L'Armée en embuscade ?

Entretien autour de la parution de Caretaking Democratization. The Military and Political Change in Myanmar
Avec Renaud Egreteau

La Birmanie a récemment connu des bouleversements politiques qui ont porté au pouvoir la figure de l’opposition démocratique à la dictature militaire, Aung San Suu Kyi, leader charismatique de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND). Renaud Egreteau publie un ouvrage dans lequel il montre à quel point l’armée, si elle a laissé la voie à une gouvernance démocratique du pays, reste tout de même très proche du pouvoir et prête à revenir à tout moment... Interrogé à la fois sur la situation actuelle, les défis de cette nouvelle gouvernance en Birmanie, mais également sur la façon de conduire des recherches sur un Etat jusqu’alors relativement fermé, l’auteur nous livre des réponses éclairantes.

Vous écrivez dans votre ouvrage, Caretaking Democratization. The Military and Political Change in Myanmar, que le changement de régime que connait la Birmanie depuis quelques années ouvre la porte à autre chose, en quelque sorte une inconnue, qui pourrait autant se rapprocher d’un système démocratique, que remodeler un système autoritaire. Existe-il réellement des risques sérieux d’un retour à une forme de dictature militaire?

Cela dépendra des nouvelles générations de chefs militaires. L’armée birmane considère qu’elle « guide » une transition qui est en cours, selon elle, depuis le coup d’état de 1988. C’est l’armée qui contrôle le processus, et ce jusqu’à présent selon ses propres termes. Elle a aujourd’hui réussi ce tour de force d’obtenir ce que ses chefs avaient planifié dès le début des années 1990 : une position d’arbitre de la scène politique accompagnée de larges garanties immunitaires. Il n’est donc pas du tout sûr que la hiérarchie militaire ait aujourd’hui envie de faire marche arrière, de reformer une junte et de reprendre la totalité du pouvoir en main. L’armée reste persuadée de son essentialité, certes, mais elle semble dorénavant souhaiter laisser le soin aux civils, et particulièrement à ses opposants historiques comme la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), d’assumer la gestion administrative et politique du pays au quotidien. « L’intendance suivra », disait le général de Gaulle. C’est un peu la conception de l’armée birmane actuellement. Mais d’un autre côté, les militaires birmans ont été formatés à l’intervention depuis l’indépendance du pays en 1948. Dès lors qu’un problème émerge, c’est un militaire qui se charge d’y apporter une réponse. Si le pays se montre de moins en moins gouvernable, que de nouvelles insurrections émergent, que la société s’enfonce dans de nouvelles vagues de tensions communautaires, notamment entre populations musulmanes et bouddhistes, alors oui, il y a de fortes chances que l’armée reprenne la main. Mais si la société birmane, si résiliente depuis les années 1950, poursuit, cahin-caha ses efforts de libéralisation et de démocratisation tout en maintenant un certain niveau de développement économique, l’armée pourrait se contenter de s’asseoir sur ses privilèges, tant qu’ils ne sont pas remis en cause, en laissant les civils gouverner tant bien que mal.

Pour en savoir plus

International Political Sociology. Transversal Lines

Couverture livre Didier Bigo

Interview avec Didier Bigo, à l’occasion de la parution de l’ouvrageInternational Political SociologyTransversal Lines chez Routledge, co-dirigé avec Tugba Basaran, Emmanuel-Pierre Guittet et R.B.J. Walker. Cette parution est pour nous l’occasion de revenir sur la création de la revue IPS il y a dix ans et d’interroger Didier Bigo sur le chemin parcouru par ce courant de pensée depuis une dizaine d’années.

 

 

Cet ouvrage sort presque dix ans après la parution du premier numéro de la revue International Political Sociology (IPS) que vous avez cofondée avec R.B. J. Walker (Université de Victoria). C’est un joli clin d’œil pour le CERI qui vous a accompagné à l’époque !

