Hanaoka Monogatari: Le Massacre de travailleurs forcés chinois, été 1945

Date: 
29 Janvier, 2018
Auteur: 
Franziska Seraphim

Cet article a été initialement écrit pour le The Asia-Pacific Journal (http://www.japanfocus.org). Il est reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditeurs de « The Asia-Pacific Journal ».  http://www.japanfocus.org/-Franziska-Seraphim/4314/article.html

Hanaoka

Le massacre d’HANAOKA

Quand les forces d’occupation américaines libérèrent les camps de prisonniers de guerre alliés dans le nord du Japon au début de l’automne 1945, ils découvrirent des tas de cadavres non inhumés, des fosses communes et un camp de travail de Chinois de sexe masculin qui vivaient dans des conditions épouvantables.

Akita shown in red.Il s’agissait du dortoir de Chüsan, à proximité de la mine de cuivre de Hanaoka et du programme de détournement fluvial dirigé par la Kajima Corporation, une des plus grandes entreprises du bâtiment et de travaux publics du Japon. Kajima-gumi, comme on l’appelait alors, avait son siège à Tokyo et des succursales dans tout le Japon et en Mandchourie. Cette société avait construit le premier barrage hydroélectrique du Japon dans les années 1920 et resterait au premier rang des projets de construction novateurs au Japon et en Asie pendant tout le xxe siècle et encore au xxie siècle (Cf. Kajima history in English).

Dans les dernières années de guerre, Kajima participa à un système à l’échelle nationale de travail forcé avec une main-d’œuvre originaire de Chine et de Corée, prétendument pour compenser les pénuries de main-d’œuvre de Chine du  Nord et de Corée et maximiser la production industrielle et minière, mine de Hanaoka comprise. Mitsui, Mitsubishi, et la plupart des autres cartels industriels recouraient eux aussi à de la main-d’œuvre forcée. 

Map of 135 sites of forced labor in Japan, in Japanese, from the bookletShōgen chūgokujin kyōsei renkō accompanying the video of testimonies made by Nitchū yūkō kyōkai, 1995.

Entre août 1944 et juin 1945, on fit venir à Hanaoka 986 civils et prisonniers de guerre chinois de cinq provinces du nord de la  Chine en trois vagues, pour rejoindre les recrues coréennes, les prisonniers de guerre alliés  et les travailleurs chinois qui poussaient des chariots de minerai dans et hors de la mine, qui réparaient les routes, cimentaient, creusaient les lits des cours d’eau et labouraient la terre rocheuse.

Les conditions de travail s’aggravèrent pour tous quand le ravitaillement diminua vers la fin de la guerre. Mais les travailleurs chinois furent soumis sélectivement à un niveau constamment croissant de mauvais traitement physiques et psychologiques, et notamment à des passages à tabac sévères. Les rations alimentaires et les conditions de vie au Dortoir de Chūsan se détériorèrent pour atteindre des niveaux inférieurs à celui de la survie dans la dernière année de guerre, avec notamment le manque de nourriture, une absence d’hygiène, des coups systématiques et des assassinats purs et simples. 

Dogmeat Stew

Le 30 juin 1945, six semaines avant la fin de la guerre, les hommes du Dortoir de Chüsan organisèrent un soulèvement ; ils tuèrent quatre chefs d’équipe et un espion chinois et s’enfuirent dans les bois, où ils cherchèrent à se défendre avec des pierres. Au cours des quatre jours suivants, la police locale et militaire reprit les émeutiers avec l’aide d’habitants de l’endroit et les torturèrent sur la place de la ville d’Hanaoka.  Plus de 200 Chinois trouvèrent la mort dans ce qu’on a appelé l’Incident d’Hanaoka, et les décès se poursuivirent à un rythme élevé au cours des mois suivants. Entre août 1944 et octobre 1945, 418 Chinois moururent de malnutrition, de maladie, de mauvais traitements physiques et d’assassinat pur et simple.

Un premier rapport sur cet incident des autorités japonaises le  20 juillet 1945 intitulé « Sur l’émeute des ouvriers chinois de Kajima-gumi » établit que la charge de travail excessive, de graves pénuries alimentaires et l’absence de rémunération avaient été à l’origine de la révolte. Il établissait également que « [les travailleurs chinois] étaient traités comme des animaux et battus dès qu’ils s’arrêtaient de travailler pour faire une pause… » Malgré ce rapport, le traitement inhumain continua même après la capitulation japonaise et toucha même les morts, privés de sépulture correcte. Kajima-gumi ignora purement et simplement une directive du SCAP (commandant suprême des forces alliées) d’août 1945 qui stipulait la fin de tout travail forcé, le versement de salaires, la libération des prisonniers, le recouvrement des dépouilles et le rapatriement.

Plus tard au cours de l’automne, le responsable d’une enquête américaine sur le travail forcé à Hanaoka, William Stimpson, livra un rapport de trente pages sur les atrocités, en préparation d’une inculpation pour crimes de guerre. Cela conduisit à l’arrestation du président de Kajima et de trente cadres supérieurs, ainsi que de surveillants et de gardiens du camp et de policiers qui avaient travaillé à Hanaoka ou aux alentours dans la dernière année de la guerre. Les autorités d’occupation jugèrent manifestement les dirigeants de la société Kajima trop importants pour les efforts de reconstruction, pour qu’on continue à rechercher la responsabilité criminelle de la société dans cette affaire de travail forcé, et elles libérèrent  les cadres en 1946 après versement d’une amende à l’association des avocats. 

