Jeanne Lazarus

Cet article s'intéresse à la façon dont la pauvreté a été historiquement abordée par les sciences sociales. Il apparaît que les recherches existantes peuvent se classer selon quatre types d'approches. Il s'agit d'abord de définir la pauvreté. Savoir qui est pauvre est une question théorique et politique de première importance. Ensuite, l'analyse de la pauvreté semble intimement liée à celle de l'assistance. Toutes deux ont souvent été étudiées de concert. Le troisième type d'approche, plus débattu, observe la pauvreté sous le prisme de la culture qu'elle engendre et qui l'engendrerait. Enfin, la sociologie de la pauvreté s'accompagne toujours d'une sociologie générale et d'une théorie du rapport entre les groupes sociaux.

Benoît Martin

Malgré les progrès des statistiques internationales et la priorité affichée des organisations internationales à lutter contre la pauvreté, la quantification de la pauvreté demeure difficile. Cet article étudie la composition des principaux indicateurs relatifs à la pauvreté, analyse le contexte de leur élaboration et compare leur pertinence. Les fréquents usages détournés des indicateurs les plus notoires (PIB et RNB, IDH) masquent leur véritable nature : des comptes ou des valeurs moyennes calculées au niveau de l'habitant qui ne donnent qu'une évaluation trop partielle. Par ailleurs, des indicateurs plus spécifiques sont élaborés : certains ne retiennent que la composante monétaire (seuils de pauvreté, absolus ou relatifs) tandis que d'autres tentent de synthétiser en un seul indicateur les multiples dimensions des privations (IPM). Les tableaux de bord d'indicateurs distincts (ou dashboards dont les OMD s'inspirent), s'ils permettent de conserver l'exhaustivité des nuances de la pauvreté, rendent difficiles toute vision globale et toute interprétation.

Introduction du Ceriscope Pauvreté, publication scientifique en ligne du Centre d’études et de recherches internationales (CERI) réalisée en partenariat avec l’Atelier de cartographie de Sciences Po.

Le mouvement maoïste s'est développé en Inde à partir de la fin des années 1960 à la faveur du recentrage du Communist Party of India (Marxist) qui lui a ouvert un espace politique en abandonnant le combat révolutionnaire. Les maoïstes, également appelés naxalistes, ont été victimes au début des années 1970 d'un factionnalisme intense et d'une répression sévère qui a conduit les militants à se replier sur la zone tribale de l'Andhra Pradesh et du Bihar, les deux poches de résistance du mouvement dans les années 1980. Cette stratégie explique non seulement la transformation de la sociologie du maoïsme indien (qui, d'abord porté par des élites intellectuelles est devenu plus plébéien) mais aussi son retour en force à partir des années 1990. Cette décennie marquée par la libéralisation économique voit en effet la mise en valeur agressive des ressources minières de la zone tribale en question au mépris des droits de ses habitants. L'essor du maoïsme dans les années 2000 s'explique toutefois aussi par un retour à l'unité, sous l'égide du Communist Party of India (Maoist) créé en 2004. Face à ce phénomène qui touche maintenant la moitié des Etats indiens, le gouvernement de New Delhi tend à opter de nouveau pour la répression alors que les maoïstes se veulent les défenseurs d'un Etat de droit plus juste.

Irène Bono

Au Maroc, la « participation » renvoie aux prétendues vertus de la « société civile » et est implicitement perçue comme une panacée. Le lancement en 2005 de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), programme de lutte contre la pauvreté qui entend intégrer toute la population, représente le symbole de ce phénomène participatif. Fondée sur une analyse des normes et styles d’action, la démarche suivie ici entend reconstituer la logique interne du « phénomène participatif » et, simultanément, le remodelage du politique qu’il engendre. La promotion de certains styles par la mobilisation de techniques issues des politiques publiques dites participatives transforme les critères et les processus de légitimation politique en faisant apparaître de nouveaux clivages sociaux. La valeur morale attribuée à la participation permet en outre d’euphémiser, de sublimer, voire de justifier la violation d’autres normes sociales, économiques et politiques. La mise en oeuvre de l’INDH à El Hajeb met en lumière l’appareil idéologique complexe sur lequel se base la construction des sujets de la participation, ainsi que leur rôle actif et créatif dans les configurations politiques qui tirent leur légitimité de la valorisation de la participation.