Anastasia Colosimo

Anastasia Colosimo

Droit, politique et liberté face au blasphème en démocratie

 

Mes recherches ont pour objet de discerner comment droit et politique peuvent et doivent disposer leurs relations au fait religieux afin de l’intégrer à la garantie plus générale de la liberté d’expression qui fonde une démocratie authentiquement libérale. Or, cette question rencontre plusieurs obstacles.

D’une part, historiquement, les législations anciennes, religieuses ou séculières, sur le blasphème contredisent cette liberté. D’autre part, juridiquement, les systèmes actuels de droit positif dérivent pour l’essentiel de ces anciennes législations qu’elles ont tenté de laïciser en neutralisant le délit de blasphème, mais non sans réserver des formes de protection mitigées de l’intégrité des croyants quant à leurs propres certitudes, à la condition qu’elles ne dérangent pas l’ordre public. Enfin, depuis trente ans et la fin des utopies sociales, le retour du blasphème a accompagné le retour du religieux, accentuant ainsi la division entre le Nord et le Sud au sujet des droits de l’homme, mais provoquant aussi au Nord un activisme contestataire et judiciaire sans précédent, en s’affirmant de la sorte  comme un prisme essentiel des instrumentalisations idéologiques, des confusions sociétales et des atermoiements politiques qui découlent de la mondialisation. Pour lever ces obstacles et tenter de comprendre le double processus de laïcisation et sécularisation du concept de blasphème, l’idée est de répondre en combinant à la fois une approche historique, théologico-politique et juridique.

 

Avril 2014 - Alumni Sciences Po Magazine