Les villes, frontières et (im)mobilités

Les villes européennes, comme mondiales, sont soumises à de grands changements dans leur structuration sociale en raison notamment de la croissance des inégalités, des discriminations et des ségrégations. De plus, les injonctions européennes aux mobilités, physiques comme sociales, transforment aussi ces aires urbaines, en particulier à l’heure de l’accroissement du nombre d’arrivées de réfugiés et de la mise en tension des politiques migratoires européennes. Les frontières, matérielles comme symboliques, créent des formes d'habiter et des non-lieux, des camps, des campements. Enfin, les Etats structurent de façon différenciée les aires métropolitaines européennes et internationales.

La question de la régulation politique des villes et des métropoles, adossée à un examen de leur structuration sociale et économique est au cœur des travaux de cet axe. Il se décale donc d’une vision postmoderne en croissance dans la littérature spécialisée d’études urbaines et débouche sur des travaux comparatifs d’analyse des politiques publiques, de sociologie urbaine, de sociologie politique (centrée sur la participation et les mouvements sociaux), et d’urbanisme qui sont développés au sein du CEE autour de trois grandes orientations de recherche et en relation directe avec l’Ecole Urbaine de Sciences Po.

Gouvernance des villes européennes à l’heure des métropoles mondiales

Ce premier volet de recherche englobe une série de travaux empiriques et théoriques sur la gouvernance, la production et la régulation des métropoles suivant une démarche comparative, pluridisciplinaire et historique. Le projet WHIG (What is governed and not governed) , piloté par Patrick Le Galès, est exemplaire de la volonté du CEE d’engager une comparaison d’ampleur des métropoles européennes (Paris, Londres, Milan) et non-européennes (Sao Paulo, Mexico) visant à rendre compte des transformations dans la structuration et la régulation des grandes métropoles internationales. Tommaso Vitale, Charlotte Halpern, Patrick Le Lidec participent à ce projet, ainsi qu’un doctorant, Roberto Rodriguez, et des chercheurs associés, Michael Storper et des  anciens doctorants ou post docs associés comme Thomas Aguilera, Camille Allé, Christine Barwick en comparant l’interdépendance entre divers domaines de politiques publiques à Paris et à Mexico. Le projet WHIG cherche à mettre en évidence des « tensions » entre le sens de l’action publique et le sens ordinaire des acteurs impliqués. De nombreux autres travaux de chercheurs titulaires, de doctorants et de post-doctorants irriguent cette première orientation de recherche en se centrant sur les politiques de transports, d’habitat, des finances publiques et bénéficient de plusieurs partenariats qu’il s’agira de développer (avec le Crédit Foncier et la Société du Grand Paris). Un axe de travail concerne les Jeux Olympiques et la rénovation urbaine. Patrick Le Galès travaille aussi sur la comparaison des marchés du logement et les processus de financiarisation à Paris, Londres et Amsterdam avec des chercheurs de l’UCL (Bartlett School of Planning) et de l’Université d’Amsterdam en collaboration avec Nordine Kireche, Marco Cremaschi, les post doc  Francesco Findeisen et Antoine Guironnet, et des chercheures associées, Julie Pollard et Francesca Artioli. Enfin, Nordine Kireche dirige la nouvelle chaire de recherche et d’enseignement Ecole Urbaine de Sciences Po/CEE sur le logement.

Frontières, immigration, (im)mobilités sociales et spatiales

Un deuxième volet rassemble des recherches comparatives portant sur les populations marginalisées, ségrégées et/ou (im)mobiles. La stratification sociale des métropoles est un enjeu déterminant des aires métropolitaines européennes et mondiales. Bruno Cousin et Tommaso Vitale ont ainsi lancé un projet ambitieux de mesure fine de la ségrégation et des relations entre groupes sociaux au sein des espaces urbains les plus microscopiques à partir d’une étude des caractéristiques socioprofessionelles des habitants des quartiers de plusieurs villes italiennes. Ainsi, le projet R-Home compare les politiques qui visent explicitement les Roms vivant en bidonvilles ou autre logement insalubre, les normes d’accompagnement social pour gérer les conflits et soutenir les individus et familles roms dans leur intégration à un quartier, et les programmes visant à améliorer l’accès aux prêts immobiliers  en France, en Italie, Roumanie, Hongrie et Espagne.