Oui, tout à fait. La section de l’International Studies Association (ISA) que Martin Heisler et moi-même avions créée existait déjà depuis cinq ans et commençait à être un réel succès lorsque la revue IPS a été lancée, mais proposer une revue supplémentaire qui ne serait pas dirigée par des nord-américains et qui mettrait en avant des lignes théoriques dissidentes était un véritable défi. Que le CERI tout entier et son directeur à l’époque, Christophe Jaffrelot, ait soutenu le projet que Rob Walker et moi-même proposions, et que Bruno Latour, tout juste arrivé comme directeur scientifique, accepte de cofinancer la revue au même montant que la subvention donnée par l’ISA, nous a permis de dépasser l’artisanat des revues Alternatives et Cultures et Conflits et d’avoir une secrétaire de rédaction professionnelle très compétente, vous, Miriam Périer. Le rôle de Tom Volgy (le secrétaire général de l’ISA) de faire de l’ISA une association militant pour des relations internationales représentées par des individus de tous les pays, sans tomber dans des quota nationaux et bureaucratiques invitant les vieilles gloires, a aussi milité en notre faveur...

Pour en savoir plus

Etude du CERI
Octobre 2016
Palestine : de l’Etat introuvable à la nation en déroute. A quoi servent les dirigeants palestiniens ?
La création d’un Etat palestinien semble aujourd’hui une perspective lointaine : la communauté internationale s’est détournée de la gestion de ce dossier, et le leadership dans les territoires, affaibli par ses divisions, se révèle impuissant à s’extraire de l’impasse. La partition politique et géographique entre la bande de Gaza gouvernée par le Hamas et la Cisjordanie qu’a conservée l’Autorité palestinienne liée au Fatah, révèle une crise profonde dans la mesure où elle met en doute les contours même de la communauté politique palestinienne. La direction palestinienne mise sur une internationalisation de sa cause, qui n’a donné que de piètres résultats. Le remplacement de Mahmoud Abbas par ses compétiteurs permettrait-il de sortir de l’ornière ?
Dossier
Avril 2016
Turquie : vers plus d’instabilité et d’isolation ?
Alors qu’en juin 2015 le parti AKP, au pouvoir en Turquie depuis 2012, trébuchait aux élections législatives en n’accueillant que 40 % des voix – un score insuffisant pour lui permettre de former seul un gouvernement – la tenue de nouvelles élections en novembre dernier a redonné une nette majorité à Recep Tayyip Erdoğan dont le pouvoir ne cesse de se renforcer dans le pays. Pour autant et malgré cette victoire électorale, la société turque reste très polarisée, et l’équipe au pouvoir très critiquée. Quant à sa politique régionale, le pays demeure plus que jamais isolé...
Analyse
Juillet 2016
Les défis stratégiques de l’OTAN
Les États membres de l’OTAN font aujourd’hui face à une « cascade de crises », avec une Russie résurgente à l’Est, la montée en puissance de l’État Islamique (IS, ou Daech) au Moyen-Orient et l’instabilité régionale en Afrique du Nord, et en particulier en Libye. Ce « retour vers l’Europe » de l’OTAN se déploie par ailleurs dans le contexte du « pivot » américain vers l’Asie et de la redéfinition des priorités de Washington face au déplacement du centre de gravité stratégique de la politique internationale de la région Euro-Atlantique à l’Asie-Pacifique (Howorth 2015 ; Simon 2015).
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En coopération avec l'Institut d'État des relations internationales de Moscou (MGIMO Université) et avec le soutien de la Direction des Affaires internationales et des échanges (DAIE)-Sciences Po

 


9h15 – 9h30   Accueil


Alain Dieckhoff, directeur, Sciences Po-CERI

Francis Vérillaud, directeur, Sciences Po-DAIE

 

 

9h30 - 10h45   Perceptions de la France en Russie et de la Russie en France

 

Présidence : Frédéric Ramel, professeur, Sciences Po, Sorbonne Paris Cité

 

Evguenia Obitchkina, professeur, MGIMO Université

Anne de Tinguy, professeur, INALCO et chercheur, CERI-Sciences Po, Sorbonne Paris Cité

 

Discutante : Sophie Coeuré, professeur, Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité 

 


10h45 – 11h00   Pause café

 


11h00  – 12h45   Sécurité internationale : perceptions des défis et réponses des Etats  russe et français


Présidence : Anne de Tinguy, professeur, INALCO et chercheur, CERI-Sciences po, Sorbonne Paris Cité


Frédéric Charillon, professeur, Université d’Auvergne

Evgueni Kozhokine, professeur, vice-recteur en charge de la recherche, MGIMO Université

 

Discutant : Justin Vaïsse, directeur, Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie, Ministère des Affaires étrangères et du Développement international

 


