Visualiser le résultat des candidats – présidentielles 2017, 1er tour, 1/3

Après trois premiers articles à la fois méthodologiques, appliqués et historiques (sur le maillage territorial, les résultats de 2012 et l’abstention), ce quatrième billet poursuit avec la même approche sur les résultats du premier tour de la présidentielle de 2012.

Trois graphiques en forme de résultat

On conserve la proposition formulée dans l’article précédent en considérant comme base 100 le nombre d’inscrits, et non celui des votants, ce qui permet d’incorporer l’abstention. Rappelons que les individus inscrits mais qui ne sont pas allés voter – les « abstentionnistes » donc – sont plus nombreux que les voix recueillies par le candidat arrivé en tête, Emmanuel Macron.

De manière assez classique, le résultat au niveau national peut être visualisé sous forme d’un diagramme en barres. Si le traitement paraît simple, il faut rester vigilant au tri (l’ordre des barres). L’efficacité de l’image finale en dépend.

Cette image triple montre les trois tris les plus répandus :

1. Selon les valeurs – il apparaît bien meilleur que les autres. C’est le classement par excellence. Il permet de retenir l’image (profil de la série et hauteurs de chaque barre) et de comparer immédiatement les candidats dans l’ordre d’arrivée.

2. Selon l’orientation politique – il se heurte aux limites de la pertinence du clivage droite/gauche comme typologie des candidats. En effet, sur de nombreux thèmes (sociétaux, internationaux, économiques, etc.) ce gradient binaire n’est plus vraiment valable. Le positionnement de certains « petits » candidats est délicat tout comme l’abstention et les votes blancs/nuls sortent de la typologie.

3. Selon l’ordre alphabétique – c’est le pire. Il s’avère sans fondement graphique ni statistique autant donc s’épargner l’effort de faire un diagramme et conserver une liste, en texte (puisque c’est la référence du tri). Cette option correspond à l’approche “neutre” souvent retenue par les administrations.

Explorez/cartographiez les résultats du premier tour avec Khartis !

Vous pouvez directement copier/coller dans Khartis les données du fichier ci-dessous :

>> résultats du premier tour par circonscription (csv) (source : data-gouv.fr).

L’abstention, 1965-2012 – en attendant le premier tour, 3/3

L’abstention est régulièrement citée par les spécialistes comme un des “premiers partis de France”. Dans ce troisième article, après avoir abordé le maillage territorial du vote puis les résultats de 2012, nous explorons la notion d’abstention. Dans ce dernier article de la séquence d’avant le premier tour (2017), davantage graphique et moins littéraire, nous pointons la question de la délimitation de l’abstention puis ses dimensions historiques et géographiques.

Imbrication des individus et des comportements

Resituons l’abstention au sein des comportement électoraux en partant de la population initiale, les individus qui ont le droit de voter.

Ce premier graphique amène des questions importantes en matière d’unités. Si les voix accordées aux candidats sont souvent exprimées en % des votes exprimés (la base 100 équivaut aux 35,9 millions, soit carré gris du diagramme précédent), l’abstention est généralement rapportée au nombre d’inscrits sur les listes électorales (100 % correspond alors aux 46 millions). Il est donc impératif de ne pas comparer les % des voix pour les candidats à celui de l’abstention, les bases 100 ne renvoient pas aux mêmes populations.

En revanche, il est possible de comparer les nombres absolus. Et dès lors que l’on intégre l’abstention, les non inscrits et les votes blancs et nuls, la physionomie du classement issue du premier tour de 2012 change considérablement :

L’abstention aux présidentielles depuis 1965

Ces deux dimensions de l’abstention (la magnitude et la part) peuvent être visualisées en mobilisant des objets graphiques propres. On peut alors remarquer que malgré un taux d’abstention au premier tour de 2002 supérieur de 8 points à celui de 2012, le nombre d’abstentionnistes est plus important lors de cette dernière élection.

La géographie de l’abstention en 2012

Carte de l'absention au 1er tour de la présidentielle de 2012

>> fichier original svg ou projet à ouvrir dans khartis

Retour sur les résultats de 2012 – en attendant le premier tour, 2/3

Après avoir introduit les unités géographiques électorales que sont les circonscriptions législatives, abordons les deux familles classiques de visualisations des données à partir des résultats de la présidentielle de 2012. Khartis permet ces représentations.

Récupérer les données

Elles sont notamment diffusées par le CDSP de Sciences Po. On peut les télécharger sur la plateforme data.gouv, dans un format csv, puis les utiliser telles quelles dans Khartis.

On peut aussi ouvrir l’appli et charger le projet correspondant dans lequel les données sont précédemment chargées et une visualisation déjà proposée :

>> projet khartis

Types de données/visualisation

À l’issue du dépouillement du vote, les données obtenues sont brutes : ce sont des nombres de voix. Par calcul, ils sont ensuite transformés en ratio en les divisant par le nombre de votes exprimés et deviennent alors des parts (exprimées en % des votants). Dans le tableau, ces deux types de données correspondent aux colonnes intitulées “voix” et “%”.

Pour les visualiser, les nombres sont idéalement montrés par des points proportionnels (la taille varie) alors que les parts le sont plutôt par des dégradés de couleur (la valeur varie).

Apprécier l’efficacité des images produites

Néanmoins, les cartes en points proportionnels peuvent parfois montrer des images peu ou pas assez contrastées. C’est souvent le cas en cartographie électorale. Plusieurs facteurs se combinent, citons le poids équivalent des circonscriptions, le nombre important de symboles et leurs faibles différences de taille.