Les chercheurs de l’axe s’intéressent également à la question des diversités socioculturelles dans les villes et la façon dont elles provoquent des recompositions rapides des formes de cohésion collective et de leur gouvernance. C’est un des enjeux de l'enquête sur les relations interculturelles à Sarcelles, miroir grossissant de la diversité, menée par Nonna Mayer et Vincent Tiberj. Laura Morales pilote plusieurs projets comparés européens d’envergure pour mieux mesurer et analyser l’intégration sociopolitique des minorités ethniques, notamment  le programme COST Ethmigsurveydata auquel participe Alina Thiemann, post-doctorante ; le projet FAIRETHMIGQUANT (Making Ethnic and Migrant Minority Survey Data FAIR)  et le projet Inclusiveparl en collaboration avec Claire Vincent-Mory.

La question de l’accueil de nouveaux arrivants en Europe est aussi une question qu’il est important de traiter dans sa dimension locale. Les recherches de Marco Cremaschi sur l’accueil des réfugiés à Paris, ainsi que sur l'organisation spatiale des villes européennes et l’intégration des migrants dans les petites villes.

Par exemple, le projet Villes moyennes : nouveaux lieux et nouveaux acteurs de l'accueil en allemagne et en france, soutenu par le Centre Interdisciplinaire d’études et de Recherches sur l’Allemagne, vise à éclairer les processus d'accueil des personnes migrantes demandant l'asile ou réfugiées dans les villes moyennes, à travers une approche comparative entre l'Allemagne et la France, associant urbanistes, sociologues, géographes et politistes, doctorants et jeunes chercheurs.

Ces dernières années, les états européens ont développé des plans de dispersion territoriale des demandeurs d’asile qu’il convient de comprendre et d’évaluer, ce que font notamment deux doctorantes du laboratoire, Soazig Dollet et Viviane Spitzhofer dans une perspective comparée tandis qu’Angeliki Konstantinido rédige sa thèse sur la protection sociale des étrangers.

Pour échanger sur les thématiques de l’axe, plusieurs séminaires de recherche sont organisés dans le cadre du programme Cities are back in town en collaboration avec l’OSC. Le séminaire Migrations et multiculturalisme fondé par Virginie Guiraudon et Patrick Simon se transforme en 2020 en fusionnant avec un séminaire transversal soutenu par la Direction scientifique du groupe inter-laboratoires MiDi (migration et diversité) désormais membre du réseau européen IMISCOE. Par ailleurs, les responsables de l’axe sont fortement impliqués dans le pilotage de l’Institut Convergence migrations et plusieurs doctorants et chercheurs y sont fellows. Enfin, afin de mettre la recherche au service du débat public, Virginie Guiraudon est une des initiatrices du GIEM, groupe d’experts internationaux sur les migrations, soutenu par le LIEPP.

Transformations des matérialités et des technologies territoriales

Cet axe développe des recherches sur les changements matériels et technologiques des territoires qui recomposent les urbanités et les modes de vie. Le projet CREATE (Horizon 2020) étudie la façon dont certaines villes d’Europe occidentale ont réussi à conjuguer croissance économique et mobilité urbaine durable afin d’anticiper sur les changements techniques et sociaux à venir. Charlotte Halpern participe au projet H2020 MORE (Multi-modal optimisation of roadspace in Europe). Elle pilote les recherches sur les dimensions historiques, politiques et institutionnelles qui expliquent les différentes façons dont le partage de la voirie s’est effectué dans cinq villes européennes. Parmi les doctorants, Mélanie Eck étudie la fabrique de la ville résiliente à Paris, et dans d'autres métropoles mondiales. Marco Cremaschi pilote le projet Espon : IMAGINE - Développer un imaginaire métropolitain-régional dans la région urbaine de Milan-Bologne, pour explorer les bases d'une stratégie territoriale intégrée dans la région de Milan-Bologne, en tenant compte des tendances économiques les plus récentes et de leurs impacts territoriaux. En outre, Antoine Courmont, chercheur associé coordonne la chaire “Villes et numérique” et développe depuis quatre ans  des travaux sur les métropoles digitales et l’intégration des nouvelles technologies dans les modes d’habiter et l’urbanité avec la participation d’un doctorant Jean-Baptiste Chambon. Des travaux de thèse et de post-doctorat sur les données, les ZAD, le transhumanisme, la gestion des déchets vont bénéficier des réflexions autour de cette orientation de recherche. Elle s’enrichit des travaux de Dominique Boullier sur l’urbanité numérique. Enfin, le séminaire organisé avec la School of Planning de l’Université Columbia intitulé The matter of cities excavating the "material" in urban social and technical controversies, dirigé par Marco Cremaschi et financé par le Programme Alliance, illustre un des projets phares de ce sous-axe.

Chercheures et chercheurs impliqués

Chercheures et chercheurs associés

Séminaires: