Elections au Pérou, derniers sondages avant le scrutin du 10 avril 2011

Ollanta Humala en tête des sondages, remontée de Keiko Fujimori et forte percée de PPK

Une semaine avant les élections générale du 10 avril au Pérou, les dernières enquêtes d'opinion indiquent un retournement de situation. Ollanta Humala, candidat perdant des élections de 2006, passerait en tête du classement devant l'ex président de la république, A.Toledo (Perú Posible), et l'ex maire de Lima, L.Castañeda (Solidaridad Nacional), en perte de vitesse ces dernières semaines. Selon le sondage réalisé par l'Université de la Catolica, Ollanta Humala (Gana Perú) recevrait 26,5% des intentions de vote contre 21,4% pour l'enquête réalisée par Datum. L'unique résultat commun aux deux enquêtes est la première place donnée à Ollanta Humala. Les deux autres candidats en liste sur les dix candidatures initiales sont Keiko Fujimori (Fuerza 2011) et Pedro Pablo Kuczynski (Alianza por el Gran Cambio).

Keiko Fujimori, fille de l'ex président A.Fujimori, remonte à nouveau dans les sondages. Elle remporterait entre 17 et 20% des voix. Partie en campagne depuis 2009, K.Fujimori inquiète, car sa candidature fait ressurgir les années du régime autoritaire de son père où les droits de l'homme ont trop souvent été bafoués et où la corruption a envahi l'Etat. Or, cette crainte n'est pas partagée dans tout le pays, car Fujimori père est aussi perçu comme un libérateur dans les provinces où le Sentier Lumineux était en activité et où l'Etat s'était retiré face à la violence.  Keiko bénéficie donc aussi de l'image positive du père qui a su rétablir la paix dans le contexte extrêmement difficile de la crise du début des années 90 où insurgés, narcotrafiquants et militaires  ont soumis la population de certaines provinces aux pires exactions. Le slogan de campagne de Keiko n'est rien d'autre que « Orden y Seguridad » (Ordre et Sécurité) remportant certaines clameurs là où les stigmates sont encore visibles (voir la vidéo de campagne de Keiko à Tingo Maria dans la province Huanuco)

Quant à  Pedro Pablo Kuczynski (PPK) c'est l'outsider de cette campagne qui a émergé récemment dans les sondages. Péruvien, éduqué et naturalisé aux Etats-Unis, il a défrayé la chronique ces dernières semaines. Economiste, Ex ministre des Finances de Toledo, accompagné du progressiste Simon Yehude[1], PPK souhaite promouvoir la redistribution de la croissance. Le Pérou est le pays d'Amérique latine qui jouit de la croissance la plus élevée du continent depuis quelques années mais où les inégalités se creusent de plus en plus de jour en jour. Aucune politique sociale n'a été menée par le gouvernement d'Alan Garcia qui dans la logique de l'orthodoxie budgétaire, pour stabiliser les indicateurs financés, a coupé court aux politiques sociales et aux budgets des gouvernements locaux. Les budgets des gouvernements municipaux ont été réduits depuis 2009 malgré une croissance économique de 9%. Cette réduction a été compensée récemment par l'augmentation des ressources du Fond de Compensation Municipal (FONCOMUN) sous l'autorité de l'excéutif. Le gouvernement peut ainsi maintenir sous tutelle les gouvernements locaux dont les projets dépendent des allocations du pouvoir exécutif. Seuls les départements dont les sols recèlent de matière  première extractive exploitée comptent d'un budget d'investissement, car ils reçoivent la distribution des dividendes des entreprises minières ou pétrolières depuis 2006. Le système n'est pas redistributif. Ainsi, certains gouvernements régionaux n'ont aucun moyen pour investir et ne comptent que de l'aide de la coopération internationale. Les inégalités économiques ne se jouent pas qu'entre Lima et le reste du pays mais aussi entre départements et municipalités. PPK a ouvert le débat sur un thème prioritaire au Pérou.

Les conséquences directes du recul des politiques sociales au Pérou sont la montée des mobilisations sociales et du narcotrafic. Le Pérou est le pays de la zone andine qui a connu le plus de mobilisations sociales depuis 2008 et il est devenu le premier fabricant de cocaïne en 2010. La réduction des politiques sociales n'est pas le seul facteur explicatif de cette conjoncture.  Les deux exemples donnés ont été choisis, car ils sont significatifs de la situation préoccupante dans laquelle se trouve le Pérou malgré des indicateurs économiques parfaits. Les thèmes prioritaires du dernier débat de la campagne seront d'ailleurs la lutte contre la pauvreté, la création d'emploi, la sécurité et le narcotrafic.

Dans ce cadre, le résultat du premier tour des élections pourrait se jouer entre Ollanta Humala, candidature de la gauche nationaliste, Keiko Fujimori et Pedro Pablo Kuczynski. Les possibilités de victoire pour A.Toledo sont limitées, car il représente la politique du statu quo sans réelle ouverture au changement. Lors de sa présidence entre 2002 et 2006, il avait maintenu le pays à son niveau sans pour autant lancer des politiques réformistes. L'homme fort de son gouvernement était l'économiste Pedro Pablo Kuczynski, désormais parti en campagne. Reste à prendre en compte que le système électoral au Pérou favorise le centre et que les voix des provinces où les conditions de vie se sont détériorées sont étouffées par Lima et le Callao. De fait et d'expérience, depuis le départ de A.Fujimori en 2000, la voix du consensus peut encore rafler la victoire au Pérou

 

Electeurs par département

Régions

Départements

Censo electoral

Côte Nord

Tumbes

105040

Côte Nord

Piura

874720

Côte Nord

Lambayeque

653003

Côte Nord

Cajamarca

684377

Côte Nord

La libertad

916164

Côte Nord

Ancash

590926

total

 

3824230

 

 

 

 

Lima

5403299

 

Callao

519113

total

 

5922412

 

 

 

Côte Sud

Ica

438554

Côte Sud

Arequipa

745466

Côte Sud

Hoquegua

96501

Côte Sud

Tacna

167315

total

 

1447836

 

 

 

Sierra

Puno

653804

Sierra

Cusco

609095

Sierra

Apurimac

184386

Sierra

Ayacucho

289679

Sierra

Huancavelica

195079

Sierra

Junin

672866

Sierra Nord

Pasco

129830

Sierra Nord

Huanuco

334456

Sierra Nord

San Martin

338027

total

 

3407222

 

 

 

Amazonie

Amazonas

165286

Amazonie

Loreto

382194

Amazonie

Ucayali

189601

Amazonie

Madre de dios

43534

total

 

780615

 

 

 

Total

 

15 382 315

pop nationale

 

27 986 000

Source : Jurado nacional de elecciones  http://www.jne.gob.pe/, 2006

 

 


[1] Simon Yehude reconnu pour ses qualités de gestionnaire lorsqu'il était président du gouvernement régional de Lambayeque (2003-2008) a ensuite été appelé par le président Alan Garcia pour prendre le poste de premier ministre (2008-2009). Ce passage au gouvernement assez rude face à la politique conduite par les apristes du gouvernement  a quelque peu disqualifié sa candidature pour les élections présidentielles. Il a démissionné suite aux évènements de bagua en juin 2009.