Les enquêtes criminelles se concentrèrent au contraire sur les auteurs de brutalités quotidiennes dans le camp. Une commission militaire américaine de la 8e Armée à Yokohama jugea six des huit surveillants, gardiens et policiers du camp mis en examen, coupables de crimes de guerre contre les travailleurs chinois de Hanaoka. Le 1er mars 1948, le tribunal condamna à mort deux gardiens et un commandant du camp, le directeur général de Hanoaka à la prison à perpétuité et deux policiers à vingt ans de travaux forcés chacun. Au cours de la décennie suivante, tous les jugements furent peu à peu commués par le U.S. Clemency and Parole Board dans le cadre de la clôture du programme de procès alliés pour crimes de guerre. Malgré des appels répétés à la clémence en leur faveur, les gardiens du camp de Hanaoka furent classés dans la catégorie des criminels « endurcis » et furent les derniers à être libérés de la prison de Sugamo entre 1956 et 1958. Le procès dévoila de nombreux détails atroces sur le véritable esclavage auquel on se livrait à Hanaoka et en particulier sur le massacre mais fut par ailleurs entaché de témoignages contradictoires, de dépositions sous la contrainte et de controverses sur la légitimité même du procès.

En présence des enquêtes alliés sur les crimes de guerre, le ministère japonais des Affaires étrangères engagea sa propre enquête sur l’ensemble des 135 sites de travail forcé en mars 1946. En plus des rapports d’enquête du ministère, chaque entreprise impliquée, dont Kajima, reçut l’ordre de livrer son propre rapport sur son site. Pendant ce temps, des administrateurs de l’État rédigèrent un « Rapport d’enquête sur les conditions de travail des travailleurs chinois » en cinq volumes, également connu sous le nom de « Rapport du ministère des Affaires étrangères ». Fondé sur des statistiques exhaustives provenant de différents ministères, il lirait des informations détaillées sur les 38 935 Chinois de sexe masculin conduits au Japon comme travailleurs forcés, sur leurs villes natales, sur leur obtention par l’Association du Travail de Chine du Nord, leur transport au Japon, leurs conditions de travails dans les mines, sur les quais, et dans les usines japonaises, les causes de leur mort, etc. Ce rapport possède une histoire fascinante en soi car les autorités japonaises réussirent à le dissimuler à l’enquête alliée sur les crimes de guerre dans les années 1940, il « disparut » dans les années 1950 pour ne réapparaître qu’en 1993 quand la NHK (l’organisme national de radio-télévision du Japon) engagea une enquête agressive en vue de réaliser un documentaire sur le travail forcé pendant la guerre.

En recueillant de vastes données sur le système de travail forcé, le rapport du ministère des Affaires étrangères cherchait à détourner l’attention des différentes entreprises impliquées et de prouver au contraire que le système de travail forcé dans son ensemble avait été un échec pour le Japon, car il n’avait ni soulagé la pénurie aiguë de main-d’œuvre ni apporté de soulagement financier aux entreprises. La partie la plus problématique peut-être de ce rapport était l’utilisation d’actes de décès falsifiés  fournis par les rapports des différentes entreprises, qui prétendaient que de nombreux travailleurs chinois avaient succombé à des maladies qu’ils avaient contractées avant leur arrivée au Japon, et non aux mauvais traitements et aux homicides sur place1.

La création de Hanaoka Monogatari

Aucun des rapports officiels d’enquête sur l’Incident d’Hanaoka ne fut présenté au public dans les premières années d’après-guerre, et ils disparurent tous des archives par la suite. Le procès pour crimes de guerre fut soumis à la censure alliée à l’époque et – hormis la proclamation du jugement – ne put pas être évoqué dans les médias publics. La seule information sur les atrocités d’Hanaoka relayée par les médias à l’époque était contenue dans des articles du mensuel de gauche Shakai hyōron en 1946 et dans le journal communiste Akahatain en 1947. Mais les habitants japonais de la région d’Akita étaient au courant. Ils se souvenaient. Et certains passèrent à l’action quand le moment fut politiquement venu.

Ce moment arriva en 1950, alors que l’occupation abordait sa cinquième année et que ses priorités avaient changé : alors qu’elle avait cherché dans un premier temps à assurer la démocratisation du Japon il s’agissait à présent d’établir une puissante alliance militaire  avec la direction conservatrice du Japon.  Le SCAP (the Supreme Commander of the Allied Powers) en était venu à considérer la République Populaire de Chine comme une grave menace contre la paix et la reconstruction du Japon et à soupçonner la minorité coréenne ainsi des activistes prochinois d’infiltration communiste. Ce changement de politique, qui s’amorça en 1947, fut finalement surnommé « le changement de cap » dans les médias japonais. Pour la gauche politique, ce changement de cas était centré ce qu’on a appelé la Purge Rouge de 1950, où plus de 20 000 enseignants, militants syndicaux et pacifistes présentés comme communistes ou sympathisants communistes perdirent leur emploi tandis que d’anciens militaristes purgés en vertu des directives d’occupation dans la première période de l’après- guerre étaient réhabilités et pour beaucoup reprirent des fonctions publiques. Le contexte critique aussi bien de la Purge Rouge que de l’essor d’un mouvement pacifiste était la Révolution communiste de la Chine, qui culmina avec la constitution de la République populaire de Chine en octobre 1949 et le déclenchement de la guerre sur la péninsule coréenne au cours du mois de juin suivant. En 1950 donc, en réaction aux évolutions politiques aussi bien internationales qu’intérieures, le mouvement syndical et le mouvement pacifiste japonais ainsi que le mouvement des amitiés sino-japonaises unirent leurs forces.

