Interview de Pierre François, doyen de l'École doctorale

pour "Émile Boutmy Magazine", numéro 11 / automne 2017
  • Pierre François, doyen de l'École doctoralePierre François, doyen de l'École doctorale

Depuis la rentrée, l'École doctorale a un nouveau directeur : le sociologue Pierre François.
Pour Émile, il détaille ses projets et ses ambitions pour la recherche à Sciences Po.

Placer les doctorants au coeur d'une dynamique collective dans les laboratoires de recherche

L’École doctorale se trouve aujourd’hui à l’issue d’un cycle de transformations profondes, impulsé il y a une vingtaine d’années. Une mesure phare a été l’instauration d’un financement systématique de tous les doctorants : c’est une approche très spécifique à Sciences Po, qu’on ne retrouve pas dans la plupart des universités françaises. Une autre modification décisive a été de compléter la relation, centrale dans un parcours de thèse, entre le directeur et son doctorant, par un accompagnement plus collectif, de l’évaluation des candidatures en thèse à la soutenance, en plaçant les doctorants au coeur de la vie des centres de recherche. Cette mutation est cruciale pour les doctorants, elle l’est aussi pour les centres de recherche : les doctorants sont en effet source de renouveaux méthodologiques et théoriques.

Favoriser l'interdisciplinarité

Ces mutations ont profondément renouvelé l’École doctorale, et cette transformation doit être poursuivie. Nous devons d’abord tirer parti de la configuration interdisciplinaire de Sciences Po. Notre champ disciplinaire se concentre sur les sciences sociales, qui construisent un espace de disciplines à la fois distinctes et contiguës. Il ne s’agit donc pas de faire tomber les frontières entre les disciplines, mais plutôt de les faire fructifier.

Par exemple, l’interdisciplinarité peut s’implanter au sein du parcours individuel de l’étudiant, en offrant plus de cours accessibles en dehors de la discipline principale de formation. On peut également s’appuyer sur une dynamique collective, en organisant plus de séminaires favorisant l’interdisciplinarité par le dialogue. Enfin, la thèse doit être plus accessible aux étudiants n’ayant pas suivi un master de recherche. Nous travaillons donc, avec les responsables des autres écoles de Sciences Po, sur des dispositifs permettant de concilier une fluidité dans la formation des étudiants et une exigence disciplinaire élevée.

Accroître la visibilité internationale de l'École doctorale

Longtemps, notre univers de référence institutionnel s’est limité à la France. Cependant, nous adoptons aujourd’hui une stratégie de visibilité internationale, qui vise à faire de Sciences Po une grande université de recherche – une ambition qui repose notamment sur la formation doctorale.

Un des outils privilégiés pour accroître notre visibilité est d’étendre la circulation et l’insertion professionnelle des étudiants à l’international. Il faut que les doctorants bénéficient de plus d’opportunités à l’étranger dans le cadre de leur thèse, pour découvrir des méthodes de recherche différentes, pour se construire un réseau et pour éventuellement préparer leur arrivée sur le marché du travail. Un autre aspect de cet effort est de permettre aux chercheurs invités de contribuer davantage à l’encadrement des étudiants. Ils constituent une ressource exceptionnelle pour Sciences Po et ils doivent être davantage mobilisés pour échanger avec nos étudiants.

Bio Express :
Diplômé de Sciences Po et ancien élève de l’ENS Cachan, Pierre François est agrégé en sciences sociales et docteur en  sociologie (EHESS). Il commence sa carrière au commissariat général du Plan, avant de reprendre ses recherches au Centre de Sociologie des Organisations (CSO) de Sciences Po. Un temps professeur à l’École polytechnique où il participe au développement du département de sciences sociales, il prend par ailleurs la direction du département de sociologie de Sciences Po. En 2017, il est nommé directeur de l’École doctorale de Sciences Po, succédant à Jean-Marie Donegani. Parmi les cinq disciplines qui structurent l’École doctorale – la science politique, le droit, l’économie, la sociologie et l’histoire –, c’est la première fois que la sociologie est représentée à ce poste.

Propos recueillis pas Nesma Merhoum et Maïna Marjany

Émile boutmy magazine 94 numéro 11 / automne 2017

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