“Si ce Mooc peut ouvrir l’esprit à ceux qui érigent des murs, nous aurons réussi notre pari”

Après le succès du Mooc Espace Mondial et ses 25 000 inscrits, Bertrand Badie présente son nouveau cours en ligne intitulé "Afrique et mondialisation, regards croisés", qui démarre sur la plateforme Coursera lundi 12 février 2018. Accessible à tous et réalisé par une équipe de neuf enseignants africains, latino-américains et européens, ce nouveau Mooc propose une vision inédite du continent et de son avenir. Et invite à repenser la gouvernance globale. Entretien. 

À qui s'adresse ce Mooc "Afrique et mondialisation, regards croisés" ?

Bertrand Badie : Grâce au miracle du Mooc, le public est par définition universel. Avec Espace Mondial, j’ai fait l’expérience de cette incroyable diversité des profils ! Quand on enseigne dans un amphithéâtre à Sciences Po, on s’adresse à un public homogène. Là, c’est tout l’inverse : il faut savoir s’adresser aux retraités, aux jeunes étudiants, aux habitants du 7ème arrondissement comme à ceux de Ouagadougou, aux bac + 10 comme aux autodidactes. Contrairement à l’université, ce n’est pas nous qui choisissons les étudiants, mais eux qui choisissent le cours ! Celui-ci s’adresse à tous ceux qui vont avoir envie de participer, en Afrique ou hors d’Afrique, à une nouvelle perspective sur ce continent considéré dans la mondialisation.

Votre Mooc "Espace mondial" a rassemblé plus de 25 000 inscrits. Qu'est-ce qui vous a amené à lancer ce nouveau cours ?

Bertrand Badie : Il y a deux raisons fondamentales, qui résument une part importante de mon militantisme scientifique. La première, c’est de rappeler qu’à la fin de ce siècle, l’Afrique représentera 40% de l’humanité. Il est donc exclu de continuer à tenir ce continent en périphérie, comme on le fait depuis le début du processus de décolonisation. La deuxième raison, c’est l’ambition d’offrir non pas un énième discours sur l’Afrique, mais bien un cours sur la présence de l’Afrique dans la mondialisation, et le rôle central qu’elle est appelée à y jouer, de gré ou de force. Et de le faire avec une équipe d’enseignants en grande partie africains.

Ce cours est présenté par une équipe de neuf enseignants africains, latino-américains et européens. Pourquoi et comment avez-vous constitué cette équipe ?

Bertrand Badie : C’est totalement inédit. Nous avions trois objectifs en tête en composant cette équipe. Nous voulions tout d’abord solliciter des enseignants venus d’Afrique qui témoignent de la diversité historique, culturelle et politique de celle-ci. C’est chose faite avec la présence d’un professeur anglophone venu de Khartoum (Soudan), d’un francophone issu du Sénégal, d’une autre enseignant en Afrique du Sud et d’une quatrième, béninoise, même si vivant en Europe. Nous voulions aussi inclure les partenariats qui comptent, ce qui explique la présence d’un professeur brésilien, en référence aux liens historiques anciens entre le Brésil et l’Afrique. C’est essentiel, car l’entrée de l’Afrique dans la mondialisation relève d’une histoire complexe, et pas uniquement d’une logique Nord-Sud et postcoloniale. Enfin, ce Mooc a été fabriqué à Sciences Po, ce qui explique la présence, dans cette équipe, de Français qui viennent éclairer la manière dont l’Afrique intervient dans leur projet intellectuel et scientifique.

"L'Afrique” est souvent présentée dans une logique binaire, soit du côté des "perdants", soit du côté des “grandes promesses” de la mondialisation. En quoi ce cours propose une vision inédite du continent et de son avenir ?