Le récit pictural Hanaoka Monogatari est le fruit d’un sentiment de crise accru au sein de la gauche, qui estimait représenter le peuple japonais (amoureux de la paix et résistant à l’État japonais qui se remilitarisait). Trois graveurs sur bois locaux de la région d’Akita entreprirent de créer ce qui fut, pendant des dizaines d’années, pratiquement la seule source publique d’information sur l’incident d’Hanaoka : un recueil de 56 gravures sur bois, chacune accompagnée d’un poème en dialecte   d’Akita, racontant l’histoire des travailleurs forcés chinois d’Hanaoka. Une grève de trois ois dans la compagnie d’équipement électrique Hitachi à la suite de 5 555 suppressions d’emplois fut déterminante dans la genèse de ce projet. Cette lutte coûta son poste au directeur de la coopérative d’art régionale d’Hitachi Maki Daisuke. Initerdit d’emploi en vertu de la Purge Rouge approuvée par les États-Unis, Maki consacra son temps à faire la chronique de la lutte d’ Hitachi struggle (Hitachi Monogatari), du mouvement de paysans (Jōhō Monogatari), et finalement de l’Incident d’Hanaoka (Hanaoka Monogatari) dans de longs récits picturaux2.

Bamboo Spears

Sous le slogan « N’oubliez jamais Hanaoka », Maki Daisuke collabora avec deux amis artistes Nii Hiroharu et Takidaira Jirō, et avec le poète Hara Tarō tout en trouvant refuge chez le représentant local à Akita de l’Association des amitiés sino-japonaises récemment fondée. C’est aussi cette association qui publia la première Hanaoka Monogatari sous forme d’ouvrage en mai 1951 et encouragea sa parution en 1956 en Chine où il devint un bestseller sous le titre « Le Désastre d’Hanaoka ». La disparition des blocs de bois gravés originaux vers cette époque gela pour longtemps toutes les éditions ultérieures, malgré la publication de la réimpression d’un exemplaire existant en 1971, quelques années après qu’un comité local de l’Association des amitiés sino-japonaises a érigé une stèle de cinq mètres de haut à côté du site de l’ancien Dortoir de Chūsan.

Hanaoka memorial. Courtesy of Nitchū yūkō kyōkai, HanaokaUn documentaire sur l’Incident d’ Hanaoka réalisé par la chaîne de télévision NHK d’Akita et inspiré de ce livre sortit en 1975, alors que l’opinion publique commençait à s’intéresser à cette affaire. On put réaliser une deuxième édition en 1982, les blocs de bois gravés originaux ayant été localisés grâce aux efforts du journaliste de radio et de presse Nozoe Kenji, qui avait fait des recherches à la fois sur l’événement historique et sur l’histoire d’ Hanaoka monogatari depuis l’époque où il avait été bûcheron dans la région d’Hanaoka dans les années 1950. Mumeisha Publishing a publié l’édition la plus récente dans le cadre du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre en 1995.

Hanaoka Monogatari ne faisait pas que rassembler des preuves sur le massacre du 30 juin. IL rendait hommage aux souffrances et à l’héroïsme des travailleurs chinois victimes des vicissitudes du capitalisme déchaîné sous le militarisme et l’impérialisme de la guerre. Les faits sur l’acquisition et le transport des travailleurs chinois au Japon, leur vie et leur travail à Hanaoka, l’organisation du soulèvement, le massacre et enfin les luttes d’après-guerre sur les questions de responsabilité sont amplement confirmés par les comptes-rendus des procès américains pour crimes de guerre ainsi que par des archives japonaises redécouvertes récemment. Le récit de l’histoire picturale et sa portée interprétative différaient cependant largement des rapports tant américains que japonais sur Hanaoka. Les enquêtes américaines se concentraient étroitement sur une poignée de criminels choisis dont les crimes pouvaient être confirmés de manière concluante par des moyens judiciaires dans un procès dont la légitimité même était contestée par ailleurs. Les rapports du gouvernement japonais enterraient plus ou moins les crimes précis au sein d’un système bureaucratique plus vaste d’importation et de contrôle de la main-d’œuvre étrangère qui avait mal tourné. 

Maki Daisuke et ses collègues, au contraire, ont raconté l’histoire du point de vue d’ouvriers japonais locaux obligés de devenir complices des crimes contre les travailleurs chinois. Maki et ses collègues tenaient beaucoup à rappeler que bien que les travailleurs chinois aient souffert aux côtés de pauvres fermiers japonais et d’autres membres de la population locale, d’enrôlés coréens, de prisonniers de guerre alliés et même de soldats étudiants, les traitements les plus inhumains avaient été réservés aux Chinois3.

