Eolien et biomasse énergie : représentations, action collective et acceptabilité sociale en en France, Allemagne, Grande-Bretagne, Grèce, Pays-Bas, Pologne

Problématique

Les champs de l’éolien et des bioénergies (filière biomasse solide) font l’objet de réflexions sur la manière de les intégrer dans le mix énergétique. Tous deux suscitent des conflits, des résistances mais aussi des opportunités et le soutien de la part de citoyens. Eolien et biomasse gagnent à être analysés ensemble car dans les deux cas se pose la question de la régulation à l'échelle européenne, agréée puis déclinée par les Etats, de la valorisation par les échelons locaux/régionaux, de l'acceptabilité par les populations. C’est l’objet de notre projet qui cherche à comprendre comment les acteurs des territoires s'approprient l'éolien et la biomasse pour mieux construire le concept d’acceptabilité sociale.
Au sein du mix énergétique, ces énergies représentent aujourd’hui un enjeu politique, économique et sociétal considérables.  Pas seulement au niveau de l’Union européenne où il s’agit de pièces maîtresses des stratégies de réalisation des objectifs de réduction des émissions carbone et de renouvellement des énergies. Mais aussi à l’échelle des Etats et des régions. D’où notre approche multi-scalaire.

Notre recherche vise à construire la notion d’ « acceptabilité sociale », appréhendée conjointement par des physiciens et des chercheurs en sciences sociales. Elle se fonde sur l’analyse des représentations discursives et cognitives, celle des stratégies d’acteurs et de la structuration des réseaux au sein de régions européennes ainsi que sur les innovations de l’action publique et privée liées aux investissements dans l’éolien terrestre et l’exploitation de la biomasse solide.

Pour être socialement acceptées, ces sources d'énergie doivent être en mesure de résoudre les conflits et de valoriser les opportunités qui sont les leurs. Ces conflits sont sociaux avec les résistances potentielles opposées par les citoyens ; politiques avec le poids des représentations et des idéologies partisanes ; juridiques et réglementaires, avec l’impact des normes qui encadrent les deux secteurs. Ils sont environnementaux avec les nuisances variées que ces énergies peuvent occasionner. Ils sont financiers, enfin, compte tenu des coûts d’investissement, d’infrastructure (raccordement au réseau), de back up pour l’éolien, et d’approvisionnement pour la biomasse.
Quant aux opportunités, elles concernent, sur un territoire, la production d’énergies propres, le développement économique et la création d’emplois, sous réserve que les acteurs parviennent à élaborer une stratégie intégrée. Ces stratégies intégrées, entre acteurs publics et privés doivent ouvrir sur des créations institutionnelles, susceptibles de renouveler la gouvernance à plusieurs niveaux (multilevel governance).
Notre effort de construire le concept de l’acceptabilité sociale s’articule à la question des formes de la rationalité de l’action collective - représentations et coopérations - qui se développent au sein de différents dispositifs institutionnels nationaux.

Champs de la recherche

Notre recherche est comparative. Elle se fonde sur une analyse de six pays : la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie. Les acteurs régionaux/locaux, tant économiques, que politiques ou associatifs évoluent au sein de  dispositifs institutionnels qui s’étendent d’une polity centralisée (France, Grande-Bretagne, Roumanie), à une polity régionalisée (les Länder allemands) jusqu’à une polity décentralisée (Pologne, Pays-Bas). Notre objectif vise à comprendre comment les différentes formes de polities influencent les représentations, l’action collective et partant l’acceptabilité sociale.

Les démarches de recherche

Notre démarche collective constructiviste se développe sur deux axes : celui de l’analyse des représentations et des discours grâce aux approches de sociologie cognitive et de sémiologie ; celui de l’analyse de l’action collective (intérêts et institutions) grâce aux approches des sociologues, géographes, politistes et juristes. L'analyse des impacts technologiques est conduite grâce aux physiciens.

Les approches de sociologie cognitive et de sémiologie

Les décisions prises par les décideurs politiques, en particulier lorsqu’ils sont investis de mandats locaux, ne sont pas insensibles à l’opinion publique ou à la représentation qu’ils s’en font. La multiplication des instances de démocraties participatives et/ou délibératives fait croître encore le poids de la logique ordinaire dans certaines décisions impliquant l’intérêt général en matière énergétique. Pour mieux évaluer cet impact, la recherche ménagera une approche expérimentale. Il s’agira de cartographier les arguments qui sont les plus saillants sur le marché cognitif en défaveur de la technologie éolienne et des usines de traitement de la biomasse. Il s’agit, dans une première étape, de repérer les arguments les plus saillants et les plus diffusés qui expriment ces craintes. Dans une seconde étape, le but est de voir, lorsque ces arguments sont biaisés, comment il est possible d’y apporter une réponse rationnelle qui soit convaincante. En effet, parce que la logique ordinaire n’est pas bien préparée à penser les questions du risque de façon raisonnable, les réponses des experts sont parfois inaudibles. Comment replacer, en quelque sorte, sur un terrain psychologiquement « neutre » des arguments et des données qui sont, dans le débat public, presque systématiquement faussés par des biais cognitifs ? On mesurera notamment comment ces biais s’expriment de façon différente, ou non, selon les contextes sociaux dans lesquels ils s’expriment.

