rôle sacrificiel» et son empathie de savoir ce qu'est être une mère de famille. « C'est une opportunité pour transmettre mon hommage à toutes les mères. Maintenant que je suis maman de deux petites filles, je sais combien c'est beau et merveilleux, mais suis aussi consciente  du sacrifice que cela signifie »[34].

En se plaçant dans une relation de proximité avec les secteurs de la société les « plus démunis »[35], elle se situe dans la lignée « néopopuliste »[36] de son père. Elle déclare ainsi : « Nous savons combien coûte la paix puisque nous avons battu le terrorisme. Nous savons combien valent la sécurité et la tranquillité de nos enfants et de nous-mêmes, et pour cela, nous devons rétablir le principe d'autorité et nous devons le faire dans le respect le plus strict des droits humains et civils »[37]. Se dégage ici la volonté de Keiko de maintenir en vie un mouvement politique malgré les multiples accusations qui ont entaché la fin de son exercice du gouvernement.

•b) Un style politique identique en dépit d'une différenciation symbolique

Aujourd'hui ce mouvement met en avant des éléments de la politique traditionnelle. Pourtant, sa stratégie a été critiquée par de nombreux analystes péruviens pour avoir consolidé une « antipolitique » en refusant de consolider son organisation partisane, de mettre en place des moyens de contrôle et en s'opposant à la démocratisation de l'accès à des ressources politiques pour ses propres membres.

Pour faire en sorte que Fuerza 2011 s'inspire des meilleurs aspects du fujimorisme, Keiko opère à des ruptures symboliques au niveau des élites partisanes. Ainsi, elle revendique à plusieurs reprises le fait que, en tant que première dame et pendant que son père était encore au pouvoir, elle ait dénoncé les pratiques de corruption de l'ancien assesseur de Fujimori, Vladimir Montesinos. Par ailleurs, Keiko procède à un renouvellement des cadres du parti et s'unit à Jaime Yoshiyama, membre de cambio 90, ministre sous Fujimori et candidat à la mairie de Lima. Elle convoque aussi de nouvelles figures telles qu'Ana Herz Garfías De Vega et Jorge Trelles Montero, nouveaux représentants du mouvement.

Keiko essaie de bâtir le mouvement sur de nouvelles bases, et ce en commençant par accepter l'existence d'une idéologie fujimoriste. Elle affirme ainsi que: « Fuerza 2011 cherche à être un point de rencontre de tous les fujimoristes autour d'un même objectif, une nouvelle étape du fujimorisme qui rassemble le meilleur du fujimorisme des années 90, mais qui laisse également ouverte les portes aux sympathisants et aux indépendants qui coïncident avec notre projet »[38]. Mais cette idéologie n'est pas basée sur des valeurs ou des idées concernant ce que la société devrait être. Le fujimorisme se base sur des faits et des actions réalisées dans le passé. Ainsi, avant toute autre chose, le mouvement fujimoriste se caractérise par un pragmatisme politique. « Le fujimorisme, ce sont plus de trois mille écoles construites, plus de cinq mille kilomètres de routes, des postes médicaux, des hôpitaux, et l'eau potable et l'électricité pour des millions de péruviens »[39]. Cette efficacité est aussi revendiquée en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. La fin de la lutte armée est un des plus grands slogans politiques mobilisé par ce mouvement, jusqu'à acquérir une dimension idéologique, tout comme la stabilité économique atteinte sous le régime fujimoriste.

Face aux accusations de corruption, Keiko Fujimori va définir celle-ci comme  étant un phénomène autonome au mouvement, une menace qu'il s'agit d'éviter. « Nous avons une équipe de techniciens et de professionnels irréprochables, et, je ne permettrai jamais que la corruption nous touche de nouveau »[40]. Pour elle, les accusations de corruption sont une stratégie médiatique ayant pour but de la déstabiliser. En témoignent, selon elle, les procédures judiciaires intentées à son encontre et classées sans suite, faute de preuves :

Journaliste : Il y a moins d'un an, le célèbre acteur de « Al fondo hay sitio », Gustavo Bueno, a été catégorique : « Quant à Keiko Fujimori, je pense que c'est une honte que postule une candidate dont les études ont été payées avec l'argent que son père a volé au pays. » Que lui répondez-vous ?

Keiko Fujimori : Cette affirmation est fausse. Il y a eu neuf processus d'enquête sur mon père et sur le paiement de mes études et de celles de mon frère. Toutes ont été classées sans suite. (...) Je pense que beaucoup de fausses informations médiatiques ont circulé afin de me délégitimer politiquement.»[41]

Au niveau organisationnel, ce mouvement se structure par des liens familiaux entre les cadres. Les lignes directrices (d'un point de vue idéologique) du mouvement sont guidées par une autorité paternelle (Alberto Fujimori). La désignation de postes clés semble aussi répondre, dans une certaine mesure, à l'attribution d'une confiance fondée sur des liens fraternels : Kenji Fujimori, le frère de Keiko, a été mentionné comme possible candidat aux élections parlementaires[42]. De même, Santiago Fujimori, frère d'Alberto, est parlementaire depuis 2006. Qaunt à Keiko Fujimori, elle est l'exemple même de la consolidation des partis politiques autour d'un leader, ce qui contribue à la personnalisation et concentration du pouvoir, ainsi qu'à la faible institutionnalisation de la politique.

 

•B- L'APRA : el Caudillo Alan, les dirigeants corrompus et des militants désabusés

Il y a encore dix ans, briguer un second mandat était une chose inimaginable pour Alan García (ou du moins pour le citoyen lambda de cette époque). En effet, l'ex plus jeune président du Pérou a laissé à l'issue de son premier mandat, en 1990, un pays au bord de la ruine et une situation sociale désastreuse : hyperinflation[43], pénuries, corruption généralisée, violence politique incontrôlée, crimes d'État... Le premier objectif d'Alan García lors de son second gouvernement est donc de redorer son blason en tentant de faire oublier sa gestion calamiteuse du premier et en démontrant que celui-ci n'était du qu'à des circonstances particulières. Pour regagner la confiance de l'opinion publique, il a tout d'abord recherché le soutien des milieux économiques en adoptant des mesures néolibérales, qui avaient fait leurs preuves lors du gouvernement Toledo.

Cette primauté accordée à la sphère économique, et particulièrement aux indicateurs macroéconomiques, aux dépens de mesures sociales, semble difficilement s'accorder avec l'idéologie apriste, telle que défendue par Haya de la Torre. A la fondation de l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) en 1924 au Mexique, ce dernier expose les principes de ce mouvement autour de cinq points : action contre l'impérialisme ; unité politique et économique de l'Amérique latine ; nationalisation des terres et des grandes industries ; internationalisation du canal de Panama ; solidarité avec tous les peuples et classes opprimées du monde. Un positionnement à gauche de la sphère politique qui diffère donc des mesures néolibérales prônées par Alan García au nom d'un certain pragmatisme. Le premier apriste à accéder à la présidence de la République péruvienne cherche pourtant à s'inscrire dans la continuité du fondateur de l'APRA. En 2008, il publie La Revolución Constructiva del Aprismo afin d'expliquer le nouveau positionnement du parti en le replaçant dans la trajectoire de la pensée de Haya de la Torre. Dans cet essai, il effectue une sévère autocritique de son premier gouvernement, « plus vélasquiste que hayaiste ». Il s'agit dès lors de « rencontrer la vraie pensée de Haya dans cette seconde occasion [de gouvernement] ».