Exploités littéralement à mort, privés de vêtements corrects, de nourriture et d’eau tout en étant frappés à coups de pelles, de gourdins et d’épées – tous ces mauvais traitements étaient décrits avec une franchise effrayante. Alors que la classe sociale unissait les ouvriers d’Hanaoka face au capitalisme placé au service des buts de guerre, les caractères ethniques les séparaient par la logique hiérarchique de l’impérialisme. De plus, la solidarité de classe fut trahie quand la police militaire enrôla des Japonais locaux pour s’emparer des émeutiers chinois. Hanaoka Monogatari était censé restaurer cette solidarité en célébrant le courage, la résilience et la foi dans la libération des travailleurs chinois (et coréens). Leur résistance constituait un exemple doux-amer, et représentait un appel à l’action invitant les travailleurs du Japon contemporain à se dresser contre un État qui, une fois de plus, ignorait le bien-être des travailleurs, s’alliait aux nouveaux impérialistes (l’Amérique) et refusait de reconnaître sa responsabilité à l’égard de la Chine4.

Maki Daisuke était semble-t-il aussi motivé par un sentiment d’allégeance personnelle à l’égard de son foyer (furusato) et par la responsabilité que cela impliquait. Ayant grandi dans des conditions difficiles, il avait passé une partie de ses années d’étudiant chez son oncle, à l’arrière du théâtre Kyōrakkan sur la place où les émeutiers chinois avaient été torturés pendant des jours après le soulèvement. En créant Hanaoka Monogatari, il rendait hommage aux victimes chinoises de cet incident, qui entachait une partie de ce qu’il appelait son foyer et, selon lui, dénonçait simultanément la conjoncture meurtrière – et persistante – de capitalisme, impérialisme et guerre.  Aussi est-il significatif que ces artistes locaux d’Akita aient choisi un moyen d’expression graphique qui en était venu à définir le mouvement de résistance antijaponais en Chine parmi les artistes de gauche des années 1930 et se poursuivit jusque dans les années 1940 sous la forme du mouvement chinois révolutionnaire de gravure sur bois. Les personnages humains représentés par des lignes rudes et audacieuses en noir et blanc débordaient de la rage des humiliés, des démunis et de leur appel à la libération. La plus célèbre peut-être de ces gravures sur bois fut « Hurle, Chine ! » (1935).

Cette forme d’art politique moderniste avait fait son apparition à Shanghai dans l’entourage de l’écrivain Lu Xun dans les années 1930, mais ses racines étaient internationales par essence. Une vague de théorie artistique moderniste et socialiste européenne mais aussi japonaise en traduction avait profondément influencé les artistes chinois dans les années 1920, et Lu Xun lui-même encouragea l’adoption de ces formes artistiques en exposant sa collection d’œuvres de l’artiste allemande Käthe Kollwitz et en illustrant ses romans d’images modernistes étrangères. Il fut aussi le principal responsable de l’acceptation dans la Chine de l’époque de la bande dessinée comme une forme d’art à part entière.

Il est impossible de reconstituer avec précision comment Maki Daisuke et ses collaborateurs décidèrent d’adopter ce style artistique, mais on peut supposer que des contacts personnels tant pendant qu’après la guerre n’y furent pas étrangers. Nous savons que les artistes et intellectuels de gauche critiques à l’égard de l’impérialisme japonais cultivèrent de nombreuses relations internationales, un mouvement qui avait pour centre la librairie de Uchiyama Kanzō à Shanghai également appelé Salon culturel sino-chinois. L’étage situé au-dessus de la librairie servit de refuge à Lu Xun dans les années qui précédèrent sa mort en 1936 ; qui plus est, Lu Xun invita le frère d’Uchiyama à y enseigner les styles japonais de gravures sur bois à des artistes chinois. Uchiyama Kanzō fut le premier président de l’Association des Amitiés Sino-Japonaises de 1950 à 1953, une époque où de nombreux Japonais entretenant de profonds liens culturels avec la Chine rejoignirent ce mouvement5.

Les planches les plus poignantes de Hanaoka Monogatari étaient indéniablement celles qui représentaient la brutalité extrême des contremaîtres japonais, laquelle avait débuté bien avant l’arrivée des Chinois à  Hanaoka. Dans les poèmes accompagnant les trois planches intitulés « Pourquoi y avait-il des Chinois à Hanaoka? » , les victimes elles-mêmes racontaient à leurs camarades de travail japonais leur enlèvement en Chine et les suffocations, passages à tabac et noyades auxquels des Japonais les soumirent pendant le voyage jusqu’au Japon.

Why were there Chinese at Hanaoka?

Par la suite, la voix narrative devenait celle des ouvriers japonais assistant aux coups de pieds et aux passages à tabac de leurs camarades de travail chinois du fait des gardiens du camp de Hanaoka. Sur toutes ces gravures, les Japonais bien nourris, presque surdimensionnés avec leurs épées, leurs lances et leurs visages bestiaux exprimaient une présence sombre, impitoyable, de contrôle total et hors de tout contrôle exercé sur les victimes. Exactement comme dans les gravures sur bois chinoises de résistance et de guerre, les quelques lignes blanches hardies sur le fond d’une noirceur écrasante de la gravure ne laissait aucune place à l’ambiguïté morale.

Des artistes japonais d’avant-garde comme Yamakawa Kikuchi et Tomiyama Taeko poursuivirent l’exploration des liens entre l’exploitation des travailleurs, et plus particulièrement des mineurs, pendant la guerre et après la guerre, dans des contextes changeants. Tomiyama commença sa carrière dans les années 1950 en peignant les univers des mineurs en noir et blanc. Au cours des décennies suivantes, elle élargit son sujet à la mémoire des victimes de différentes luttes violentes en Asie, recourant à la gravure sur bois et à la lithographie dans la tradition de Käthe Kollwitz, en plus de ses peintures à l’huile colorées6.

