Félix de Givry, créativement vôtre

Archives École de la communication

Felix de GivryPas encore diplômé de Sciences Po mais déjà grand, je vous invite à compter Félix de Givry parmi les profils d’exception que notre maison a vu naître. Co-fondateur du collectif Pain Surprises, il est aujourd’hui en passe de devenir, avec ses acolytes, un membre légitime de ce que l’univers créatif parisien fait de plus prometteur. 

Veste en jean rouge, Orangina dans une main, Iphone dans l’autre, je le retrouve un après-midi au Bidule, dans le 11ème, fief ultime de sa team. « On est invité au 20h de TF1 ce soir, du coup je dois passer quelques coups de fil », s’excuse-t-il. De fait, son téléphone sonne toutes les 5 minutes, mais ce que je ne lui dis pas, c’est je bénie ses interlocuteurs, ceux-ci me permettant de reprendre mon souffle, tant la masse d’informations que je reçois est dense.

Une bande de potes soudés par un dénominateur commun

« Pain Surprises, c’est d’abord une bande d’amis. Nous étions trois en 2011 : Jacques Auberger, Étienne Piketty, et moi.  Nous sommes une quinzaine aujourd’hui. Nous sommes tous colocataires ou voisins, nous avons tous 22 ans, et quoique nous  fassions, nous le faisons pour le collectif. Cela nous permet de multiplier les projets, tout en servant une même cause », commence-t-il. 

Mais alors, quels projets ? Des soirées, d’abord. En 2011, un objectif est fixé : réveiller Paris de sa trop longue hibernation. Pour ce faire, pas de limites : « soirées dans le noir, lampes frontales, concours de burqas mouillées, stand pour se raser la tête, bras de fer, confessionnal, charmeuse de serpent, tournage d’un film porno durant l’une de nos soirées, on brainstormait en amont, tentant de faire émerger des idées folles mais réalisables. On a même enlevé des gens et envahit le Grand Journal. » Parallèlement, ce sont d’innovants teasers décalés et provoquants, à l’esthétique un peu rétro, qui ont participé à la réputation du collectif. 

Rapidement, leur audace touche un public curieux et amusé, et les projets se multiplient : « avec ce genre de soirées, on a été amené à rencontrer des artistes de renom comme l’artiste Kartell (Roche Musique), pour qui nous avons réalisé un clip ». Dans ce dernier, on aperçoit de sérieuses références à la nuit parisienne, à l’image des dorures de Chez Moune : Paris sera Pain Surprises ou ne sera plus. 

Et puis, les choses s’enchainent pour cette « banque centrale » que devient  le collectif: une publicité déjantée pour Burlington («Mom, can you sock me please ? ») , puis un contrat Europe signé avec la marque, suivi de briefs encore non aboutis avec Tupperware et TinderLe collectif se fait pubard, et cherche à rajeunir l’image de ses clients.

Fort de son expérience musicale, il lance aussi un label comprenant studio son et studio montage, à Montreuil, gérant par ailleurs promo et identité graphique. Premier artiste star ? Jabberwocky, lancé avec Photomaton : le son vous parle ? Ne cherchez plus, si vous ne l’avez pas entendu sur Radio Nova, vous avez probablement déjà visionné la publicité de la nouvelle Peugeot 308.

Autre chose ? « Oui une marque de vêtements, créé par notre styliste Zité. On a aussi un projet de série complétement fou, avec My Box Productions. Une fois qu’on est lancé, une idée en appelle une autre, on te propose d’être jury de quelque chose, tu rencontres des gens qui veulent travailler avec toi, et tu finis premier rôle dans un film. » Je manque de m’étouffer avec mon café, refroidi depuis longtemps. « J’ai obtenu le premier rôle dans le nouveau film de Mia Hansen-Løve,Eden.

C’est un film sur la French Touch, je joue le rôle de son frère, ancien DJ ». Soulignons le prestige des faits en rappelant qu’Hansen-Løve, déjà récompensée dans la catégorie Un Certain Regard pourrait faire partie cette année de la sélection officielle du Festival de Cannes.

Remise de mes émotions, je demande à Félix ce que l’EDC lui a apporté dans tout cela. « Une certaine rigueur, le sens des beaux mails, et puis la sécurité : si Pain Surprises foire, Sciences Po c’est une joli carte de visite. Tu sais je suis plus entrepreneur qu’étudiant, mes études se situent en périphérie ». L’IEP ne serait donc pas la recette ultime du succès ? Mon interlocuteur à la veste rouge rétorque : « non. On travaille le soir, on travaille le week-end, sans être payés pour le moment. On ne s’est jamais dit que ça allait marcher comme ça, mais pour le moment on ne mène à bien qu’un millième de ce que l'on voudrait faire. À terme, on pensait à une Pain Supr’île, qu’on atteindrait grâce à une certaine Pain Surprises Airlines… », sourit-il.

Avancer dans le noir, mais avancer quand même 

Félix ne m’en dira pas plus et dans le métro qui me ramène chez moi, je me demande d’où sort cette déroutante réussite. Sans doute un brin de talent, doublé d’une petite dose d’ambition, mais pas seulement. La force du collectif aussi, qui permet à un groupe de post-ados d’enclencher une machine bien plus grosse qu’eux, et de la faire se perfectionner à l’envie. Et puis, plus simplement, l’insolence d’y croire, l’énergie de tout donner sans rien attendre en retour, de laisser patiemment les choses venir à soi, en se préoccupant de la fin plus que des moyens. Alors que s’achève une autre année universitaire, et que bien des étudiants doutent d’un futur un peu trop proche, un seul conseil me vient : avancez dans le noir, mais avancez quand même. 

Camille Teste 

Tags :