14h15 – 16h00   Bilan de la politique étrangère de l’Administration Obama


PrésidenceBenoît d’Aboville, ancien ambassadeur, chargé de cours à Sciences Po, vice-président de la Fondation pour la Recherche Stratégique

 

Mikhail Troitskiy, professeur, MGIMO Université

Anne-Lorraine Bujon, rédactrice en chef de la revue Esprit et chercheure associée au programme États-Unis de l’IFRI

 

Discutant : Andreï Baykov, professeur, vice-recteur en charge des programmes, MGIMO Université

 


16h15 – 16h30   Pause café

 


16h30 – 18h30   La place de la Chine dans le système international

 

PrésidenceAndreï Baykov, professeur, vice-recteur en charge des programmes, MGIMO Université

Alekseï Voskressenski, professeur, directeur de la Faculté de science politique, MGIMO Université

François Godement, professeur, Sciences Po, et directeur du programme" Chine et Asie" de l’European Council on Foreign Relations

 

Discutant : Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite, CNRS, Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du sud-EHESS

 



Langues de travail : français et anglais

 

 

Responsables scientifiques :  Anne de Tinguy, INALCO et  CERI-Sciences Po, Sorbonne Paris Cité, et Evguenia Obitchkina, MGIMO Université

Crédit photo : kremlin.ru

 

CERI-56 rue Jacob, 75006 Paris / Salle de conférence

INSCRIPTION OBLIGATOIRE (ci-dessous)

En cas de difficulté, vous pouvez vous enregistrer sur http://www.sciencespo.fr/ceri/evenements/


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Les diplomaties française et russe dans un monde en crise : regards croisés 12/12 Pour plus d'informations

 

Séminaire de recherche Les sciences sociales en question : grandes controverses épistémologiques et méthodologiques (CEE-CERI)

 

Freedom House, Polity, DD (Democracy/Dictatorship), BNR, EIU, d’innombrables indices évaluent la qualité des démocraties. Mais ils sont de plus en plus critiqués, notamment pour leur impuissance à classer les formes hybrides de démocratie en plein essor (illiberal, flawed, pseudo, low intensity, delegative, etc.). Un tout nouvel indice, V-Dem (Varieties of democracy), propose une approche radicalement différente, historicisée et multidimensionnelle. Staffan Lindberg, un des quatre coordinateurs du projet V-Dem, présente cette innovation conceptuelle et méthodologique.

Avec :

 

Staffan I. Lindberg, professeur à l’université de Gothenburg, dirige le V-Dem Institute. Il est co-auteur de l’article “Conceptualizing and Measuring Democracy: A New Approach”, Perspectives on politics, 9(2), 2011, p. 247-267 et a dirigé Democratization by Elections: A New Mode of Transition?, Johns Hopkins University Press, 2009.

 

Discutante :
Nonna Mayer, Sciences Po, CEE, CNRS

La séance sera présidée par Florence Faucher, Sciences Po, CEE

 

Responsables scientifiques: Samy Cohen (Sciences Po-CERI) et Nonna Mayer (Sciences Po-CEE, CNRS)

 

La présentation se fera en anglais et le débat sera bilingue (français-anglais)



Sciences Po: salle de réunion de l’École doctorale (3ème étage) 199, boulevard Saint-Germain 75007 Paris

 

INSCRIPTION OBLIGATOIRE ICI

 

 



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Évaluer la qualité d’une démocratie : Nouvelles approches, nouveaux indices 15/12 Pour plus d'informations

 

Dans le cadre du groupe de recherche Les nouveaux démagogues du CERI



Christophe Jaffrelot, CERI-Sciences Po, CNRS
Introduction

 

James Manor, Institute of Commonwealth Studies, University of London
State Chief Ministers: Radical Centralisers

Stéphanie Tawa Lama, CEIAS-EHESS, CNRS
Arvind Kejriwal and the politics of impatience


Gilles Verniers, Ashoka University
Dysfunctional rulers: the Yadavs of Uttar Pradesh

 

Mukulika Banerjee, London School of Economics (LSE)
Mamta of West Bengal: a regional variant of populism

 

Phil Oldenburg, Columbia University
Discussant

 

 

Convenor: Christophe Jaffrelot, Sciences Po-CERI, CNRS

 

INSCRIPTION OBLIGATOIRE

 

Venue: Sciences Po-CERI, 56 rue Jacob, 5006 Paris (salle Jean Monnet)




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Regional leaders in India: what personal power at the state level? 16/12 Pour plus d'informations