Les villes, frontières et (im)mobilités

Les villes européennes, comme mondiales, sont soumises à de grands changements dans leur structuration sociale en raison notamment de la croissance des inégalités, des discriminations et des ségrégations. Les diversités forment un enjeu majeur car elles provoquent des recompositions rapides des formes de cohésion collective et de leur gouvernance ; diversité ethno-raciale, religieuse, sexuelle qui viennent se superposer à la diversité sociale. De plus, les injonctions européennes aux mobilités, physiques comme sociales, chamboulent elles aussi ces aires urbaines, en particulier à l’heure de l’accroissement du nombre d’arrivées de réfugié.e.s et de la mise en tension des politiques migratoires européennes. Les frontières, matérielles comme symboliques, créent des formes d'habiter et des non-lieux, des camps, des campements, des centres de tri ou « hot spots ». Enfin, les Etats structurent de façon différenciée les aires métropolitaines européennes et internationales.

La question de la régulation politique des villes et des métropoles, adossée à un examen de leur structuration sociale et économique est au coeur des travaux de cet axe qui a été fortement renforcé par l’arrivée récente de Marco Cremaschi et de Bruno Cousin. Il se décale donc d’une vision postmoderne en croissance dans la littérature spécialisée d’études urbaines et débouche sur des travaux comparatifs d’analyse des politiques publiques, de sociologie politique (centrée sur la participation et les mouvements sociaux), d’économie et d’histoire urbaines et enfin d’urbanisme et de géographie qui seront développés au sein du CEE pour les cinq prochaines années autour de trois grandes orientations de recherche et en relation directe avec l’Ecole Urbaine de Sciences Po.

1) Gouvernance des villes européennes à l’heure des métropoles mondiales

Ce premier volet de recherche englobe une série de travaux empiriques et théoriques sur la gouvernance, la production et la régulation des métropoles suivant une démarche comparative, pluridisciplinaire et historique. Le projet WHIG (What is governed and not governed) est exemplaire de la volonté du Centre d’engager une comparaison d’ampleur des métropoles européennes (Paris et Londres) et non-européennes (Sao Paulo, Mexico) visant à rendre compte des transformations dans la structuration et la régulation des grandes métropoles internationales. Ce projet cherchera à mettre en évidence des « tensions » entre le sens de l’action publique et le sens ordinaire des acteurs impliqués. De nombreux autres travaux de chercheur.e.s titulaires, de doctorant.e.s et de post-doctorant.e.s irriguent cette première orientation de recherche en se centrant sur les politiques de transports, d’habitat, des finances publiques et bénéficient de plusieurs partenariats qu’il s’agira de développer (avec le Crédit Foncier, la Société du Grand Paris). Une candidature ANR-ORA (Patrick Le Galès) portant sur la comparaison des marchés du logement à Paris, Londres et Amsterdam a d’ailleurs été déposée en collaboration avec l’UCL (Bartlett School of Planning) et l’Université d’Amsterdam.

2) Frontières, (im)migrations, (im)mobilités sociales et spatiales

Un deuxième volet rassemblera des recherches comparatives portant sur les populations exclues, marginalisées, discriminées, ségrégées et/ou (im)mobiles. La stratification sociale des métropoles est un enjeu déterminant des aires métropolitaines européennes et mondiales. Ainsi, le projet ANR MARGinalisation/Inclusion analysera le cas des migrant.e.s roumain.e.s dans une vingtaine de villes de France, d’Italie et d’Espagne. Il s’intéresse spécifiquement aux effets sociaux durables des politiques de régulation de la pauvreté en se focalisant sur les pratiques et les stratégies résidentielles, les processus d’insertion économique, les modes de socialisation et l’inscription territoriale des migrant.e.s. En miroir, le projet comparatif OFFSHORE EUROPE porte sur les évolutions institutionnelles, géopolitiques et économiques récentes des territoires antillais français, britanniques et néerlandais en étudiant la stratification sociale et les rapports sociaux locaux qui impliquent des travailleur.e.s migrant.e.s et de touristes/villégiateurs. Enfin, plusieurs séminaires de recherche organisés dans le cadre du programme Cities are back in town en collaboration avec l’OSC et de celui Migrations et multiculturalisme codirigé par Virginie Guiraudon et Patrick Simon enrichissent cette seconde ligne de recherche. Des travaux des thèses en cours sur les réseaux militants transnationaux Europe/Afrique de l’Ouest (Mélodie Beaujeu), sur le rôle des compagnies aériennes dans le contrôle migratoire (Ségolène Mennesson).

3) Transformations des matérialités et des technologies territoriales

Cet axe développera également des recherches sur les changements matériels et technologiques des territoires qui recomposent les urbanités et les modes de vie. Le projet CREATE (Horizon 2020) étudie dans ce sens la façon dont certaines villes d’Europe occidentale ont réussi à conjuguer croissance économique et mobilité urbaine durable afin d’anticiper sur les changements techniques et sociaux à venir. De même, la chaire “Villes et numérique” nouvellement créée est un axe fort de développement inaugurant des travaux sur les métropoles digitales et l’intégration des nouvelles technologies dans les modes d’habiter et l’urbanité. Des travaux de thèse et de post-doctorat sur les données, les ZAD, le transhumanisme, la gestion des déchets… vont bénéficier des réflexions autour de cette orientation de recherche. Enfin, le séminaire organisé avec la School of Planning de l’Université Columbia intitulé The matter of cities excavating the "material" in urban social and technical controversies, dirigé par Marco Cremaschi et financé par le Programme Alliance, illustre un des projets phares de ce sous-axe.