La politique de la mémoire dans les années 1950

Dans le contexte du début des années 1950, une mémoire de guerre responsable apparut dans le creuset de la résistance démocratique progressiste qui dressa des militants citoyens contre un État conservateur indifférent ou  obstructionniste. Les travailleurs manifestèrent contre ce qu’ils considéraient comme de gros capitalistes qui s’enrichissaient une fois de plus aux dépens de la main-d’œuvre. Un mouvement pacifiste protéiforme multiplia les protestations non seulement en réaction à la guerre de Corée, mais plus précisément contre la remilitarisation de l’État japonais en vertu du traité de sécurité États-Unis-Japon. Les habitants attachés à leurs racines asiatiques se mobilisèrent contre la décision du gouvernement de faire cause commune avec les États-Unis aux dépens de l’édification de relations harmonieuses avec les voisins du Japon, y voyant une perpétuation des inimitiés impérialistes. Une partie de cette énergie combinée de la gauche politique atteignit un sommet violent en mai 1951 lors de ce qu’on appelé « le 1er mai sanglant ».

Hanaoka Monogatari abordait avec passion la dérobade du gouvernement japonais face à ses responsabilités, alors que le versement de réparations était renégocié en vertu du traité de paix de San Francisco mettant fin à l’occupation américaine, tout en maintenant la présence militaire américaine et son parapluie nucléaire. D’anciens magnats du travail forcé reprirent alors une vie publique, presque tous les criminels de guerre condamnés virent leurs peines commuées tandis que les morts chinois restaient non inhumés et non reconnus par les gouvernements japonais ou chinois. Une gravure particulièrement puissante sur ce sujet représentait trois « patrons de Kajima » célébrant leur réhabilitation après la guerre tout en ignorant leur responsabilité dans les crimes commis.

Those who plan war

Si de nombreuses gravures rendaient la situation désespérée de Hanaoka de manière comparable à celle des gravures sur bois japonaises des années 1930, elles insistaient autant, sinon davantage, sur l’énergie positive de la solidarité et de la détermination des victimes à se battre pour leur libération. En ce sens, Hanaoka Monogatari ressemblait davantage aux gravures révolutionnaires chinoises postérieures à 1945, tant par leur thème que par leur style. 

Alors que le rapatriement de Japonais depuis la Chine diminuait pour ne plus se faire qu’au compte-gouttes après 1947, la communauté chinoise expatriée au Japon fit cause commune avec les Japonais Sinophiles et les Coréens Zainichi  préoccupés par l’hostilité croissante du SCAP et de leur gouvernement à l’égard des communistes continentaux. Un certain nombre d’organisations de citoyens favorables à la RPC vit le jour au Japon à cette époque, depuis l’Association des Chinois de l’étranger et l’Association du Peuple Chinois pour la Défense de la Démocratie jusqu’à des organisations universitaires et culturelles destinées à encourager l’étude de l’histoire et de la culture chinoises. L’Association des Amitiés sino-japonaises, fondée en octobre 1950, chapeautait ces différents groupes. 

Vers le même époque, l’Association des Chinois de l’étranger obtint un exemplaire du rapport du ministère des Affaires étrangères sur le travail forcé pendant la guerre, grâce à une fuite due à un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui n’obéissait qu’à sa conscience. Bien que l’association ne l’ait pas divulgué au public (jusqu’en 1993), elle exploita indéniablement les informations tirées de ce rapport pour exercer des pressions sur des entreprises comme Kajima ainsi que sur les autorités locales pour que les dépouilles des défunts soient rendues à la Chine et que l’on organise des cérémonies commémoratives. Le premier office de ce genre à la mémoire des victimes d’Hanaoka eut lieu dans le temple Honganji de Tokyo en novembre 1950 en présence de Chinois, de Coréens et de Japonais.

En mars 1953, une organisation globale dénommée le Comité pour la défense de la mémoire des prisonniers chinois martyrisés se constitua autour de l’Association des Amitiés sino-japonaises, de l’Association des  Chinois de l’étranger et de la Croix rouge japonaise pour demander au gouvernement de restituer les dépouilles des défunts et d’organiser des cérémonies de commémoration. En juillet de cette année-là, le gouvernement finança le retour en Chine des dépouilles de 551 victimes chinoises de travail forcé. Pendant les cérémonies bouddhistes qui se tinrent en octobre, les porte-parole de plusieurs organisations de citoyens favorables à la Chine présentèrent une déclaration commune de profonds regrets à la Chine au nom de tous les Japonais, s’engageant à œuvrer pour l’amitié durable entre les deux pays.

Le gouvernement chinois, quant à lui, renvoya au Japon les dépouilles de 2 472 Japonais tués en Chine, tout en faisant pression sur le gouvernement japonais pour qu’il donne des explications sur la question du travail forcé, explications sur lesquelles le ministère des Affaires étrangères faisait de l’obstruction. Les demandes chinoises de réparations de guerre eurent aussi peu d’effet. Néanmoins, dans une démarche remarquable, en 1956, la République Populaire libéra 1 017 criminels de guerre japonais détenus dans des prisons de Mandchourie après un bref procès, sur un total de 1 062.  Un certain nombre de ces soldats avaient antérieurement été prisonniers en Russie et avaient été extradés vers la Chine à la fin des années 1940.  Pendant presque dix ans, ils avaient subi un type de rééducation qui les mettait face à leurs crimes individuels, expliquait ces crimes en termes d’agression impérialiste japonaise et encourageait les prisonniers à écrire des aveux décrivant leurs crimes en détail7.

