Nuon Chea

Date: 
10 Septembre, 2012
Auteur: 
OEMV

De son vrai nom Long Bunruot, il fut, à partir de 1960, le n° 2 du PCK, gardant son rôle d’adjoint de Pol Pot après la dissolution formelle du Parti au début des années 1980. Surnommé « Grand-oncle Nuon » ou «Frère n° 2 », il fut le membre le plus impénétrable d’un leadership connu pour son culte du secret. Il est parfois décrit comme l’idéologue du Parti, ou « le mauvais génie » du mouvement, entre autres pour ses responsabilités dans les affaires de sécurité et l’appareil répressif. Il était tout simplement le complice sans scrupules des décisions de Pol Pot (Kiernan, 1996: 56-58).

Long Bunruot naît en 1925 (ou 1926, voire 1923 selon les sources), dans un village près de Battambang (deuxième ville du Cambodge). Comme Pol Pot, il vient d’une famille de paysans aisés. Contrairement à celui-ci, il n’étudie pas à Paris mais en Thaïlande, laquelle occupe à l’époque des provinces cambodgiennes revendiquées comme thaïes, avec l’accord des Japonais. Il fait donc son lycée à Bangkok avant d’étudier le droit à l’Université Thammasat. Il y devient membre du Parti Communiste Thaïlandais. A la fin des années 1940, il prend le maquis dans la région de Battambang aux côtés de la guérilla antifrançaise, puis passe au Vietnam en rejoignant le Parti Communiste Indochinois. Il étudie alors le marxisme-léninisme à l’Ecole du Parti pendant un an. En 1954, il retourne au Cambodge en tant que chef du Comité du PRPK à Phnom Penh. Familier de la clandestinité, il travaille à Phnom Penh sous l’identité d’un voyageur de commerce d’une firme sino-khmère d’import-export, et ce jusqu’au coup d’Etat de Lon Nol en 1970 (Chandler, 1993: 94-95 ; Short, 2007). Représentant du petit nombre de leaders du PCK ayant étudié en Thaïlande, il reste indépendant des deux principales factions du PCK, les étudiants de retour de Paris (menés par Pol Pot), et les anciens combattants Issarak, représentés par Mok et So Phim, qui ont obtenus leurs galons contre les Français. Il jouit par ailleurs de la confiance des Vietnamiens pour y avoir été en partie formé : en 1976, Le Duan, Premier Secrétaire du PTV, en parle comme « notre homme » (Short, 2007: 467), sans se douter que Nuon Chea est avec Khieu Samphan l’un des deux seuls leaders du PCK à qui Pol Pot semble avoir fait une totale confiance. Il soutient sans réserve tous les choix de Pol Pot. Pendant le KD, Nuon Chea cumule les postes de Président de l’Assemblée des Représentants du Peuple du Kampuchéa, Premier Ministre par intérim (septembre 1976-janvier 1977) et Secrétaire de la Zone Est après le suicide de So Phim. Il orchestre plusieurs purges et politiques d’éradication. Douch, ancien directeur de S-21 prenait ses ordres directement de lui (Heder and Tittemore, 2004: 59-75). Après la mort de Pol Pot, il se rend au gouvernement de Hu Sen avec Khieu Samphan. Arrêté en septembre 2007 à Pailin, il est amené à Phnom Penh pour y être jugé par un tribunal international.

Citer cet article

OEMV , Nuon Chea , Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 10 Septembre, 2012, accéder le 05/12/2019, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/nuon-chea-0, ISSN 1961-9898