Ieng Sary

Date: 
10 Septembre, 2012
Auteur: 
OEMV

Né Kim Trang dans un village khmer du sud du Vietnam d’un père notable en 1924, Ieng Sary fut recueilli par un oncle prêcheur bouddhiste à 15 ans après la mort de son père. Elève du Lycée Sisowath, il part pour Paris en 1950 grâce à une bourse du Parti Démocrate. Il rejoint le PCF et dirige le groupe d’étude fondé par Pol Pot, le Cercle marxiste. Il affiche déjà la plupart des traits de caractère qui marqueront sa future carrière politique : ses camarades gardent le souvenir d’un étudiant retors, hypocrite, dogmatique et autoritaire (Short, 2007: 81, 93). Sary retourne au Cambodge en 1957, laissant le Cercle entre les mains de Khieu Samphan. Il enseigne l’histoire dans le lycée dirigé par Hou Yuon tout en adhérant au PRPK de Phnom Penh, menant des activités secrètes avec Pol Pot (Chandler, 1993: 94). En 1960, il devient membre tournant du Comité Permanent du jeune PCK, et membre permanent trois ans plus tard.

A partir de là, son destin se lie étroitement à celui de Pol Pot, désormais son beau-frère (leurs épouses Khieu Ponnary et Khieu Thirith étant sœurs). Il prend le maquis en 1963 et est formé pendant 3 ans par les communistes vietnamiens, avant l’accession des communistes cambodgiens à l’autonomie. Après 7 ans dans la jungle, où il devient Secrétaire du PCK pour le nord-est du Cambodge, il se rend à Pékin en 1971 comme agent de liaison du PCK auprès des Chinois (alors principaux soutiens des Khmers Rouges contre le régime de Lon Nol) et de Sihanouk, qui ne cacha pas sa haine à son encontre (Chandler, 1993: 94). Son objectif réel était la subversion et le contrôle du GRUNK et du FUNK en vue d’un conflit armé (Heder and Tittemore, 2004: 75-100). En août 1975, après la victoire des Khmers Rouges, Sary devient Premier ministre-adjoint chargé des Affaires Etrangères, gardant ce poste tout au long de l’existence du Kampuchéa Démocratique. Son ministère (B-1) possédait tout un réseau d’annexes, comme Boeung Trabek (B-32), où les cambodgiens de retour d’exil (ayant été appelés à « aider le PCK à reconstruire la Nation ») étaient envoyés. Des milliers « d’intellectuels » passèrent par ce camp, supposément pour y être entraînés et rééduqués par et pour le travail, mais la quasi-totalité d’entre eux fut envoyée à la prison S-21 pour y mourir. Le ministère de Ieng Sary servit aussi de lieu de transit pour les fonctionnaires provinciaux appelés à Phnom Penh pour être purgés, ce qui lui vaut d’être appelé « antichambre de la mort » par Laurence Picq (Picq, 1984).

Sary devait plus tard affirmer que les nombreux voyages imposés par sa fonction l’empêchaient d’avoir prise sur la politique intérieure. Mais de nombreuses preuves démontent ces allégations (Heder and Tittemore, 2004: 75-100). Après l’invasion vietnamienne de décembre 1978, il fuit en Thaïlande. En 1979, il est, comme Pol Pot, condamné à mort par contumace par la nouvelle République Populaire du Cambodge. Toujours porte-parole des Khmers Rouges, il maintient les liens avec la Chine et, à partir de 1982, organise l’approvisionnement des bases thaïlandaises des Khmers Rouges en armes chinoises. Mais la fin est proche : en plus de la haine de Sihanouk (maintenant chef de la résistance antivietnamienne) et de son identification aux crimes des Khmers Rouges, ses relations avec Pol Pot se tendent (Short, 2007). Au contraire de ses anciens collègues intransigeants, Sary défend la participation des Khmers Rouges au processus de paix sous l’égide de la mission APRONUC de l’ONU. Il continue à exercer des fonctions de second ordre jusqu’en 1996, date à laquelle il se rend à Hu Sen et obtient une amnistie royale au nom de la « réconciliation nationale ». Néanmoins, il reste à déterminer si l’amnistie concerne ses activités sous le Kampuchéa Démocratique ou après 1994, quand les Khmers Rouges sont mis hors-la-loi par le gouvernement. Après 10 ans de vie tranquille à Phnom Penh et dans son fief de Pailin à la frontière thaïlandaise, il est arrêté avec sa femme en novembre 2007. Ils sont en attente de leur procès devant le tribunal international pour le Cambodge.

Le journal de l’un de ses proches collaborateurs constitue une source très riche sur ses activités à l’époque du Kampuchéa Démocratique, incluant des résumés de ses discours et des documents (Le régime de Ieng Sary : Journal du Ministère des Affaires Etrangères des Khmers Rouges).

Citer cet article

OEMV , Ieng Sary , Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 10 Septembre, 2012, accéder le 05/12/2019, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/ieng-sary-0, ISSN 1961-9898