Ce réalignement idéologique ne semble pas du goût de tous les militants. Créé en 1931, il faut rappeler que l'APRA a très vite révolutionné la sphère politique péruvienne, en s'imposant comme le seul parti doté d'une organisation durable bien établie localement et disposant d'un nombre important de militants partageant une identité commune. En effet, comme le rappelle Alberto Vergara Paniagua[44] :

Le parti apriste péruvien a structuré son insertion dans la société péruvienne autour de deux piliers. D'un côté, l'organisation territoriale, qui lui permettait d'avoir une présence dans les provinces les plus éloignées du pays et, en seconde instance, l'organisation fonctionnelle qui intégrait l'APRA à la société politique : les médecins apristes, les ingénieurs apristes, [...] les jeunes apristes. C'est cette dernière, forme de participation politique (par corporations), qui donnait au parti une grande part de sa force. La structure territoriale en assurait l'existence, mais la structure fonctionnelle en garantissait la présence.

Il ne subsiste aujourd'hui que la première. L'APRA conserve une présence par des comités dans tous les districts du pays. Cependant, le nombre de militants a beaucoup baissé ces dernières années, et le parti n'attire que peu de jeunes militants. « Le militantisme est dépressif » affirme Jorge del Castillo, secrétaire général du parti. Une brèche semble s'être ouverte entre les bases et les dirigeants de l'APRA, ces derniers ne respectant pas les décisions des premiers. Ainsi, en 2006, la Convention nationale choisit Luis Enrique Jiménez Borra comme candidat à la mairie de Lima. Les dirigeants apristes n'en tiennent pas compte et imposent Benedicto Jiménez, lequel n'obtiendra que 13% des votes et sera largement battu par Luis Castañeda. Cette anecdote est également révélatrice de la « guerre des chefs » qui se dispute à l'intérieur du parti. En effet, par cette décision, Alan García a évité qu'une jeune personnalité apriste ne gagne trop de présence médiatique, affaiblissant son leadership.

La succession d'Alan García est en effet centrale. S'il règne en maître sur le parti et limite toute tentative de remise en cause de son autorité, comme en témoigne son imposition d'un secrétariat collégial à trois têtes en 2004, il ne peut se présenter aux élections présidentielles de 2011. Plusieurs individus s'affrontent donc pour représenter l'APRA. La presse a fait écho de deux groupes distincts : les jorgistas contre los cuarentones. Les premiers sont les partisans de Jorge del Castillo, les seconds un groupe important au sein du parti regroupant notamment Omar Quesada, Carlos Arana ou Freddy Hinojosa. Cette division semble cependant largement exagérée, car si les groupes et leurs leaders existent, ils n'ont que peu de différences idéologiques. Dans les faits, il semblerait plutôt qu'Alan García cherche à limiter toute personnalité pouvant lui faire de l'ombre au sein du parti. Il ne cache en effet pas sa volonté de se présenter aux élections de 2016, devenant ainsi le premier président à être réélu trois fois. Pour cela, il souhaiterait que « l'APRA ne gagne par les élections (de 2010), mais qu'elles soient remportées par un candidat proche du parti »[45].

Alors que l'honnêteté des politiques est devenue la préoccupation première de la population[46], l'APRA doit affronter le scandale des Petroaudios. En 2008, sont révélés dans la presse des enregistrements prouvant que la compagnie norvégienne d'hydrocarbure, Discover Petroleum, a soudoyé des hauts fonctionnaires et des anciens ministres apristes, notamment Rómulo León Alegría, afin d'obtenir la concession de lots pétroliers en Amazonie. Cette révélation pousse Jorge Del Castillo, alors premier ministre, et l'ensemble du gouvernement, à la démission. L'affaire semblait peu à peu s'enterrer dans les méandres de la justice péruvienne, mais, en avril 2010, de nombreuses preuves du dossier disparaissent mystérieusement. Ces fichiers contenaient plusieurs noms de dirigeants apristes et de membres du gouvernement, dont ceux de Jorge del Castillo, de l'ex ministre de la Santé, Hernán Garrido Lecca, et du secrétaire du président Alan García, Luis Nava. Seraient également impliqués des personnalités du haut patronat et des membres du Pouvoir Judiciaire et de la direction antidrogue du Pérou (Dirandro). Alors qu'il était le favori pour défendre les couleurs de l'APRA en 2011, Jorge del Castillo, secrétaire général du parti, a perdu beaucoup de crédibilité avec ces révélations. Même s'il a reçu le soutien de l'ensemble du groupe parlementaire apriste, plusieurs dirigeants du parti, dont Omar Quesada, Javier Barreda, Mauricio Mulder et Javier Velásquez Quesquén ont exprimé leurs inquiétudes et la nécessité que Del Castillo éclaircisse la situation. Dans le même temps, un autre secrétaire général du parti, Omar Quesada s'est vu impliqué dans un autre scandale. En tant que directeur de l'Organismo de Formalización de la Propiedad Informal (Cofopri), il aurait vendu à Oswaldo Chauca, un ancien député apriste dans les années 90, une plage de 300 000 mètres carré au sud de Lima pour 1728 dollars, qui vaut maintenant 12 millions de dollars.

Alan García tente de se démarquer de ces accusations et d'écarter les doutes qui pèsent sur son gouvernement. Il déclare ainsi dans la presse, en avril 2010 : « En tant que président de la République je ne suis pas concerné par ces accusations, mon rôle est d'exiger du Pouvoir Judiciaire et du Ministère Public qu'ils fassent aboutir leurs enquêtes et qu'ils sanctionnent immédiatement ceux qui ont intercepté les communications ». Il a ainsi poussé à la démission Del Castillo et Quesada de leurs postes de secrétaires généraux, évitant ainsi que l'APRA ne soit trop touchée, tout en écartant un concurrent sérieux au sein du parti (Del Castillo). Plus généralement, ces scandales de corruption coïncident avec le schéma du politiste argentin Manuel Balán, qui affirme que les dénonciations ont lieu à la suite de disputes internes aux gouvernements, surtout quand l'opposition est faible, et ne mettra que peu en cause les corrompus[47].

