200225 - Trajectoires biographies, carrières militantes et conséquences à long terme de l'activisme politique

Date: 
Ma, 2020-02-25 12:30 - 14:30

 

Séminaire général du CEE "Trajectoires biographies, carrières militantes et conséquences à long terme de l'activisme politique", (PDF, 117 Ko)

Mardi 25 février 2020,12h30-14h30, Sciences Po, Salle Goguel, 27 rue Saint-Guillaume, 75007 Paris

Issu d'une réflexion collective prolongée et d'études empiriques sur dix pays différents du Mexique à l'Inde via la France et le Maroc, "Activists Forever ?" explore les effets des engagements politiques et mouvementistes intenses sur les destinées individuelles, mais aussi sur les processus de changement social et politique. Sur ce point une lacune paradoxale de la sociologie des mouvements sociaux a peut-être été d'oublier qu'un des premiers produits de l'engagement est d'engendrer des militants aux dispositions critiques souvent durables, et que ceux-ci et celles-ci, au-delà même d'engagements militants stricto sensu, pouvaient aussi être des entrepreneurs sociaux, porteurs de micro-changements multiples. Le parti pris de ces recherches convergentes était de faire basculer la focale des motivations de groupes ou de défenseurs de causes vers l'échelon des militants, en explorant leur socialisation, la diversité des dimensions de leur rapport à l'engagement, de ne pas écraser les acteurs sous des déterminations structurales tout en restant sur un terrain fermement sociologique. Un autre déplacement de l'analyse a consisté à penser les mouvements et organisations politiques comme des lieux de socialisation, capables d'affecter durablement les dispositions de leurs militants... et à partir de là de poser aussi la question de ce que pouvaient devenir et produire les dispositions et ressources acquises dans l'espace militant à d'autres moments du cycle de vie, en d'autres contextes politiques.

Pour éclairer ces enjeux, ce travail collectif recourt à trois grands éclairages. Le premier pose la question du "vieillissement" des activistes, de la manière dont des engagements qui s'épanouissent dans des années de jeunesse peuvent perdurer, s'éteindre, se reconvertir ou se redéployer sur de nouvelles causes au fil des ans. Un second ensemble de contributions s'intéresse à des situations où l'engagement est à haut risque, parce qu'il recourt à la violence ou la lutte armée, parce qu'il fait face à des formes extrêmes de répression. Que produisent ces expériences ? Comment en sort-on et à quel prix? La réflexion s'ouvre aussi (dans le cas marocain) sur la transmission générationnelle des formes de lutte et de politisation. Enfin un dernier ensemble de contributions questionne les situations où des militants se trouvent confrontés à des changements radicaux de contexte politique: ce qui suscite l'admiration pour le courage d'un dissident Tchécoslovaque est-il une ressource convertible dans un cadre politique démocratisé et parlementarisé ?  Que "fait" aux militants du PT Brésilien le fait de passer du statut de syndicalistes réprimés à celui de titulaires de pouvoirs politiques et que "font" divers profils de militants face à ces changements.

Une séance de séminaire ne suffira pas à évoquer tous ces cas, qu'au demeurant les coordinateurs du volume ne maitrisent pas tous comme leurs auteurs originaux, mais ces indications peuvent suggérer des pistes de discussion que nous susciterons aussi dans une présentation qui portera plus sur des questions de méthode, de choix de problématiques dont celui d'une sociologie vraiment "processuelle".

 

Intervenants : 

Olivier Fillieule, Université de Lausanne, CRAPUL, CNRS & LIVES

Les recherches d’Olivier Fillieule s’articulent autour de quatre pôles : la dynamique des mobilisations sociales et politiques (mouvements de chômeurs, manifestations de rue, mobilisations environnementales, contre le sida, et altermondialistes, mobilisations dans la région MENA, sociologie des révolutions) ; la gestion par l’Etat des conflits sociaux (répression en contexte démocratique et autoritaire, maintien de l’ordre et internationalisation des modes de contrôle) ; la sociologie de l’engagement et des carrières militantes, y compris le désengagement (appliquée aux militants de la lutte contre le sida, de l’altermondialisation, aux volontaires pour les essais vaccinaux, activisme thérapeutique, aux engagements radicaux, aux 68ards) ; l’histoire de la sociologie des mobilisations, la réflexion sur ses méthodes et ses instruments. Il a récemment dirigé Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militants des années 68 en France, Actes Sud, 2018 (avec S. Béroud, C. Masclet et I. Sommier), Marseille, années 68, Presses de Science Po, 2018 (avec I. Sommier).

Erik Neveu, ARENES, CNRS

Les recherches d’Erik Neveu ont porté au fil des ans sur une diversité d’objets : les médias et le journalisme, les possibles croisements entre sciences sociales et journalisme, la circulation internationale des théories en sciences sociales, les Cultural studies et les Gender Studies. Ses travaux récents se sont recentrés sur deux thématiques principales. Il s’agit d’un part des mouvements sociaux, en bonne part au prisme des trajectoires biographiques, avec un travail en cours sur des « soixante-huitards ordinaires » de l’Ouest français. D’autres de ses recherches portent sur la question des « problèmes publics », plus particulièrement au sein d’un travail collectif qu’il coordonne avec Muriel Surdez (Université de Fribourg) sur la question d’une « globalisation » de ces problèmes : que serait un problème public « global », et par quelles dynamiques éventuellement spécifiques est-il promu comme tel, circule-t-il par-dessus les frontières, au prix de quelles traductions et adaptations nationales ? 

 

Discussion : Bruno Cousin et Anja Durovic, Sciences Po, CEE

Contact : katia.rio@sciencespo.fr

Inscription obligatoire - Pour les personnes externes à Sciences Po : Merci de veiller à vous présenter à l'accueil 10 minutes avant le début de la séance et de vous munir de vos papiers d'identité