Bertrand Badie : Il s’agit d’un débat stérile, et le cours va le montrer. La vérité sera probablement intermédiaire. Il faut partir des évidences : l’Afrique est aujourd’hui l’espace le plus exploité et le plus dominé dans les processus de mondialisation, et elle est un des espaces hélas privilégiés de la souffrance mondiale. Mais ce cours est aussi là pour éclairer les perspectives positives qui peuvent transformer le continent. Nous voulons montrer que l’Afrique s’accomplira dans la mondialisation si elle prend enfin toute sa place dans la gouvernance mondiale. Il n’y a pas de fatalité : je suis convaincu qu’on peut promouvoir une nouvelle politique et un nouvel équilibre, à condition qu’on en ait, ici et là, la volonté politique.

Un cours sur Internet peut-il contribuer à ce changement ?

Bertrand Badie : Bien sûr, je l’espère en tout cas ! Disons-le, nous avons un système international ossifié, qui dénie aux Africains une dignité et des droits égaux à ceux du vieux monde. La solidarité internationale ne fonctionne pas là où elle devrait bousculer cette oligarchie des puissances. Pour autant, il y a une jeune génération africaine qui est toute prête à porter un nouvel idéal, et fort heureusement, de nombreux acteurs au Nord pensent aussi qu’il faut repenser en ce sens une gouvernance globale qui ne peut être abandonnée ni au G7, ni au P5 (ndlr : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU), ni au clientélisme d’antan. Même les plus sceptiques commencent à accepter l’idée qu’ignorer l’Afrique peut être coûteux au final. C’est une révolution culturelle que nous devons mener. Le monde est dominé par l’ethno-nationalisme et le repli sur soi. Si ce Mooc peut ouvrir l’esprit à ceux qui construisent des murs, alors nous aurons réussi notre pari...

En savoir plus sur le Mooc “Afrique et mondialisation, regards croisés”

  • Cours en français (sous-titré en anglais) sur la plateforme Coursera, à partir du 12 février 2018 : inscriptions & renseignements.
  • 31 vidéos sur 11 semaines.
  • Enseignants : Bertrand Badie et Marie-Françoise Durand (Sciences Po), avec Delphine Allès (Université Paris-Est Créteil), Atta El Battahani  (Université de Khartoum, Soudan), Carlos Milani (Université d’Etat de Rio de Janeiro, Brésil), Gaïdz Minassian (Sciences Po), Papa Samba  Ndiaye (Université Gaston Berger, Saint-Louis du Sénégal), Karen Smith (Université de Cape Town, Afrique du Sud), Folashadé Soule-Kohndou (Sciences Po) et l’Atelier de cartographie de Sciences Po.

Tous les Moocs de Sciences Po

Abonnez-vous à notre newsletter !

Ça s'est passé en 68 à Sciences Po

Ça s'est passé en 68 à Sciences Po

Tout au long des mois de mai et juin, Sciences Po dévoile des documents inédits sur les événements de mai 68 dans ses murs. Photos, témoignages vidéos, documents d’archives… L’ambition est de "donner à lire mai 68 par quelques-unes de ses archives, de ces “traces écrites”"*. – de revenir aux sources, de redonner la parole aux acteurs, de saisir l’événement sur le vif et dans sa contemporanéité. La mise à disposition de ces témoignages donne ainsi à voir la rhétorique et le style, les mots, les sigles et les slogans, le graphisme et la typographie de la parole de 68 autant que son contenu, permet d’en restituer la fraîcheur et le sérieux, la familiarité et l’étrangeté, les clichés et l’inédit, voire la "beauté".

Lire la suite
Sciences Po, université la plus internationale de France

Sciences Po, université la plus internationale de France

Sciences Po à la 17e place mondiale et à la première place en France pour sa part d’étudiants internationaux, c’est le résultat du classement “International Student Table” 2018 de Times Higher Education qui vient distinguer les 200 universités les plus internationales dans le monde.