Après avoir analysé les scandales de corruption de ces vingt dernières années au Chili, au Brésil et en Argentine, je vois que la majorité d'entre eux surgit à partir des conflits internes aux gouvernements. Les gouvernements ont des factions en compétition pour le pouvoir, pour des ressources, ou pour imposer leur manière de gouverner. Dès lors, [...] les factions sont incitées à dénoncer ou filtrer l'information sur les faits de corruption qui impliquent leurs adversaires qui, en principe, sont leurs alliés.[48]

Ainsi, le positionnement de l'APRA pour les prochaines élections apparaît comme flou. Le parti historique péruvien semble même à un tournant de son histoire, devant faire face à redéfinition de sa ligne idéologique, de son organisation interne. Le fossé entre dirigeants et militants semble indiquer une transformation progressive d'un parti de masse à un parti de cadre, alors que le leadership d'Alan García commence à être questionné et que plusieurs de ses membres sont impliqués dans d'importants scandales de corruption. Ainsi Alberto Verguara Paniagua[49] suggère-t-il que :

L'APRA ressemble aujourd'hui à l'Eglise catholique telle qu'elle se présente dans le monde entier. Il a des évêques et des archevêques, un Souverain Pontife, des écritures sacrées, des réunions au sommet et un noyau dur de fidèles engagés dans la cause. Mais les églises se maintiennent avec difficulté, elles ne trouvent pas de nouveaux adeptes, la jeunesse ne montre plus le bout de son nez, ils hésitent idéologiquement entre la rupture absolue et la nostalgie régénératrice, et il devient difficile d'enrôler des curés robustes qui, même aux quatre coins du pays, soient fidèles à l'Eglise apriste et qui ne migrent pas vers quelque confession évangéliquement indépendante.

•C- Ollanta Humala, de l'outsider à l'institutionnalisation du Partido Nacionalista Peruano

Peu connu avant 2006, Ollanta Humala est l'outsider de la dernière élection présidentielle. L'ancien capitaine des forces armées termine en tête du premier tour en recueillant un peu plus de 30% des suffrages. Lors du second tour, il est battu par Alan García qui l'emporte dans les régions cruciales de Lima - qui regroupe plus de 30% de la population - et de la côte nord. Ollanta Humala parvient néanmoins à s'imposer dans 14 des 24 districts électoraux, obtenant un large soutien dans la sierra centrale et sud et la selva (dans certains districts ruraux, il récolte plus de 80% des voix). Pourtant, en octobre 2005, il pointe à la quatrième place des sondages avec un peu moins de 9% des intentions de vote.

La famille Humala n'est pas une inconnue des cercles politiques. Le père, Isaac, est un ancien dirigeant communiste, et surtout il est le théoricien de l'idéologie ethnocacériste. Cette doctrine aux contours flous se définit comme un nationalisme ethnique, puisant autant dans la nostalgie du pouvoir et de l'identité inca de la période préhispanique, que de l'admiration pour l'ancien président et héros de la résistance péruvienne lors de la Guerre du Pacifique, Andrés Avelino Caceres. Exploitant le clivage ethnique très marqué au Pérou, le projet national ethnocacériste est une relecture indo-américaine du marxisme, le facteur ethnique se substituant au facteur classiste comme force radicale de réorganisation sociale. Ce mouvement est aujourd'hui représenté principalement par deux des fils Humala, Ulises, qui s'est présenté aux élections de 2006 sous la bannière d'Avanza Pais et qui a recueilli moins de 0,5% des suffrages, et surtout Antauro. Ce dernier, major de l'armée à la retraite, purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour avoir pris d'assaut à la tête d'une bande de réservistes de l'armée, le 1er janvier 2005, le commissariat de la ville d'Andahuaylas (Ayacucho). Cette attaque, lors de laquelle sont morts quatre policiers et deux réservistes ethnocacéristes, visait à pousser à la démission le président Alejandro Toledo, et à restituer la constitution de 1979.

En 2000, le 29 octobre, Antauro Humala, alors accompagné de son frère Ollanta, avait déjà pris la tête de soixante-neuf réservistes lors d'un assaut contre une installation minière à Locumba, dans la région de Tacna, pour exiger la démission du président Alberto Fujimori alors en proie à un vaste scandale de corruption qui le poussera à fuir le pays. Amnistiés à la chute de ce dernier, Ollanta Humala va alors peu à peu se distancier de son frère et de l'ethnocacérisme.

Mes parents et mes frères Antauro et Ulysse ont un autre projet, un projet que je ne partage pas. Je suis notamment en désaccord avec la dimension raciste de leur projet: je ne pense pas que l'on puisse bâtir un  projet sur la couleur de la peau; ce qui importe au Pérou, c'est bien plutôt le facteur culturel. Par ailleurs,  je ne suis pas d'accord avec le caractère insurrectionnel que mon frère a donné à son combat politique: au XXIe siècle, il est impossible de mener de telles actions politiques violentes et de rompre brutalement  avec le système. Nous devons au contraire entrer dans le système démocratique pour le fortifier et mettre en œuvre tous les changements structurels dont le pays a besoin. [50]

Après un exil en France et en Corée du Sud, il fonde en 2005 avec sa femme Nadine Herredia, son propre parti, le Parti Nationaliste Péruvien (PNP). N'ayant pas rempli à temps les conditions pour se présenter aux élections, il conclut une alliance avec le parti Union por el Perú, créé en 1994 par l'ex-secrétaire des Nations Unies, Javier Pérez de Cuellar. Plusieurs analystes péruviens considèrent que l'absence d'un soutien partisan lui a coûté la victoire en 2006. Carlos Ivan Degregori déclare ainsi que « en 2006, Ollanta, avec un autre parti et un peu plus d'organisation, aurait pu gagner. Il a perdu de peu, principalement parce qu'il n'avait pas de parti »[51].

Alors que l'ensemble des médias péruviens dénoncent et critiquent Ollanta Humala, tous appelant à voter pour Alan García au second tour, il manque alors d'individus compétents pour soutenir et appuyer sa candidature. Il dispose tout de même d'une « armée électorale » en la personne des réservistes de l'armée péruvienne. Ces anciens soldats de la guerre contre l'Equateur et de la lutte contre le Sentier Lumineux, majoritairement d'origine andine, ont joué un rôle important de prosélytisme en faveur de la candidature d'Ollanta Humala. L'armée a en effet un lien particulier avec les paysans indigènes, en étant l'une des seules institutions étatiques présentes au sein de ce secteur considéré comme exclu de la vie nationale et de la citoyenneté[52]. La guerre interne a en outre conduit à remettre en cause la frontière entre les sphères civiles et militaires ce qui s'est traduit par l'enrôlement massif de populations indigènes notamment au travers des comités d'auto-défense, ces groupes de paysans formés et approvisionnées en armes par l'armée nationale. Nombreux sont les membres de ceux-ci qui se refusent à rendre les armes et, devant l'absence de reconnaissance de la part de l'Etat, ils conservent une forte rancœur envers la classe politique liménienne. C'est sur eux que s'est appuyé Humala. Ceci explique notamment les excellents résultats qu'il a obtenus dans certains districts électoraux. Par exemple, dans le district de Canaria (Ayacucho) analysé par Víctor Caballero Martín[53], les habitants d'Umasi doivent effectuer une marche de huit heures pour aller voter dans la capitale du district. Or la participation est supérieure à 80% et Ollanta Humala a obtenu 69% des voix au premier tour. Ces scores exceptionnels sont similaires à ceux obtenus dans de nombreuses régions de la Sierra parmi les plus marginalisées et les plus fortement touchées par la violence politique. Ils ne peuvent s'expliquer que par le rôle joué par ces réservistes disposés à faire campagne dans ces zones inhospitalières et éloignées. Ainsi, par ce biais, alors que les autres partis leur parlaient par la radio ou par la télévision, Ollanta Humala est le seul candidat à avoir fait campagne dans ces espaces « oubliés » du Pérou[54]. Dès lors, l'analyse des résultats électoraux d'Ollanta Humala montre que les votes qui lui sont les plus favorables sont majoritairement ceux des districts situés dans le quintile le plus pauvre du pays :

