Elections de 2010 au Costa Rica

A quelques jours du scrutin présidentiel, les médias costariciens vivent aux rythmes de la campagne électorale. Dans la rue cependant, il semble bien que ces élections n'aient pas soulevé l'intérêt qu'elles pouvaient provoquer par le passé. Pour comprendre cette morosité ambiante, il faut revenir sur ces six mois de campagne mais aussi sur les changements économiques, sociaux et politiques que le Costa Rica a connus depuis une trentaine d'années.

En ce dimanche après-midi, l'un des candidats au siège de député pour la province de San José est venu fouler les ruelles escarpées de l'un des quartiers marginaux de la capitale costaricienne. Autour de lui, les musiciens venus animer le porte-à-porte jouent des airs enjoués, des enfants courent, demandant des ballons gonflables, des autocollants et des tee-shirts.

Cette apparente bonne humeur n'arrive cependant pas à faire oublier la morosité qui aura entouré cette campagne de bout en bout. Au Costa Rica, les élections sont généralement considérées comme une « fête civique ». Malgré le secret du vote, les Costariciens avaient pour coutume d'orner le fronton de leur maison du drapeau de leur parti de prédilection. Cette année cependant, rien de tel... certes des drapeaux sont visibles sur certains toits et sur certaines voitures, mais leur nombre en demeure limité par rapport aux campagnes antérieures.

Si cette morosité comporte un aspect conjoncturel, qui s'explique notamment par la crise économique et la non-sélection de l'équipe nationale pour le mondial en Afrique du Sud, d'autres éléments plus structurels sont à prendre en compte.

Depuis une trentaine d'années, le Costa Rica a connu de nombreux changements. A l'instar de ses voisins, le pays n'a pas échappé au virage libéral et à son train d'ajustements structurels. L'Etat providence qui en faisait l'un des pays les plus égalitaires d'Amérique latine est aujourd'hui en crise. En effet, durant les deux dernières décennies, le pays a connu une hausse significative des inégalités et une stagnation préoccupante de la pauvreté, problématique qui concerne aujourd'hui près d'un million de costariciens (soit plus de 17% de la population). Parallèlement, le problème de l'insécurité inquiète profondément les Costariciens. Si le nombre d'homicides perpétrés n'est en rien comparable avec les niveaux atteints dans le reste de l'Amérique centrale et des Caraïbes, la situation costaricienne n'en demeure pas moins préoccupante. En effet, le taux d'homicides perpétré (pour chaque tranche de 100 000 habitants) est passé de 6,2 en 2005 à 8 en 2007, atteignant 11,1 en 2008. Opportunisme politique ou importance stratégique selon les opinions, ce sujet aura finalement été l'un des principaux thèmes de cette campagne.

Ces changements sociaux majeurs se sont finalement accompagnés d'une crise de la représentativité. La grande volatilité de l'électorat et la forte hausse des taux d'abstention semblent finalement être l'expression de l'échec des partis traditionnels à remplir leur fonction de médiation. Face à la perte des idéologies politiques, les partis politiques semblent se convertir en machines électorales, faisant prévaloir l'opportunisme politique sur les logiques partisanes. En outre, la multiplication des scandales de corruption impliquant des présidents et des hauts fonctionnaires doit être prise en compte dans l'analyse de la défiance actuelle des Costariciens vis-à-vis de leur système de partis. Face à la perte de confiance dans les partis traditionnels, le pays a vu émerger de nouveaux partis, comme le Movimiento Libertario ou le Partido Acción Ciudadana, qui prônent leurs différences par rapport aux partis traditionnels.

Les dénonciations journalières de la corruption, du clientélisme politique et de la classe politique costaricienne traditionnelle par la presse comme par les partis d'opposition ont, elles aussi, participé de la désaffection des costariciens vis-à-vis de leur système politique. Si le but était originellement de favoriser l'émergence de nouveaux acteurs et d'un jeu politique moins corrompu et plus démocratique, le ton et la récurrence des critiques pourraient avoir favorisé durablement la défiance des électeurs envers leur classe politique. Loin d'aider à la rénovation de la classe politique, cela pourrait se traduire par une hausse toujours plus prononcée des taux d'abstention et du vote dit « contestataire ».

C'est donc dans ce contexte de mutation et de désaffection que les Costariciens seront amenés à choisir leurs députés, les regidores municipaux et leur président le 7 février prochain. Parmi les neufs candidats à la présidentielle, quatre atteignent ou dépassent aujourd'hui les 10% dans les sondages[1].

 

Les principaux candidats

 

En tête des sondages depuis le début de la campagne, Laura Chinchilla est la représentante du Partido de Liberación Nacional (PLN), qui est l'un des deux partis traditionnels du Costa Rica.  Actuellement représenté au pouvoir par Oscar Arias Sanchez, ce parti originellement social-démocrate se tourne de plus en plus vers des politiques économiques libérales. Il a d'ailleurs acquis le large soutien des entrepreneurs costariciens. Si la candidate libérationniste bénéficie encore d'une large avance dans les sondages, elle pâtit aujourd'hui de la défiance d'une partie de l'électorat vis-à-vis du président sortant[2].