Lire la suite
Grandir dans un bidonville

Grandir dans un bidonville

Que deviennent les enfants qui ont grandi dans l’un des bidonvilles français d’après-guerre ? Sociologue de terrain, Margot Delon a consacré sa thèse à cette question en retraçant les trajectoires d’enfants de bidonvilles et de cités de transit à Nanterre et à Champigny-sur-Marne. Croisant entretiens et observations ethnographiques avec l’analyse de bases statistiques, de fonds d’archives et de blogs sur la mémoire de ces vécus, sa thèse a été couronnée par le Prix de la recherche Caritas - Institut de France.

Lire la suite
Réussissez le Bac avec Sciences Po !

Réussissez le Bac avec Sciences Po !

Vous révisez le Bac ? Sciences Po vous accompagne dans la dernière ligne droite avec “Sciences Po passe le Bac”. Des tutoriels en vidéo dans lesquels les profs de Sciences Po planchent sur un sujet et donnent leurs conseils pour le traiter. Quel plan ? Quelles notions-clés ? Que faire des documents ? Quel piège à éviter ? De quoi se préparer à l’épreuve avec méthode, précision, et clarté.

Lire la suite
Junior Consulting, l’asso qui fait carrière

Junior Consulting, l’asso qui fait carrière

Fondée en 1980, l’association Junior Consulting de Sciences Po est une des premières junior entreprises créées en France. Véritable cabinet de conseil étudiant, Junior Consulting propose aux étudiants des missions dans les conditions du réel. Ou comment acquérir de l’expérience tout en arrondissant ses fins de mois. Rencontre avec les étudiants-consultats de l’association.

Lire la suite

"J'aimerais retourner en Afghanistan et travailler dans l'éducation"

Depuis le lancement de “Welcome Refugees” en 2016, 80 étudiants réfugiés et demandeurs d’asile ont été accompagnés par Sciences Po. Ce programme permet à des étudiants réfugiés de trouver leur voie, que ce soit au sein d’une formation à Sciences Po ou d’autres établissements. Mohammad Ewaz, en première année au campus du Havre, est passé par ce dispositif avant de rejoindre le Collège universitaire. Interview vidéo.

Lire la suite

"La violence concerne une frange minime de la jeunesse"

Assiste-t-on à une radicalisation religieuse, politique et culturelle des lycéens français ? Quels segments de la jeunesse sont les plus concernés ? Directrice de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Anne Muxel a dirigé avec Olivier Galland une équipe de chercheurs qui a travaillé pendant deux ans sur la radicalité religieuse, politique et culturelle. Elle livre les fruits d’une enquête menée auprès de 7000 lycéens français.

Lire la suite
Ce que les riches pensent des pauvres

Ce que les riches pensent des pauvres

Comment les classes supérieures vivant dans les beaux quartiers se représentent-elles les pauvres et les classes populaires ? Comment expliquent-elles les différences entre elles et les plus démunis ? Y voient-elles un danger, un problème social ou une injustice à réparer ? Pour répondre à ces questions, quatre sociologues, au nombre desquels Bruno Cousin, Assistant Professor au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po (CEE), ont réalisé une enquête de terrain comparant des environnements a priori différents :  Paris, São Paulo et Delhi. Ils ont exposé leurs résultats dans un ouvrage : Ce que les riches pensent des pauvres (éd. Seuil). Entretien avec Bruno Cousin.

Lire la suite
“Un diplomate doit avoir une éthique”

“Un diplomate doit avoir une éthique”

Après une longue carrière dans la politique et les organisations internationales, Miguel Ángel Moratinos dispense désormais aux étudiants de Sciences Po un cours sur l’art de la diplomatie. Un cours très pratique, ancré sur son expérience de terrain. Quelles sont les qualités d’un bon diplomate ? Être patient, savoir communiquer, être optimiste… et, surtout, avoir une éthique. Être convaincu que la paix l’emportera toujours, c’est le message de ce “Prof.”.

Lire la suite