"Commander et enseigner, c'est toujours transmettre"

Marie-Noëlle QUIOT, contrôleuse générale des armées
  • Marie-Noëlle Quiot ©C. Bouillet / Sciences PoMarie-Noëlle Quiot ©C. Bouillet / Sciences Po

Marie-Noëlle Quiot, contrôleuse générale des armées, dispense l’enseignement « Outils et politique de défense »à l’École d’Affaires Publiques. Elle explique les liens entre son rôle d’officier et d’enseignante.

Dans quel contexte avez-vous choisi une carrière militaire ?

Certainement pas par tradition familiale, car je suis issue d’un milieu plutôt antimilitariste ! J’ai commencé mes études supérieures par une classe préparatoire aux écoles de commerce mais je ne m’y suis pas sentie à ma place. Je souhaitais intégrer une grande école, car j’avais besoin d’une structure cadrée, qui allie une formation académique de haut niveau à une formation physique et humaine. Je commençais à m’engager politiquement, et je crois qu’au fond, sans le savoir, j’avais envie de servir. J’ai passé le concours de Saint-Cyr, en me disant que je pourrais toujours me réorienter si la carrière ne me convenait pas.

Et vous avez poursuivi pour être maintenant Contrôleuse générale des armées

Après Saint-Cyr, j’ai commandé une section et une compagnie dans le domaine de la maintenance puis j’ai rejoint l’encadrement de l’École Polytechnique, pour participer à la formation humaine et militaire des élèves. Après une formation d’officier d’état-major puis un master audit à HEC dans le cadre de l’enseignement militaire supérieur, j’ai finalement décidé de viser le Contrôle général des Armées, qui est l’équivalent de l’Inspection Générale des Finances pour le ministère des armées. L’oral du concours s’est déroulé dans le salon jaune de l’hôtel de l’Artillerie, dans la salle même où a été présenté le nouveau projet de campus de Sciences Po.

Comment en êtes-vous venue à enseigner ?

L’enseignement fait tout naturellement partie de la mission de l’officier. À Saint-Cyr déjà, nous étions formés à « l’exercice de l’autorité », en réalité à la pédagogie au sens très large. Au cours de ma carrière, j’ai dispensé des enseignements de tactique militaire auprès des officiers de réserve. Mon but était, entre autres, de leur montrer que la méthodologie rigoureuse utilisée dans ce contexte par l’armée de terre (analyse de la situation, de la mission et de son exécution) pouvait leur être utile dans l’exercice des métiers civils très variés qu’ils exercent. J’assure, actuellement, un enseignement à l’IPAG (Paris 1) sur les questions de politiques publiques. En 2012, Laurent Teisseire, un collègue au ministère de la Défense aujourd’hui disparu, m’a proposé de former un binôme pour son cours « Outils et politique de défense » à Sciences Po. J’ai accepté et le dispense désormais seule.

Votre cours

Même après plusieurs années d’enseignement, je passe toujours beaucoup de temps à la préparation de mon cours et l’aborde non sans stress. Au début de chaque séance, je fais un point sur des questions d’actualité : engagements des forces françaises, marché de l’armement, Europe de la défense, … Les étudiants de Sciences Po sont très stimulants. Je leur demande, en guise de présentation orale, d’organiser des débats. Et ma séance préférée est celle qui porte sur le nucléaire : argumentations et contradiction garanties, la discussion est animée !

Comment voyez-vous votre rôle d’officier et d’enseignante ?

Commander, c’est transmettre, en alliant la théorie et la pratique. L’enseignant comme l’officier ont aussi pour rôle de discerner le potentiel de chacune des personnes qui lui sont confiées et de l’aider à trouver sa voie.

Il y a quelques années, une de mes étudiantes de Sciences Po m’a demandé des conseils car elle envisageait la carrière militaire. Je l’ai aidée à s’y préparer et à surmonter des difficultés importantes rencontrées lors de son semestre en partenariat avec Saint-Cyr. Et quelle joie pour moi de lui remettre son casoar ! Je suis aussi restée en contact avec un autre de mes étudiants, normalien qui, à l’occasion de mon cours, s’est découvert une passion pour les questions de défense. Il en a fait le sujet de sa thèse qui est financée par le ministère des armées. Autant que possible, je m’efforce de servir d’intermédiaire entre les projets des étudiants et les opportunités souvent mal connues que proposent les différents services du ministère.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans votre métier en tant que femme ?

Lorsque j’étais à Saint-Cyr, il arrivait qu’au réfectoire, des garçons attablés me voyant arriver avec mon plateau, préfèrent changer de table plutôt que de la partager avec moi. Ce fut une période difficile mais je n’ai pas retrouvé de tels comportements lors de ma carrière et mes camarades de promotion, avec le temps, ont changé d’attitude. Au cours des 26 dernières années passées au sein de l’institution, j’ai connu quelques situations compliquées par le fait que je sois une femme mais je dois dire que je n’ai pas rencontré de difficultés majeures et que j’ai le sentiment d’avoir pu vivre des expériences uniques. C’est d’ailleurs un des messages que j’essaie de faire passer aux étudiantes : « ne vous mettez pas de barrières, choisissez-vous un mentor et ne vous interdisez rien ! ».

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