[L'adhésion au discours d'Humala] souligne de façon claire la radicalisation de l'électorat et la remise en cause de l'héritage d'Alberto Fujimori ; c'est ce qui lui permet de s'accorder avec une population non pas tant déçue par la politique que par la classe politique, une population qui ne croit plus à la démocratie et à la capacité qu'a celle-ci de répondre à des attentes comme la dignité et la citoyenneté. (...) Cette nouvelle ligne politique, qui s'incarna rapidement dans un programme, s'inscrit clairement à gauche dans le paysage politique du pays, avec un discours radical en faveur de la lutte pour la redistribution.[55]

Le projet politique nationaliste est en effet profondément antilibéral. Il vise à rompre avec l'héritage fujimoriste, tant sur le plan économique que sur le plan institutionnel, dans le but de réduire les inégalités économiques et sociales entre les péruviens. Il prévoit la tenue d'une assemblée constituante visant à la fondation d'une Seconde République, de nationaliser les ressources stratégiques, de renégocier certains contrats signés avec des firmes étrangères, de réviser le traité de libre échange signé avec les Etats-Unis et de réformer le système fiscal.

Au lendemain de sa défaite, Ollanta Humala s'est attaché à développer et à renforcer son organisation politique afin de s'afficher comme le principal représentant de l'opposition à Alan García et de s'implanter durablement dans la sphère politique péruvienne. Nadine et Ollanta Humala déclarent ainsi :

Notre engagement n'est pas une simple candidature présidentielle. Nous ne nous sommes pas lancés dans la bataille il y a deux ou trois mois comme certains. En effet, cela fait plus d'un an que nous avons commencé à construire notre parti, le Parti Nationaliste Péruvien. (...) Nous  allons continuer à travailler afin qu'il soit reconnu comme tel et puisse se structurer solidement. La force que nous représentons est très importante et solide dans le pays. C'est en ce sens que nous avons dit qu'Ollanta restera dans la vie politique nationale pendant au moins cinquante ans. Non pas qu'il restera à la présidence de la République pendant tout ce temps, mais la force nationaliste restera dans le paysage politique et fera partie durablement de la recomposition du système politique de ce pays. Le Parti Nationaliste va se renforcer et participer à la recomposition d'une nouvelle démocratie, une démocratie participative à laquelle tout le peuple pourra vraiment prendre part. Nous voulons construire un vrai parti politique: le Parti Nationaliste n'est pas une agence de travail et les gens viennent par conviction.[56]

Cette volonté de s'inscrire dans la durée et de devenir une force politique à part entière s'est manifestée par l'inscription officielle au registre électoral le 10 décembre 2005 puis par la participation à l'ensemble des échéances électorales. L'alliance Union Por el Perú - Partido Nacionaliste Peruano obtient 45 sièges au Congrès en 2006. Cependant, elle se divise rapidement en deux groupes distincts, permettant à l'APRA de devenir la première force parlementaire du pays. La bancada nationaliste compte aujourd'hui 24 députés. Aux élections régionales et municipales qui ont suivi l'élection présidentielle en novembre 2006, le PNP ne remporte aucune des régions et ses résultats sont plutôt décevants. Conscient de cette difficulté à s'imposer à l'échelle régionale et afin d'éviter une nouvelle déconvenue, il semblerait que, pour les élections locales d'octobre 2010, le PNP, plutôt que de présenter ses propres candidats, cherche à établir une stratégie d'alliances avec divers mouvements politiques régionaux partageant ses revendications.

Depuis 2006, le PNP s'est également institutionnalisé. Alors qu'il a subi une incessante campagne de déstabilisation de la part des médias (accusations de liens avec les groupes terroristes ou avec le narcotrafic, de violations des droits de l'homme...), il n'a jamais cessé d'exercer son rôle d'opposition au gouvernement d'Alan García. Dans le même temps, il s'est structuré nationalement et compte aujourd'hui 36 bases locales dans l'ensemble des provinces du pays et près de 21 000 militants selon le tribunal électoral national. Une organisation de jeunesse, la Juventud nacionalista, a également été mise en place. Enfin, plusieurs intellectuels péruviens ont déclaré publiquement leur sympathie envers le PNP[57]. Ce soutien est crucial pour légitimer le parti et pour développer son programme partisan. Aussi, même s'ils n'ont pas réussi à devenir le relais politique de l'ensemble des mobilisations sociales, Ollanta Humala et le PNP apparaissent mieux armés pour aborder ces prochaines élections. Surtout, il semble qu'ils puissent disposer des mêmes réserves de voix importantes dans les régions les plus isolées du pays, où ils sont la seule force politique à faire campagne.

 

Le mouvement fujimoriste, l'APRA et le parti nationaliste, associés au courant libéral représenté par Luis Castañeda et Alejandro Toledo, incarnent quatre tendances partisanes qui tendent à se pérenniser. Néanmoins, c'est moins par de réelles différences idéologiques que par leurs leaders que ces mouvements se caractérisent et acquièrent leur audience partisane. Cette institutionnalisation des configurations partisanes est donc à relativiser. En témoigne la permanence d'outsiders qui, malgré une audience moindre, se consolident au niveau régional et aux marges du système partisan national.

 

•III- Quelle place pour les outsiders ? Défaillances du système  politique et luttes pour la  représentativité

La question des outsiders se pose notamment avec la candidature, au niveau national, de Jaime Bayly (A), qui émerge dans les sondages avec près de 6% d'intentions de vote, et avec les mouvements sociaux et notamment indigènes (B), grands inconnus de la scène électorale, alors que l'on retrouve en Equateur et en Bolivie, pays aux caractéristiques démographiques similaires, des acteurs indigènes influents au moment des élections.

•A- L'exemple Jaime Bayly: la candidature médiatique comme miroir critique de la politique péruvienne

Au Pérou le mot « criollo », historiquement utilisé pour nommer les fils d'espagnols nés en terres américaines, désigne, entre autres, une façon d'être. On parle ainsi, de « viveza criolla » pour désigner une audace, une sagacité, un campechanismo local[58].  Si on transposait cette expression à la sphère politique, c'est en la personne de Jaime Bayly qu'elle se matérialiserait. Journaliste provocateur, écrivain  dévergondé et sans scrupule, il s'est appuyé sur les médias pour lancer sa candidature à la présidence de la République. Sa candidature révèle avant tout  une continuité avec la période fujimoriste : la médiatisation de la politique. En effet, pendant le gouvernement d'Alberto Fujimori, les médias, dont certains contrôlés plus ou moins officiellement par le pouvoir, servent d'instruments de légitimation du régime. La presse « chicha » se multiplie : El chino, El men, Ojo, Aja, etc., sont des journaux qui acquièrent à cette époque une large influence au sein des classes populaires. La télévision est utilisée à cette même fin. Des programmes comme « Laura en América », un talk show qui met en scène l'avocate Laura Bozzo, servent de plateforme pour l'exaltation des bienfaits du « Chino » et de promotion des réussites du gouvernement. La télévision est donc fortement en relation avec le pouvoir politique et en tant que quatrième pouvoir prolonge l'emprise de l'exécutif sur les comportements de la population. La médiatisation de la candidature de Jaime Bayly passe aussi par l'appel fait à Tongo, un comique  péruvien populaire, qui se charge de mettre en musique, en janvier 2010, dans l'émission de Jaime Bayly, la candidature du présentateur de télévision. Lors des élections de 2000, Alberto Fujimori avait fait appel au groupe Cuforia, un groupe de jeunes filles qui chantent de la technocumbia, pour donner un rythme à sa campagne électorale. Dans le clip de cette chanson, « El ritmo del Chino », Fujimori apparaît aux côtés de danseuses dont les costumes s'inspirent des traditions amazoniennes.