En libérant ces prisonniers, la RPC suivait l’exemple du gouvernement nationaliste de Taiwan (KMT), son plus grand rival, qui avait gracié tous les criminels de guerre condamnés par des tribunaux du KMT en 1952. Au cours du demi siècle suivant, par le biais de l’Association des rapatriés de Chine (Chūgoku kikansha renrakkai or Chūkiren), les criminels de guerre rapatriés reconnurent leurs rôles personnels dans les crimes de guerre commis et appelèrent à une expiation publique pour les crimes du Japon et à la réconciliation. Leur témoignage franc fit prendre conscience à l’opinion publique de l’agression japonaise pendant la guerre. L’insistance avec laquelle ils soulignèrent jusqu’à la fin de leur vie leur propre culpabilité et celle de leur pays serait récusée par les conservateurs qui la présenteraient comme le résultat d’un « lavage de cerveau » chinois. Il n’en demeure pas moins qu’ils jouèrent au fil des décennies un rôle capital en encourageant une mémoire de guerre critique au niveau citoyen dans tout le Japon. Chūkiren illustrait le modèle de citoyens prenant la tête de la gestion publique de la mémoire de guerre et de la responsabilité d’après-guerre à la place du gouvernement. Il ne fait pas de doute que l’approche des héritages de guerre de la RPC qui maniait la carotte et le bâton n’était pas moins politiquement motivée que la politique menée par le gouvernement japonais en refusant de faire face à des héritages de guerre comme le travail forcé. Ces deux attitudes servaient des objectifs politiques immédiats très éloignés d’un impératif moral exigeant la vérité à propos des atrocités passé ou en acceptant la responsabilité.

Adoptant une approche très différentes des criminels de guerre condamnés qui purgeaient des peines à la prison Sugamo de Tokyo, les fonctionnaires japonais chargés de faire bénéficier des prisonniers du système de liberté conditionnelle institué par les Américains déposèrent une requête au U.S. Clemency and Parole Board au nom des condamnés  du procès d’Hanaoka trial. Ils soulignèrent que – en raison de la politique d’amnistie chinoise – si ces hommes avaient été condamnés par un tribunal chinois et non américain, ils seraient déjà libres. Le langage de ces requêtes donnait à entendre en outre que non seulement les coupables avaient agi en accord avec des « pratiques courantes et habituelles » bien que malheureuses, certes, pendant la guerre mais qu’en outre, le gouvernement s’était emparé du travail d’expiation publique qui avait en réalité été effectué par des activistes citoyens (citation de la requête de clémence de NOPAR – National Offenders’ Prevention and Rehabilitation Commission - pour Fukuda Kingoro8)

Les criminels de guerre d’Hanakoa, rangés par les Américains dans la catégorie des « durs », bénéficièrent finalement d’une libération conditionnelle avant que l’ensemble du programme du procès pour crimes de guerre n’arrive à son terme après 1956.

Des documents récemment publiés révèlent qu’à la fin de la décennie 1950, au moment de la révision du Traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon, dans le contexte d’une importante agitation ouvrière, et alors que les réclamations de réparations chinoises pesaient de plus en plus, des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères intervinrent pour mettre un terme aux débats sur le travail forcé chinois en général. Le ministère affirma catégoriquement que tous les documents concernant cette affaire, dont le rapport du ministère des Affaires étrangères, avaient été irrémédiablement perdus. Le gouvernement se lava ainsi les mains de sa responsabilité dans la gestion de l’héritage de guerre, laissant ainsi le travail de la commémoration et de l’expiation entre les mains de groupes de citoyens. Ni la RPC ni le gouvernement de Taiwan n’insistèrent sur ce point après 1961, et en 1972, Zhou Enlai renonça au droit de la Chine à des réparations dans le communiqué commun sino-japonais qui prépara la voie à la normalisation des relations officielles entre les deux pays. Pendant ce temps, des groupes de citoyens japonais continuèrent à exhumer les morts, à organiser des cérémonies commémoratives, a rendre les cendres aux familles endeuillées en Chine et à construire des monuments commémoratifs9. Hanaoka Monogatari resta provisoirement le seul récit public sur les atrocités de guerre japonaise contre des travailleurs forcés chinois (et coréens) sur le sol japonais.

La lutte pour l’indemnisation dans les années 1990

Les tentatives officielles pour faire disparaître les informations relatives au massacre d’Hanaolka et à ses répercussions commencèrent à refluer à la fin des années 1980. Depuis cette période, des journalistes, des universitaires, des juristes et des activités japonais ont relaté les faits dans le discours public dans le cadre d’un appel à des excuses et à une indemnisation des victimes. William Underwood, ancien professeur à l’université de Kyushu et spécialiste des procès sur les indemnités de guerre a œuvré inlassablement pour attirer l’attention des lecteurs anglophones sur ces sujets depuis les années 1990. Les pages qui suivent s’inspirent beaucoup de son travail et de celui de ses collègues japonais et chinois.

