Emmanuel Viret

En s’intéressant à la dynamique de la violence rurale dès l’installation du multipartisme (1991-1994), l’article propose de nouvelles perspectives sur la mobilisation de la paysannerie rwandaise pendant le génocide. Le dépouillement des archives de deux anciennes communes, complété par des entretiens réalisés sur les collines et dans quatre prisons du pays permettent d’analyser l’imposition progressive d’une économie de la violence. Le cadre même du multipartisme poussa les élites rurales engagées dans la compétition politique à recruter un nombre croissant d’hommes pour réaliser des actions ponctuelles et violentes contre d’autres partis, réactivant à cette occasion les canaux de clientèle que la monétisation de l’économie et la diffusion du salariat dans les campagnes avaient progressivement asséchés. Une attention spécifique est accordée à l’entreprenariat politique ainsi qu’à la relation entre intermédiaires locaux (social brokers) et élites rurales tant dans la lutte entre partis politiques que dans la constitution des coalitions Power locales qui assumèrent l’exécution des massacres.