La candidature de Jaime Bayly peut être rapprochée de celle du comédien français Coluche, lorsqu'il se présente aux élections présidentielles de 1981 avant de se retirer. Des intentions similaires transparaissent entre ces deux personnages, notamment la stratégie politique de Jaime Bayly qui se base sur la provocation : « Dans la longue interview, Bayly se rappelle que sa mère lui a toujours dit depuis qu'il est petit, qu'il devait être président ou cardinal. "Ensuite, j'ai découvert qu'être Cardinal était impossible" ajoute Jaime »[59]. Derrière cette provocation et ce sens de l'humour particulier, ses propos font état d'un sens commun peu fréquent chez les hommes politiques. Lié à aucune attache partisane[60], il peut énoncer des propositions surprenantes mais qui ne sont pas guidées par des intérêts personnels, ne tenant ainsi pas compte des frontières du dicible politique. Il déclare par exemple à propos de Fujimori : « Je lui accorderai l'amnistie pour des raisons humanitaires. C'est sur qu'il est coupable de certains délits, mais il a déjà passé plusieurs années en prison, c'est quasiment un vieillard, et ne soyons pas mesquins : s'il est sûr qu'il a fait de mauvaises choses pour lesquelles il paye en ce moment, il a en a également fait de bonnes qui surpassent les mauvaises »[61]. De même, il appelle à une réforme en profondeur de l'institution militaire, secteur intouchable dans la société péruvienne.

Enfin, la candidature de Jaime Bayly met en exergue le fort degré de conservatisme présent dans la société péruvienne et surtout liménienne. D'après le journal El Comercio, « quelques Liméniens ont assuré que Bayly Letts serait un excellent président parce qu'il est sincère et frontal, et parce qu'il a promis de diminuer le salaire des députés. D'autres, cependant, s'interrogent sur la moralité du populaire "Francotirador" pour être un blagueur invétéré et un bisexuel affirmé »[62]. Les préférences sexuelles d'un candidat sont ainsi mises en avant pour essayer de déconstruire sa candidature.

Il peut paraître surprenant que, quelques mois après l'annonce de sa candidature, Jaime Bayly pointe à la cinquième place des sondages derrière Luis Castañeda, Keiko Fujimori, Alejandro Toledo et Ollanta Humala[63]. Un tel succès s'explique tout d'abord par un affranchissement de la politique traditionnelle : « Bayly se déclare ambidextre en politique. 'Je suis de droite quand ces idées fonctionnent et de gauche quand ces propositions servent, je tire avec les deux pieds et je marque avec les deux jambes' »[64]. Par ailleurs, sa carrière télévisée lui permet de jouir d'une certaine crédibilité au sein de l'opinion publique. Un succès qui est aussi favorisé par des propositions populaires telles que la mise en place de l'accès à l'éducation pour tous les enfants ou la réduction des salaires des parlementaires et des privilèges dont jouiraient ceux-ci. Ainsi, entre broma y broma, cette candidature fictive invite à réfléchir et à se demander pourquoi celui qui joue le comédien a plus de crédibilité que nombre d'hommes politiques traditionnels.

•B- Décentraliser la politique ? Les propositions indigènes et paysannes

« Malgré une histoire souvent célébrée de l'organisation indigène et de la contestation rurale, le Pérou n'a pas expérimenté une phase comparable [à celle de l'Equateur et de la Bolivie] de développement de l'organisation du mouvement indigène dans la période contemporaine » : comme bien d'autres analystes, Deborah Yashar[65] interprète le cas péruvien comme une exception, au regard de l'Equateur et de la Bolivie, de par la faiblesse de son mouvement indigène. D'après elle, le Pérou se différencie alors par « la faiblesse des réseaux transcommunautaires et de l'espace associatif politique »[66]. Cependant, l'approche des élections semble déclencher la constitution de nouvelles alliances. Les mouvements sociaux multiplient alors les tentatives pour accéder à la sphère électorale nationale (1), et qui finissent bien souvent cantonnés à l'échelle régionale (2).

1) Vers une représentation institutionnelle des mouvements sociaux ?

Certaines organisations des mouvements sociaux tendent à développer des alliances de plus en plus transnationalisées. C'est notamment le cas des organisations indigènes, qui dans toute l'Amérique latine se créent un réseau de collaboration avec d'autres organisations du continent, ou avec des ONG et autres organisations internationales qui soutiennent leur action[67]. Parallèlement à ce mouvement de transnationalisation des mouvements indigènes,  il semble que les échéances électorales à venir soient l'occasion d'un renforcement d'alliances à un niveau qui dépasse la localité des conflits particuliers. Ramón Pajuelo notait ainsi, au terme de l'année 2009, que: « En vue des élections surgissent de nouvelles plateformes politiques, qui comptent avec la participation directe d'organisation indigènes et paysannes, ou qui aspirent à représenter par la voie électorale la population indigène et paysanne du pays »[68].

Il est intéressant de noter qu'en 2005, Donna Lee Van Cott caractérisait le Pérou d'exception[69], comme de nombreux chercheurs travaillant sur les mouvements indigènes d'Amérique latine. D'après elle, alors que ses voisins aux caractéristiques démographiques comparables, la Bolivie et l'Équateur, ont vu naître des partis ethniques issus des organisations indiennes, le mouvement indigène péruvien n'aurait pas atteint un degré d'institutionnalisation et d'unité suffisant pour donner lieu à la formation d'un parti présent dans les organes représentatifs. En 1998, l'organisation AIDESEP[70] avait créé le MIAP[71] pour participer aux élections régionales, mais ce parti n'avait obtenu que des résultats mitigés et limités à la région du Loreto. D'après l'auteure, c'est la faible institutionnalisation et l'incapacité des organisations indigènes à se regrouper, par delà les frontières régionales, qui expliquerait l'incapacité de passer "des mouvements aux partis". On peut dès lors se demander si la vague d'échéances électorales de l'année à venir est l'occasion de pallier ce qui apparaît pour beaucoup comme une des principales insuffisances du mouvement indigène péruvien.