Premièrement, un groupe de rescapés d’Hanaoka en Chine a déposé une demande d’indemnisation auprès de la Kajima Corporation et a collaboré avec des juristes japonais pour présenter leur affaire à des tribunaux japonais. Cette fois, l’élan poussant à inscrire les questions de responsabilité de guerre à l’ordre du jour du débat public vint de l’extérieur du Japon (bien que sans le soutien du gouvernement chinois) et fit appel aux réseaux de citoyens progressistes existants au Japon.

Deuxièmement, cela s’inscrivait dans le cadre d’un mouvement bien plus large, transnational et même global pour aborder des atrocités de guerre négligées jusque-là par des demandes largement médiatisées de révélation intégrale des faits historiques, d’excuses, d’indemnisation, de commémoration et d’éducation publique. L’urgence de cette démarche en faveur d’une restitution historique et d’une réconciliation tenait au moins en partie à la disparition imminente de la génération des survivants et des témoins, qui avaient tous un âge avancé.

Troisièmement, des organisations publiques et privées collaborèrent au début des années 1990 pour dénicher des documents gouvernementaux essentiels sur le traitement de la main-d’œuvre forcé pendant la guerre et juste après public, le plus important de ces documents étant le rapport du ministère des Affaires étrangères en 1946. Cette entreprise donna de nombreuses munitions aux procès engagés devant des tribunaux, attira une attention sans précédent du public sur le sujet et plaça la responsabilité du gouvernement sous le feux des projecteurs. L’affaire d’Hanaoka fut l’un des rares succès parmi les nombreux héritages de guerre abordés dans les tribunaux japonais depuis les années 1990, mais son processus judiciaire illustrait aussi une tendance courante parmi les mouvements de réparation10.

À la fin de 1989, des survivants d’Hanaoka et des familles de victimes en Chine s’organisèrent autour de la figure de Geng Zhun, ancien meneur du soulèvement d’Hanaoka. Ils prirent contact avec la Kajima Corporation par l’intermédiaire de deux avocats japonais spécialisés dans les droit de l’homme et de plusieurs universitaires du Japon intéressés par les questions de responsabilité de guerre. Le résultat fut une « déclaration commune » des survivants et de Kajima en juillet 1990, dans laquelle Kajima, qui avait d’importants intérêts en Chine et donc une puissante incitation à se blanchir, reconnut sa responsabilité historique, présenta ses excuses aux victimes et s’engagea à poursuivre les négociations.

L’affaire finit tout de même par être portée devant les tribunaux quand Kajima se déroba devant les demandes d’indemnité financière des survivants. Le 28 septembre 1995, un procès fut intenté, avec une demande de 60,5 millions de yen d’indemnité. D’abord rejeté par le tribunal de district de Tokyo en raison du délai de prescription des affaires de travail forcé, cette plainte obtint une décision favorable à la Haute Cour de Tokyo qui négocia un accord de compromis en novembre 2000 en vertu duquel les survivants et leurs proches devaient se partager 500 millions de yen . Bien que Kajima n’ait pas reconnu sa responsabilité juridique et son obligation légale de réparer ses torts, la société accepta de créer la Fondation Hanoaka de la Paix de la Bonne Volonté, un fonds qui servit à organiser des cérémonies commémoratives et des versements  aux survivants et aux familles des défunts. La Fondation était gérée du côté des bénéficiaires par la Croix rouge chinoise. Les deux parties tombèrent d’accord sur création d’un site commémoratif, le Hanaoka heiwa kinenkan, inauguré en avril 201011.

Parmi de nombreux cas d’indemnisation japonaise pour travail forcé, Hanaoka reste peut-être le mieux documenté et le mieux géré. Des efforts locaux précoces pour conserver sa mémoire en vie ont contribué à ce résultat. Hanaoka Monogatari  dans son contexte historique et contemporain n’impressionne pas seulement par sa franchise brutale, que les sources historiques confirment amplement, mais aussi par la perception aiguë de ses auteurs des processus et des significations plus vastes de la responsabilité de guerre et d’après-guerre qui prenaient alors forme. Hanaoka Monogatari a été le produit de son temps, et son promoteur, l’Association des Amitiés sino-japonaises, a défini le contexte contemporain de l’épilogue du livre en le présentant comme une collaboration sans précédent entre mouvements syndicaux, pacifistes et sinophiles résistant activement à un gouvernement qui semblait décidé à réactiver ses tendances militaristes anti-asiatiques.

Dans cet esprit, la première édition de 1951 ne mentionnait pas les noms des artistes qui avaient créé les gravures et les poèmes. On soupçonne que ce fait n’est peut-être pas étranger à la disparition des blocs de bois originaux au milieu des années 1950, très probablement cachés par Maki Aisuke. Hanaoka devint la première opération d’activisme politique du mouvement des amitiés sino-japonaises. Hanaoka Monogatari jette un pont entre la nécessité de retracer ce qui s’était passé pour pouvoir revendiquer une indemnisation pour les victimes et un acte d’indignation morale, d’un témoignage éthique et un deuil formulé selon l’art d’avant-garde de l’époque. De fait, le lecteur peut fort bien s’attarder sur une gravure ou un poème de ce livre et ressentir sa puissance en soi, indépendamment de la politique du passé dont Hanaoka Monogatari a constitué une partie si importante. 

