Samuel B. H. Faure

Cet article porte sur le dilemme décisionnel de la politique d’acquisition d’armements. Pourquoi un état décide-t-il parfois de coopérer à l’international avec d’autres états et leurs industries de défense, pour acheter des biens militaires tels que des avions de combat, des chars d’assaut ou des navires de guerre, et pourquoi décide-t-il parfois de ne pas coopérer en privilégiant l’autarcie ? Pour répondre à cette « question de recherche », cet article rassemble, sous la forme d’une revue de la littérature, l’ensemble des contributions en science politique (soit près de cent références) qui visent à expliquer cette variation décisionnelle. L’objectif est de cartographier l’ensemble des modèles explicatifs de ce dilemme en testant leurs propositions théorique et méthodologique sur le cas de la France, pour identifier leurs principaux apports ainsi que leurs limites.

Renaud Egreteau

La passation de pouvoir qui a eu lieu en Birmanie (Myanmar) entre la junte du général Than Shwe et le régime quasi civil de Thein Sein en mars 2011 a été l’occasion d’une étonnante libéralisation de la scène politique qui s’est manifestée en particulier par un renouveau parlementaire, par le retour au premier plan d’Aung San Suu Kyi élue députée en 2012 et par la consolidation de nouveaux espaces politiques pour la population et la société civile. Cette trajectoire transitionnelle répond tout d’abord à une logique interne à l’institution militaire qui encadre le processus depuis son origine et cherche désormais à redéfinir son intervention sur le fait politique. Tout en laissant une plus grande place aux civils dans la conduite des affaires de l’Etat, l’armée conserve de nombreuses prérogatives constitutionnelles. La question ethnique demeure toutefois irrésolue, malgré la signature de plusieurs cessez-le-feu et la mise en place de parlements locaux. Quant à l’afflux désordonné des investisseurs étrangers et de l’aide internationale suscité par l’ouverture et la fin des sanctions internationales, il est d’autant plus problématique qu’il se produit dans un pays miné par le clientélisme, la personnification du pouvoir et une oligarchisation croissante de son économie.

Christophe Wasinski

Nous faisons ici l’hypothèse qu’il existe un régime de savoir technostratégique qui confère aux interventions militaires une grande aura et contribue, par ce biais, à les normaliser au sein des appareils en charge de l’exécution des politiques étrangères depuis la fin de la guerre froide. À partir d’une étude des discours militaires et sécuritaires contemporains, nous cherchons à savoir comment ce régime a été élaboré, comment il délimite un champ de possibles en matière d’interventions et comment il attribue à ce même champ de possibles une grande crédibilité.