Des alliances régionales. Un premier degré de ce processus d'unification s'observe au niveau régional, en vue des élections provinciales. Historiquement, le mouvement indigène s'est structuré à partir du niveau local, naissant de revendications particulières ancrées dans des territoires spécifiques. Dès lors, peut-être est il plus opportun de parler des mouvements indigènes au Pérou, les organisations indigènes se développant essentiellement sur des territoires spécifiques. Ainsi, AIDESEP, née en 1981, a progressivement renforcé son implantation dans l'Amazonie péruvienne, tandis que la CONACAMI est de plus en plus présente dans les Andes, pour ne citer que deux exemples. Or, il semble que l'on assiste au renforcement d'alliances entre régions en vue des élections, comme c'est le cas à Junín, où des organisations des Andes et de l'Amazonie de la région se sont réunies le 30 avril 2010 pour parvenir à une alliance et proposer un candidat commun aux élections régionales, Guillermo Ñaco Rosas.

Des alliances nationales ? Au-delà de cet exemple d'alliance régionale, on peut s'intéresser aux nouvelles tentatives d'alliance en vue des élections nationales à travers le cas du Partido Perú Plurinacional. Ce parti n'est pas parvenu à mener la procédure d'inscription à son terme, mais cette première tentative d'alliance est emblématique d'une volonté d'accéder à l'arène électorale des mouvements sociaux, au-delà de la problématique localisée des conflits spécifiques. La volonté de créer un parti aux revendications issues du mouvement indigène est née de deux organisations, la CONACAMI (Confederación Nacional de Comunidades Campesinas Afectadas por la Minería) et la CAOI (Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas), deux organisations qui opèrent un virage vers un discours mettant en valeur l'identité indigène. La CONACAMI est parvenue à s'implanter dans les Andes, depuis sa création il y a une dizaine d'années, jusqu'à se substituer aux CCP (Confederación Campesina del Perú, créée en 1946) et CNA (Confederación Nacional Agraria, créée en 1974). Elle met aujourd'hui en valeur la dimension ethnico-culturelle de ses revendications, et son opposition au modèle de développement  néolibéral.  La CAOI a été créée en 1996 dans l'objectif d'articuler d'articuler les organisations indigènes des régions andines du Pérou (où est basé son siège), d'Equateur, de Bolivie, de Colombie, du Chili et d'Argentine. Mais c'est encore au Pérou que la CAOI exerce le plus d'activité, notamment dans les Andes, en association avec la CONACAMI, mais aussi avec AIDESEP, dans l'Amazonie, et encore la CCP ou la CNA. A l'occasion du 4e sommet continental des nationalités et peuples indigènes de juin 2009, à Puno (Pérou), la formation d'un parti politique nommé Perú Plurinacional est officialisée suite à trois ans de négociations lancées par les dirigeants de la CONACAMI et de la COAI. En octobre 2009 est annoncée la candidature d'Alberto Pizango, ancien président d'AIDESEP et figure très médiatisée lors des événements de Bagua en juin 2009. Cette candidature aurait pu être le symbole d'une union des mouvements indigènes des Andes et de l'Amazonie vers une entrée dans le jeu électoral national. Mais le parti n'est pas parvenu à porter la procédure d'inscription à son terme, semblant témoigner de la difficulté des outsiders à s'insérer dans la compétition électorale nationale. Dès lors, les tentatives d'institutionnalisation des mouvements sociaux semblent cantonnée au niveau régional, comme semble le démontrer le cas du mouvement Tierra y Libertad.

2) Entre la permanence d'une politique institutionnelle liménienne et le développement d'une culture politique locale propre

Le mouvement Tierra y Libertad se présente comme voulant rassembler tous les mouvements sociaux du pays qui proposent une alternative au modèle de développement néolibéral. A l'origine de cette organisation se trouve la convergence de politiques et d'intellectuels de gauche et de militants contre l'industrie minière, notamment à Cajamarca. Ils s'unissent dans le soutien à Marco Arana, prêtre issu d'une tendance progressiste de l'Eglise péruvienne (inspirée de la théologie de la libération), qui a accompagné pendant plusieurs années les communautés de la région de Cajamarca opposées à l'industrie minière en revendiquant un modèle de développement alternatif basé sur l'agriculture paysanne. En 2008, ce leader sillonne le pays afin d'évaluer les possibilités de création d'une plateforme électorale, et en mai 2009 est publié le manifeste de la fondation du mouvement Tierra y Libertad.

Le mouvement se réclame des régions oubliées du centre de pouvoir limeño, et des secteurs sociaux marginalisés, tels que les indigènes et les paysans, mais aussi les travailleurs pauvres ou les petits entrepreneurs mis en difficulté ces deux dernières décennies. Le mouvement a acquis une visibilité croissante dans les médias, et il est parvenu à mettre en place des comités locaux et régionaux, notamment dans les régions de Cajamarca, Cusco, Puno, Lambayeque et Lima. Du 23 au 25 avril a eu lieu le congrès national avec les représentants des différentes organisations régionales, à Lima, à l'occasion duquel ont été officialisées les candidatures régionales et la présentation de Marco Arana à l'élection présidentielle. Néanmoins, l'aspiration du mouvement à devenir une plateforme d'unification des secteurs populaires et des mouvements sociaux du pays demeure limitée par une faible organisation des classes populaires et une difficulté à connecter des conflits souvent très localisés. Ainsi Ramón Pajuelo soutient-il que le « sentiment anti-néolibéral croissant rencontre ses limites dans l'inexistence de canaux politiques effectifs pour la représentation des intérêts populaires, y compris ceux de ses fractions indigènes et paysannes, malgré les élans vers une mobilisation indigène »[72].

Tout comme Perú Plurinacional, le mouvement Tierra y Libertad n'est pas parvenu à rassembler suffisamment de signatures pour inscrire son parti aux élections nationales. Néanmoins, il continue la procédure de récolte de signatures dans les régions où il est implanté, semblant témoigner de la permanence du primat de Lima dans les élections nationales, la participation aux élections régionales demeurant alors leur seule possibilité d'accéder à la sphère politique institutionnelle. Certains observateurs de la vie politique péruvienne semble par ailleurs faire reposer leur espoir dans cette régionalisation de la politique, à l'instar de Carlos Iván Degregori, qui voit en ce processus un rapprochement des décideurs avec leurs électeurs et une meilleure transparence :

Ahora tenemos toda una tradición de elecciones municipales y regionales. Un colega ayacuchano, José Coronel, me decía que después del 2006 mucha gente perdió la esperanza y se dio cuenta de que la sierra no pone presidentes, y que Lima y la costa sí lo hacen. Entonces, se han centrado en sus gobiernos regionales y provinciales. Algunos pueden considerarlo un retroceso, pero podemos ver también el lado positivo: esos gobiernos se van asentando, tecnificando, y se van volviendo más responsables, en el sentido de que responden más a las demandas de sus ciudadanos. Quién sabe estemos en una etapa de transición. Ahí posiblemente (en ese nuevo escenario político) se confunde la realidad con mis deseos de que haya un gobierno menos desastroso que el actual en aspectos institucionales, políticos y culturales.[73]

Cette analyse peut être rapprochée de celle que proposait Carlos Meléndez Guerrero à l'occasion des élections de 2006, à l'occasion desquelles les mouvements et leaders indépendants avaient remporté vigt des vingt-quatre régions, aux dépens de l'APRA qui en perdait dix. Face à ceux qui interprétaient ces candidats comme de simples sigles éphémères et des menaces à la continuité démocratique, il soutient que « les inconnus pour les Liméniens sont de vieux protagonistes dans les régions »[74]. Ainsi, des dix présidents régionaux élus, huit se présentaient sous le même emblème qu'en 2002. Carlos Meléndez Guerrero préfère alors parler de forces politiques régionales plutôt que de leaders, affirmant que « les régions possèdent leurs propres dynamiques, difficiles à interpréter, si l'on se place du point de vue égocentrique de Lima ».

 

Conclusion

En l'espace de deux ans, les Péruviens vont renouveler l'ensemble de leurs représentants politiques, tant au niveau local que national. Plusieurs fois par le passé, ils ont fait part de leur insatisfaction quant à la sphère politique en élisant des personnes peu connues et extérieures à ce champ. La victoire de ces outsiders a contribué à l'affaiblissement des configurations partisanes. S'appuyant sur des partis peu institutionnalisés et à l'idéologie peu marquée, ils ont brouillé la lisibilité des engagements partisans, en favorisant notamment les transfuges au sein des différents groupes parlementaires. Par conséquent, les Péruviens semblent se désintéresser de plus en plus de la vie politique nationale.

Pourtant, les élections présidentielles de 2011 paraissent changer la donne. Les candidats déclarés et en tête des sondages sont des personnalités politiques reconnues nationalement, et dotées chacune d'un grand charisme : Toledo est un ancien président, Luis Castañeda est le maire de Lima, ville cruciale du scrutin, Keiko Fujimori est l'une des députées les plus connues de cette législature et peu compter sur la notoriété et la popularité de son père, Ollanta Humala s'est forgé comme le leader de l'opposition à Alan García ces cinq dernières années, et le candidat de l'APRA pourra compter sur le soutien du parti de l'étoile, qui, s'il est actuellement en crise, reste la seule vraie machine partisane.

Dès lors, il reste peu de place sur la scène politique pour que surgisse un outsider. Ceux-ci semblent se cantonner à ses marges, plus ou moins volontairement dans le cas de Jaime Baily, trublion provocateur, ou choisissent l'échelle régionale pour accéder au pouvoir. On observe ainsi une régionalisation de la vie politique, des mouvements qui se concentrent uniquement à ce niveau et dont les personnalités sont souvent assez inconnues des élites de Lima. Cela entraîne un certains renouvellement des dirigeants, qui, plus proches des électeurs, sont souvent mieux perçus que les dirigeants liméniens.

Il nous faut cependant relativiser ces conclusions. Les élections présidentielles ne se dérouleront que dans un an. Or, les outsiders ne surgissent souvent que quelques mois avant l'échéance électorale. Il est donc encore trop tôt pour écarter définitivement l'hypothèse que soit élue une personnalité aujourd'hui inconnue et à l'écart des forces politiques traditionnelles. D'autant que l'on semble s'acheminer vers un nombre élevé de candidatures, fragmentant ainsi le système partisan (en 2006 se sont affrontés 24 candidats, on peut supposer que ce chiffre sera sensiblement le même, puisque d'ores et déjà plus de 12 candidatures sont officialisées). Enfin, les différences idéologiques entre les principaux candidats sont relativement faibles : autant Luis Castañeda, qu'Alejandro Toledo, que Keiko Fujimori, et que supposément le candidat de l'APRA défendent un modèle néolibéral, en continuité avec les politiques mises en place sous les gouvernements d'Alberto Fujimori et poursuivies par Toledo et García. Cette absence de polarisation du débat risque de conduire, selon certains analystes, à des écarts relativement faibles : ces personnalités politiques devraient toutes obtenir entre 15 et 20% des suffrages. Autant de prévisions qui ne laissent guère présager au niveau national une réorientation des politiques économiques telles qu'elles pourraient être envisagées à l'aune de ces élections.

 

 

Bibliographie

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[1] Déclarations faites au quotidien espagnol ABC, 18 mai 2010.

[2] La croissance de 2010 est estimée entre 6 et 7% selon les sources.

[3] REVESZ Bruno, « La irrupción de Ollanta Humala en la escena electoral peruana », OSAL, n°19, Julio 2006, CLACSO, Buenos Aires, Argentina

[4] Que l'on pourrait traduire par « saut dans le vide » ou « pari risqué ».

[5] BALBI SCARNEO Carmen Rosa, « Le phénomène Humala », in DABENE Olivier (dir.), Amérique latine, les élections contre la démocratie ?, Presses de Sciences Po, 2008, p. 161-180

[6] La signature finale de ce traité au début de son mandat, à l'image de celle réalisée par son homologue colombien, Alvaro Uribe, a servi de prétexte à Hugo Chavez, pour se retirer de la Communauté Andine des Nations (CAN). A cette occasion il a déclaré : « La mataron. No existe, incluso nos estamos preparando para denunciarla: Venezuela se sale de la Comunidad Andina Naciones. No tiene sentido, hay que hacer otra cosa. Eso (la CAN) le sirve a las élites, a las transnacionales, pero no le sirve a los indios, a los negros, a los blancos o a los pobres. No le sirve a nuestro pueblo y no sólo no le sirve, les afecta », d'après aporrea.org . L'intégration régionale pendant la période García a connu certaines difficultés. La démission du Secrétaire Général de la CAN en avril dernier vient confirmer cette hypothèse.

[7] Avec un indice de Gini de 52 en 2007, le Pérou est le 19e pays le plus inégalitaire au monde.

[8] A cette date, la Defensoria enregistre 8 conflits sociaux actifs. Ces données sont tirées du rapport numéro 29 des conflits sociaux reconnus par la defensoria del pueblo au 31  juillet 2006 et du rapport numero 74 des conflits sociaux reconnus par la defensoria del pueblo.

[9] PAJUELO TEVES Ramón, « Pérou: crise politique permanente et nouvelles protestations sociales », Observatorio Social de América Latina (OSAL - CLACSO), traduit et publié sur le site RISAL (Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine), 25 mai 2005

[10] PAJUELO Ramón, Ibid.

[11] ARDITO VEGA Wilfredo, PEÑAFIEL GARRETA Rocío, PINEDO TORRES Katya, « Serios peligros para los derechos humanos. Los 11 decretos del gobierno de Alan García », APRODEH (Asociación Pro Derechos Humanos), Lima, août 2007

[12] BRUCKMAN Monica, « Que les Péruviens arrêtent de quémander! », Le monde diplomatique, septembre 2009

[13] GARCÍA Alan, « El síndrome del perro del hortelano », El comercio, Lima, 28 octobre 2007

[14] OFFERLÉ Michel, « Partis et configurations partisanes », Nouveau manuel de science politique, COHEN Antonin, LACROIX Bernard, RIUTORT Philippe (dir.), La Découverte, Paris, 2009

[15] Que nous définissons comme des segments de l'électorat relativement stables et manifestes par la permanence de ces partis à plusieurs élections.

[16] TANAKA Martin, VERA ROJAS Sofia, « La dinamica 'neodualista' en una democracia sin sistema de partidos: la situación de la democracia en el Perú ». Revista de Ciencia Politica, Volumen 30 N.1, 2010, p.87 -114

[17] Ibidem.

[18] DEGREGORI Carlos Ivan, La decada de la antipolitica, Auge y Caida del Fujimorismo, IEP, Lima, 2000

[19] TANAKA Martín, op. cit.