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Franziska Seraphim est professeur associé d’histoire du Japon au Boston College et l’auteur de War Memory and Social Politics in Japan, 1945-2005 (Harvard University Asia Center Press, 2006) Elle tient à remercier John Dower d’avoir pris l’initiative d’attirer l’attention du public sur cette œuvre ainsi que de son aide inestimable pour comprendre la gravure sur bois de l’époque. Elle remercie aussi Richard Minear qui en a assuré la traduction et Mark Selden qui a assuré la première publication de ce projet sur Asia-Pacific Journal.

Richard H. Minear est professeur émérite d’histoire du Japon à l’University of Massachusetts Amherst et éditeur/traducteur of Hiroshima: Three Witnesses (Princeton, 1994), Japan’s Past Japan’s Future: One Historian’s Odyssey (Rowman & Littlefield, 2011), The Day the Sun Rose in the West: Bikini, the Lucky Dragon, and I (Hawaii, 2011), et d’autres ouvrages. Il tient à remercier Franziska Seraphim de lui avoir fait découvrir Hanaoka Monogatari, Chisato Kitagawa pour une explication du texte ligne par ligne et Fujita Shōzō d’Hitachi pour ses réponses à des questions particulières.

  • 1. Cf. articles de William Underwood, et notamment : " NHK' Finest Hour " (août 2006) ; " Names, bones and Unpaid Wages (1) : Reparations for Korean Forced Labor in Japon " (septembre 2006) et " Proof of POW Forced Labor for Japan's Foreign Minister The Aso Mines " (mai 2007).
  • 2. En plus de Hanaoka Monogatari, Richard Minear a préparé des traductions de Hitachi Monogatari et de Jôhô Monogarari.
  • 3. Selon Nozoe Kenji, la mine de Hanaoka avait fait travailler au fil des ans environ 300-400 prisonniers de guerre alliés (1944-1945), 800 prisonniers de guerre chinois (1944-1945), 300 travailleurs chinois enrôlés (1944-1945), 4 500 Coréens (1944-1945), 600-800 réservistes et volontaires (1944-1945), 300 soldats étudiants japonais et 1500 ouvriers japonais sous contrat.
  • 4. " Les capitalistes et les bureaucrates réactionnaires de ce pays collaborent pour licencier impitoyablement des travailleurs admirables qui cherchent à reconstruire un Japon démocratique et pacifique. Le nombre d'incidents violents visant à réprimer la résistance des travailleurs dans le sang augmente de jour en jour. Si l'on ne remédie pas à cette situation, on assistera, comme ils le veulent, à une Troisième Guerre mondiale, et les fascistes vont à nouveau nous transformer en esclaves. " Cité dans Mari Yamamoto, Grassroots Pacifism in Postwar Japan : The Rebirth of a Nation, Routledge, 2004, p. 38.
  • 5. Cf. Seraphim, " People's Diplomacy ".
  • 6. Cf. " Imagination Without Borders " ; Tomiyama's " Prayer in Memory of Kwangiu " ; et Tanaka Nobuko, " Brushing with Authority : the Life and Art of Tomiyama Taeko. "
  • 7. Voir Takahashi Testurô, Kaneko Kôtarô, Inokuma Tokurô, " Fighting for Peace After War : Japanese War Veterans recall the war and their peace activism after repatriation ", (trad. Linda Hoagland).
  • 8. " Quant aux nombreuses vies chinoises perdues dans la misère dans la mine d'Hanaoka, ce drame a été assumé par la nation japonaise comme un impair commis pendant la guerre par la nation dans son ensemble, et de ce point de vue, de grands offices commémoratifs ont été organisés à la mine ainsi qu'à Tokyo par le gouvernement et par le peuple du Japon, et le gouvernement a manifesté ses regrets sincères en organisant le rapatriement en toute sécurité des cendres des défunts. On espère très vivement que certaines mesures de compassion vont à présent être prises au sujet des détenus qui avaient malheureusement pris part à cette désastreuse affaire ". (extrait de la demande de clémence au NOPAR, cité dans un résumé de l'Application for Clemency for Fukudra, Kingoro ", par le U.S. Clemency and Parole Board, 1952, RG 153, Clemency & Parole Board Files, Box 884, n° 331, US National Archives).
  • 9. Cf. photo d'un des nombreux monuments des Amitiés sino-japonaises.
  • 10. Pour une introduction narrative du procès en anglais par l'un des principaux avocats impliqués dans l'affaire d'Hanaoka, voir ici.
  • 11. Cf. ici. Parallèlement à cette longue procédure judiciaire, la Société de réflexion sur le travail forcé chinois publia huit volumes de documents sur l'histoire de l'affaire de la mine d'Hanaoka pendant et après la guerre de 1990 à 2001, dont un volume spécial sur la réconciliation, suivi en 2006 par les archives du procès américain sur les crimes de guerre B/C concernant Hanaoka. La Société administre un site web utile qui comprend des documents japonais et leurs traductions en anglais et en chinois.

Citer cet article

Franziska Seraphim, Hanaoka Monogatari: Le Massacre de travailleurs forcés chinois, été 1945, Violence de masse et Résistance - Réseau de recherche, [en ligne], publié le : 29 Janvier, 2018, accéder le 22/02/2018, https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr/document/hanaoka-monogatari-le-massacre-de-travailleurs-forces-chinois-ete-1945, ISSN 1961-9898