Dilma Rousseff, première Présidente du Brésil

Dilma Rousseff sera la première femme à présider le Brésil. Sans surprise, la candidate du PT a facilement remporté le second tour (56% des suffrages valides) face à José Serra (44%). Elle prendra ses fonctions le 1er janvier 2011. Le PT remporte également le gouvernement du District Fédéral, mais perd l'Etat du Pará. Comme Lula en 2006, Dilma Rousseff s'est largement imposée dans les Etats du Nord et du Nordeste. Elle a obtenu près de 90% des suffrages valides dans l'Amazonas, 79% dans le Maranhão, 77% dans le Ceará et plus de 75% dans le Pernambouc. Le vote Dilma semble très lié à la géographie des programmes de redistribution sociale, notamment la Bourse Famille.

José Serra a reconnu le résultat « avec respect et humilité ». Calmement, voire sereinement, il a félicité Dilma Rousseff et lui a souhaité de poursuivre le bon développement du Brésil. Il a remercié les Brésiliens lui ayant accordé leur confiance et les militants du PSDB ayant battu campagne. Il a également félicité Geraldo Alcmin (PSDB), qui s'affichait à ses côtés, pour sa victoire dès le premier tour dans l'Etat de São Paulo.

Contrairement à ce que certains attendaient (notamment le conseiller international de Lula, Marco Aurélio Garcia), José Serra, 68 ans, n'a pas annoncé son retrait de la vie politique. Bien que privé de poste électif, il a au contraire martelé : « Ce n'est pas un adieu (não é um adeus). C'est un à bientôt (é um até logo). La lutte continue. Vive le Brésil ». Il a clos son discours en récitant la fin de l'hymne national du Brésil : « Des fils de ce sol tu es la mère gentille / Patrie aimée, Brésil ». Une manière d'ôter la maternité à Dilma Rousseff, que Lula avait qualifiée de « mère des Brésiliens » pendant la campagne électorale ?

Pour son premier discours en tant que présidente élue (d'une durée de 20 minutes), Dilma Rousseff a confirmé qu'elle allait œuvrer pour donner continuité aux politiques développées par Lula. Elle a en premier lieu insisté sur la dimension symbolique de son élection, manifestant l'espoir de voir à l'avenir plus de femmes dans les instances représentatives du Brésil (elles ne sont que 8% à la Chambre fédérale).

Elle s'est ensuite engagée à valoriser la démocratie au sens large, insistant sur la dimension sociale et l'éradication de la misère. Sur un ton conciliateur, elle a précisé qu'elle allait lutter pour le respect des libertés fondamentales, au premier rang desquelles la liberté de culte et la liberté de la presse (« je préfère le boucan d'une presse libre que au silence de la dictature »). Dilma Rousseff a appelé l'ensemble des forces vives de la Nation à s'unir autour de son projet de gouvernement. Elle a par ailleurs tendu la main à l'opposition pour que le travail politique des uns et des autres soit constructif pour le Brésil.

Au niveau international, elle a affirmé vouloir jouer un rôle pour la réorganisation du système financier international et pour le développement du multilatéralisme. Début novembre, Dilma Rousseff doit accompagner Lula (président en exercice jusqu'au 1er janvier 2011) lors d'un voyage officiel au Mozambique. Un voyage de transition qui symbolise l'intérêt croissant du Brésil envers le continent africain.

Pour ce qui concerne la politique économique, Dilma Rousseff a souligné que la lutte contre l'inflation restait une priorité pour le Brésil. Elle s'est engagée à limiter les dépenses courantes de la machine étatique, à simplifier le fonctionnement de l'administration publique et améliorer la qualité des services publics. Sans surprise, elle a proposé un compromis pour la stabilité économique et la préservation des conquêtes sociales. Insistant sur le projet d'exploitation des richesses naturelles (pétrole PréSal), elle a promu un développement sur le long terme, respectueux de la protection de l'environnement.

Enfin, Dilma Rousseff a tour à tour remercié les Brésiliens, le PT et ses partis alliés, ses équipes de campagne, ainsi que la presse nationale (sans rancune...) et internationale. Chargées d'émotion, les dernières minutes de son discours furent un hommage appuyé à Lula, qu'elle a remercié « tout spécialement et avec émotion ». Elle a laissé comprendre que Lula continuerait à jouer un rôle important après la passation de pouvoir : « Je frapperai dès que cela sera nécessaire à sa porte et je sais qu'elle sera ouverte ».

Dilma Rousseff était entourée des dirigeants du PT et de plusieurs figures historiques du parti (dont l'ancien ministre de l'Economie, Antonio Palocci). Le vice-président Michel Temer (PMDB) et l'ancien président José Sarney (PMDB) s'affichaient aussi sur l'estrade, à ses côtés. En novembre et décembre, le PMDB sera un acteur clé des négociations pour la composition du gouvernement. Premier parti du Sénat (25% des sièges) et deuxième parti de la Chambre des Députés (15% des sièges), le PMDB confirme sa position d'allié principal du PT et pèsera fort sur les orientations du gouvernement. Les tractations s'annoncent rudes pour satisfaire son appétit grandissant pour les postes exécutifs... Il faudra aussi répondre aux demandes des huit autres partis qui composent la base alliée au Congrès.

Sur le papier - et pour l'heure - cette base alliée réunit 60% des députés fédéraux (311 sur 513) et 63% des sénateurs (51 sur 81). A la différence de Lula, Dilma Rousseff semble donc pouvoir s'appuyer sur une courte majorité qualifiée (trois cinquièmes des sièges), ce qui augmente son potentiel de réforme. Cependant, il s'agit d'alliances fragiles et sans réelle cohérence idéologique. Et le PT ne contrôle à lui seul que 17% des sièges au Congrès (89 à la Chambre fédérale et 14 au Sénat). En pratique, Dilma Rousseff devra donc faire preuve, comme son prédécesseur, d'un haut potentiel de négociation - et de nombreuses concessions - si elle souhaite faire adopter par le Congrès des réformes de fond.

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