[20] Ibidem.

[21] Ce chiffre de 25 partis politiques inscrits peut sembler étonnant, à plus forte raison si l'on prend en compte les conditions strictes qui régissent désormais l'inscription des partis. Mais ceux qui sont aux registres électoraux peuvent servir de plateforme pour l'accès d'outsiders au jeu électoral national.

[22] D'après le jury national des élections, qui recense sur son site internet les différentes organisations politiques. Parmi les 25 partis inscrits, on compte : Acción Popular, Agrupación independiente sí cumple, Alianza para el progreso, Cambio radical, Cambio 90, Fonavistas del Perú, Fuerza nacional, Fuerza 2011, Movimiento nueva izquierda, Nueva mayoría, Participación popular, Partido aprista peruano, Partido democrático somos Perú, Partido humanista peruano, Partido nacionalista peruano, Partido político adelante, Partido popular cristiano, Perú posible

Renovación nacional, Restauración nacional, Siempre unidos, Solidaridad nacional, Todos por el Perú et Unión por el Perú.

[23] Ibidem.

[24] Il s'agit, entre plusieurs exemples,  de la candidature de Jaime Bayly qui présente des pratiques héritières du régime fujimoriste tout autant que des propositions progressistes cherchant à consolider la démocratie et finir avec ses défaillances tel que la corruption.

[25] AGULHON Maurice, La République au village, Plon, Paris, 1970

[26] Un système institutionnalisé formé de partis représentant chacun des secteurs de l'électorat relativement bien définis.

[27] DEGREGORI Carlos Ivan, La decada de la antipolitica, Auge y Caida del Fujimorismo, IEP, Lima, 2000

[28] DEGREGORI, Carlos Ivan, Ibidem

[29] ADRIANZEN, Alberto, La transición inconclusa, Otra Mirada: Lima, 2010

[30] DEGREGORI, Carlos Ivan, Op.Cit

[31] DEGREGORI, Carlos Ivan, Op.Cit

[32] FUJIMORI Keiko, entretien avec le journal Trome, 8 mai 2010

[33] DEGREGORI Carlos Ivan, op. cit.

[34] Ibidem.

[35] FUJIMORI Keiko, entretien réalisé avec le quotidien Trome, Lima , 9 mai 2010

[36] Le « néopopulisme » est défini par Stéphanie Rousseau, au niveau pratique comme une politique centrée sur la répartition de biens matériels créant ainsi des cadres paternalistes et clientélistes. Au niveau du discours, ce qui nous intéresse ici, se mélangent des éléments qui font appel à l'ordre, à la modernité et au pragmatisme. Et qui, par ailleurs, met en valeur la construction d'une vraie démocratie qui respecte les intérêts du peuple.

[37] Ibidem.

[38] Blog du mouvement fuerza 2011, 19 mai 2010.

[39] Ibidem.

[40] FUJIMORI Keiko, déclarations à Radio Programas del Perú, 20 mai 2010

[41] Ibidem.

[42] Cependant, Keiko a affirmé à l'occasion de l'émission du 20 mai 2010 de Radio Programas del Perú que la décision finale sera laissée à l'assemblée du parti.

[43] L'inflation cumulée au long de son mandat (1985-1990) a atteint un taux de 2,2 millions.

[44] VERGARA PANIAGUA Alberto, Qué es el APRA?, Poder, n.360, février 2010.

[45] TUESTA SOLDEVILLA Fernando, « García y su agenda propia del 2011 », 18 mai 2010, Infolatam, consultable en ligne

[46] Sondage Ipsos Apoyo, paru dans El comercio le 18 avril 2010

[47] L'opposition a en effet été relativement silencieuse suite à ces révélations. Les principales personnalités politiques (Ollanta Humala, Keiko Fujimori, Luis Castañeda) n'ont que peu critiqué ces faits

[48] « Los escándalos de corrupción surgen cuando las pugnas de un gobierno son encarnizadas y la oposición es débil », La República, 16 mai 2010

[49] VERGUARA PANIAGUA Alberto, op. cit.

[50] FREGOSI Renée, « Interview de Ollanta et Nadine Humala », Cahier des Amériques latines, n.50, IHEAL Editions, Paris, janvier 2007

[51] Interview avec Carlos Iván Degregori, Revista Ideele, 21 avril 2010

[52] Sur l'ouverture de l'institution militaire à la culture indigène, voir HURTADO MEZA Lourdes, « Ejército cholificado : reflexiones sobre la apertura del ejército hacia los sectores populares » Revista de ciencias sociales, n.26, Quito, septembre 2006, p.17-34

[53] CABALLERO MARTIN Víctor, « En busca del voto rural », Revista Quehacer, n.15, mars-avril 2006

[54] Ces excellents résultats permettent d'affirmer que « la champagne médiatique n'a aucun impact dans les zones rurales et urbaines populaires. Au contraire, les populations rurales ont une évaluation négative de ce que disent les médias », CABALLERO MARTIN Víctor, op. cit.

[55] BALBI SCARNEO Carmen Rosa, « Le phénomène Humala », DABENE Olivier (dir.) Amérique latine, les élections contre la démocratie ?, Presses de Sciences Po, Paris, 2008, p.161-180

[56] FREGOSI Renée, op. cit.

[57] « Manifiesto ¡Por la gran transformación del Perú!  », consultable en ligne

[58] On pourrait traduire cette expression par une « attitude bon enfant propre aux Liméniens ».

[59] jaimebayly.com, article du 8 septembre 2008

[60] C'est le cas de nombreux présidentiables potentiels, qui rejoignent alors le temps de la campagne un des partis reconnus officiellement mais qui ne disposent pas de leur propre candidat.

[61] BAYLY Jaime, entretien avec Radio  Programas del Peru, 17 janvier 2010

[62] « ¿Jaime Bayly presidente? Limeños opinan a favor y en contra de El 'Francotirador » Quotidien El Comercio, 18 janvier 2010

[63] Sondeo Mayo 2010, Instituto de Opinion Publica, PUCP, Lima

[64] BAYLY Jaime, entretien avec Radio  Programas del Peru, 17 janvier 2010

[65] YASHAR Deborah J., Contesting citizenship in Latin America. The rise of indigenous movements and the postliberal challenge, Cambridge University Press, New York, 2005, p.224

[66] Ibidem., p.225

[67] BRYSK Alison,From tribal village to global village. Indian rights and international relations in latin America, Standford University press, Standford, 2000

[68] PAJUELO Ramón, "Informe de conyuntura, Perú, Julio-diciembre 2009", OSAL, CLACSO, 2009, p.1

[69] VAN COTT Donna Lee, From Movements to Parties in Latin America: the Evolution of Ethnic Politics, Cambridge University Press, New York, 2005

[70] Asociación Interétnica de Desarrollo de la Selva Peruana

[71] Movimiento Indígena de la Amazonía Peruana

[72] PAJUELO Ramón, 2009, p.4

[73] Interview avec Carlos Iván Degregori, Revista Ideele, 21 avril 2010

[74] MELÉNDEZ GUERRERO Carlos, "Regionales: los 'viejos desconocidos'", La República, 12 mai 2006