Par ailleurs, l’analyse des discours cherchera à cerner les représentations de l’éolien et des bioénergies.  Les questions portent sur les discours et sur les logiques argumentaires développées dans les différents types de médias analysés. Quelles convergences et différences peut-on identifier ? Comment l’éolien et les bioénergies sont-ils qualifiés ? Cette qualification et cette figuration sont-elles communes à tous les discours sur les deux sources ? Peut-on distinguer les différences de points de vue : évolution des mentalités, éléments pris en compte dans la construction du discours. La recherche cherchera également à cerner l'influence du discours des médias et des pouvoirs publics sur les perceptions, les attitudes, les opinions et les comportements notamment dans les discours des blogueurs (en distinguant les convictions profondes des postures plus superficielles : la présence à l'esprit et relai du discours médiatique dans les blogs, le décalage entre les perceptions, les opinions, les engagements et les pratiques éventuellement décrites).

L’approche de l’action collective. Sociologie, droit, géographie et énergétique

Complémentaire des deux précédentes, l’approche des stratégies et des coopérations s’attachera, quant à elle, à l’analyse des forces politiques, économiques et sociales en présence dans les champs de l’éolien et du traitement de la biomasse, dans les cinq pays ainsi qu’au niveau de l’Union européenne.
Ces acteurs sont : les acteurs politiques ; les organisations non gouvernementales ; les partenaires sociaux ; les lobbies, les organismes de gestion/protection du territoire (à l’échelle communautaire ou nationale); les industriels concernés.
La première étape cherchera à identifier quels sont les types de résistances et d’obstacles, les conflits et les négociations, ainsi que les stratégies et les coopérations visant à construire les solutions trouvées, au sein de chaque polity.

La deuxième étape consistera à identifier les innovations en termes de restructuration du territoire, d’approches institutionnelles et d’emploi.

La troisième étape procèdera à la construction du concept d’acceptabilité sociale sur la base des données acquises dans les étapes précédentes, tant au niveau de l’analyse des représentations, des discours que des consensus atteints localement.

La dernière étape consistera à mesurer l'incidence de cette acceptabilité, de la régulation multi-échelles sur les choix technologiques. Cet impact portera sur les méthodes de détection et d'exploitation de la ressource.

Ebauche du contenu des entretiens et informations recherchées par catégorie d’acteur, sur la base du choix des terrains et de questions établis en commun, Physiciens et Sciences sociales

Catégories d’acteurs

Contenus des entretiens et informations recherchées

 

Les acteurs politiques

Définition des objectifs et des stratégies ; capacité des acteurs régionaux à établir des stratégies énergétiques adaptées aux besoins et aux spécificités locales / régionales ; partenariats ; capacités de négociation, politique de développement industriel, gestion des déchets

Les ONG

Définition des objectifs et des stratégies ; capacités d’intervention, relations avec les partenaires publics et privés ;

Les partenaires sociaux

Définition des objectifs et des stratégies en matière d’emploi d’organisation du travail, consultation.

Les lobbies

Stratégies de coopération et de liaison avec les pouvoirs publics

Les organismes de gestion du territoire

Objectifs, politique de préservation, stratégies de valorisation des ressources, relations avec les acteurs politiques

Les industriels

Innovations, emplois, organisation, sous-traitance ; sécurité, choix technologiques.

La valeur ajoutée du projet

Le projet présenté répond aux questions posées par les auteurs de l'appel à projet de la manière suivante :
La question de l'acceptabilité sociale des énergies nouvelles est désormais au coeur de l'agenda des politiques publiques en Europe. Elle compte parmi les conditions nécessaires pour toute mise en œuvre des projets énergétiques. En embrassant six pays européens, ce projet apporte une réelle valeur ajoutée pour Sorbonne Paris-Cité par rapport à la concurrence nationale et internationale.
Par ailleurs, ce projet favorise la collaboration entre les différentes équipes de Sorbonne Paris Cité, grâce à :

- La coopération continue de chercheurs en sciences de l'ingénieur et sociales ;

- Le choix des terrains et la conduite d'enquêtes sur la base de l'élaboration de guides d'entretiens par les chercheurs physiciens et sciences sociales ;

- La mise sur pied d'un séminaire qui permettra aux parties prenantes de prendre connaissance des acquis de chaque sous groupe ;

- L'élaboration et l'écriture d'un rapport commun. Il réunit par ailleurs  différents domaines scientifiques : énergétique, sociologie, sémiologie, géographie, science politique.

Enfin, ce projet transversal sur une thématique prioritaire constitue le fondement d'un projet de plus grande envergure (ANR, voire PCRD). Il permet aussi de lancer un jeune chercheur.

Les coordinateurs du projet

François Bafoil, directeur de recherche CNRS-CERI
Moussa Dicko, maître de conférences, Université Paris 13
Gérald Bronner, professeur, Université Paris 7