Chinchilla

 

Otto Guevara, représentant du Movimiento Libertario, arrive en seconde position dans les intentions de vote. Malgré une faible structure partisane, le candidat libertarien a su séduire les Costariciens avec une rhétorique populiste, promettant une politique de « mano firme » contre les délinquants, la non-tolérance de la corruption, la fin des files d'attentes dans les hôpitaux et un ordinateur portable pour chaque enfant costaricien. Malgré son discours sécuritaire, le candidat a réussi à éviter un extrémisme trop virulent, ce qui lui permet aujourd'hui d'apparaître pour beaucoup comme la seule alternative aux candidats traditionnels et à leurs promesses de campagne. Avec son slogan « El cambio, Ya », Otto Guevara pourrait bien se retrouver au second tour contre la candidate du PLN.

Guevara

 

En troisième position, arrive le candidat du Partido Acción Ciudadana (PAC). Candidat malheureux lors de l'élection précédente, Otton Solís a aussi été l'un des principaux opposants lors du référendum sur la ratification du traité de libre échange en 2007. S'il espère créer la surprise comme il l'avait fait en 2006, les sondages ne lui prêtent actuellement que de faibles intentions de vote (12%) et ce, malgré la décision des candidats Rolando Araya (Alianza Patriotica) et de Walter Muñoz (Partido de Integración Nacional) de se rallier à sa candidature. Avec un programme de gouvernement centré sur la lutte contre la corruption et le clientélisme politique, la participation citoyenne et la lutte contre la pauvreté, O. Solís semble avoir échoué à fidéliser son électorat de 2006. En préférant un discours moralisateur à un vrai positionnement idéologique, le PAC a probablement manqué sa chance de passer du statut de parti d'opposition à celui de parti de gouvernement

Fishman

 

Avec 10% d'intentions de vote, Luis Fishman, le candidat du parti de l'Unidad social-cristiana, peine à faire revivre ce parti qui avait pourtant été l'un des socles du bipartisme costaricien dans le passé. A travers des clips surprenants, celui qui se présente comme « le moins mauvais » des candidats aura eu le mérite de rendre visible un parti moribond.

Parmi les candidats à la présidentielle costaricienne, se trouvent aussi Oscar Lopez, candidat du Partido Accessibilidad sin Exclusion - PASE ; Mayra Gonzalez, candidate du Partido de Renovación Costarricense et Eugenio Trejos, candidat du Frente Amplio.

C'est donc le 7 février prochain que les Costariciens iront aux urnes. Craignant une abstention record, le Tribunal Suprême d'Elections a lancé une campagne pour inciter les Costariciens à aller voter. Or, d'après la dernière enquête, seuls 69% des Costariciens disent être sûrs de vouloir aller voter, élément préoccupant dans un pays où le taux d'abstention n'avait jamais dépassé les 20% avant 1998.

Finalement, dans le cas où aucun candidat n'atteindrait le seuil des 40%, un second tour serait organisé, faisant durer le suspens jusqu'au 4 avril !

 

Bibliographie

Alvarado Quesada (Carlos), « Transición política en Costa Rica y el Partido Acción Ciudadana », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne], Cuestiones del tiempo presente, 2007, Mis en ligne le 07 mars 2007. URL : http://nuevomundo.revues.org/index3620.html [Consulté le 24 janvier 2010].

Ordóñez (Jaime) (ed.), Hacia dónde va Costa Rica? : Sistema político y escenarios de gobernabilidad democrática para la próxima década 2010-2020 (5 debates sobre el futuro de Costa Rica), San José C.R., Asociación Estudios para el futuro, 2009.

Rovira Mas (Jorge) (ed.) Desafíos políticos de la Costa Rica actual, San José, Editorial UCR, 2007, p. 378

Seligson (Mitchell), in "Trouble in paradise? The erosion of system support in Costa Rica: 1978-1999." Latin American Research Review, Vol. 37, No1, 2002, p.160-184.

Urcuyo Fournier (Constantino), Reforma política y Gobernabilidad, San José, Editorial Juricentro, 2003, 131p.

 


[1] Nous nous baserons ici sur l'enquête du 20 janvier 2010 de CID Gallup, pour le Journal Extra. Pour consulter les enquêtes précédentes, on pourra consulter le site suivant :

http://www.elecciones2010.ucr.ac.cr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=3&Itemid=5 [Consulté le 21.01.2010]

[2] S'il reste l'un des présidents les plus populaires d'Amérique latine, Oscar Arias a pourtant vu sa côte de popularité chuter ces derniers mois. Parmi les affaires qui ont érodé la popularité du président, on pourra notamment citer le scandale des concessions minières à ciel ouvert décrétées d'intérêt public, l'élection d'une députée libérationniste comme médiatrice de la république remettant en cause l'indépendance de l'institution ou encore les dîners onéreux de certains ministres du gouvernement.