Certes la nature de l’information n’est pas la même mais sur un plan strictement graphique – et n’est-ce pas l’objectif visé ? – les cartes en dégradés de couleur se montrent ici bien plus efficaces et rapides à interpréter, l’information étant “simplifiée” par l’agrégation en classes. Les deux cartes ci-dessous, extraites du projet kh partagé plus haut, l’illustrent :

 

Classes et comparaisons possibles

Faire des classes nécessite de choisir une méthode pour découper la série (la “discrétisation”). La sélection se fait selon le profil de la série – la dispersion par exemple – mais aussi du message à transmettre ou de la comparaison envisagée.

En la matière, Khartis ne propose pour l’instant que des méthodes statistiques (on ne peut pas entrer manuellement les valeurs des seuils). Elles restent néanmoins appropriées pour “voir la géographie” du vote pour un candidat, on pense notamment aux méthodes des quantiles ou des moyennes. En revanche, la comparaison de plusieurs candidats n’est pas envisageable. Il faut pour cela utiliser une légende commune dont les seuils des classes sont calculés sur l’ensemble de la série.

Ces deux approches (échelle propre et échelle commune) qui présentent chacune leur intérêt, sont respectivement illustrées par les deux planches ci-dessous. La première a été réalisée avec Khartis, la seconde avec Magrit.


Le maillage territorial du vote – en attendant le premier tour, 1/3

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’Atelier de cartographie de Sciences Po propose de brefs articles autour de la dimension cartographique de ce sujet. Cela permet d’éclairer certains points méthodologiques, de proposer des données et des fonds de cartes ainsi que de suggérer des usages immédiats avec Khartis.

Le premier article porte sur le matériel préalable à toute cartographie électorale : les unités géographiques du vote. Elles sont importantes puisqu’elles conditionnent la structure du fond de carte et des données.

 

Bureaux, circonscriptions, départements et nation

Le résultat de l’élection présidentielle s’applique au niveau national, le territoire français constituant alors l’unique circonscription. À des fins d’analyse, on peut avantageusement jouer avec les échelles dont les différents niveaux “s’emboîtent” géographiquement. Les voix ne sont comptabilisées qu’à l’échelon le plus fin, celui des bureaux de vote. Le résultat national résulte donc d’une vaste somme des étages inférieurs.


>> fichier original en svg (circonscriptions et départements).

 

Le fond de carte des circonscriptions de 2017

Nous optons pour le premier niveau agrégé, celui des circonscriptions législatives. Observer le vote à cette échelle présente un équilibre intéressant car il permet une vision d’ensemble au niveau national tout en conservant les détails et aspérités plus locales. Pour les autres niveaux, d’une part les bureaux de vote sont très nombreux, malgré leur pertinence pour l’analyse sociologique ; et d’autre part les départements proposent une géographie très agrégée, trop simplificatrice.

À l’heure de l’open data, on déplore l’absence de fond de carte officiel de référence sur les circonscriptions qui soit à la fois précis, libre et exploitable. Après un travail de nettoyage, d’adaptation et de vérification des données de toxicode, nous proposons un fichier qui fonctionne ! Attention, ce fond ne couvre pas les territoires d’outre-mer (TOM) ni les français votant de l’étranger.

>> fichiers shapefile ou geojson du fond de carte par circonscription (aussi sur data.gouv.fr)

 

Équivalence des circonscriptions, contrastes entre départements

Au plan cartographique, le choix des circonscriptions a deux conséquences.

D’abord, leur tracé est parfois biscornu car leur découpage est en soi un enjeu politique. Ensuite, le nombre d’inscrits dans chaque circonscription s’avère relativement homogène, la dimension démographique étant un des critères. Ainsi, les départements les moins peuplés (Creuse, Lozère) ne comptent qu’une seule circonscription quand le plus habité (Nord) en rassemble plus d’une vingtaine. Nous verrons dans un article à venir que cette homogénéité peut réduire l’efficacité de certaines cartes en points proportionnels.

Les deux cartes simples ci-après, entièrement réalisées avec Khartis, illustrent ces deux aspects.

>> fichier original en svg ou projet khartis

 

>> fichier original en svg ou projet khartis, données csv

 

On parle de nous …

Le magazine Décryptagéo, observateur singulier et attentif de l’actualité de l’information géographique sous toutes ses formes, a relayé les travaux de l’Atelier à deux occasions, en février :

+  Dans le numéro 184 du Mag, le reportage « La carte ça sert d’abord à faire la guerre » (accès réservé aux abonnés) revient sur les cartes que la CIA diffusées à l’occasion de ses 75 ans. Quatre géographes, dont Benoît Martin, proposent un regard croisé. Ils abordent notamment les différents usages cartographiques de la CIA, quelques épisodes de la guerre froide décryptés à travers des exemples de cartes ou encore le style graphique propre à l’agence américaine.

+ L’article « Cartographie pour les nuls : place aux labos ! » (accès aussi réservé aux abonnés) recense deux applications de cartographie, en ligne et gratuites, récemment lancées : d’une part Khartis, conçu par l’Atelier de cartographie de concert avec le Médialab de Sciences Po et développé par Apyx et, d’autre part Magrit, développé par l’UMS RIATE. Les deux « produits plein d’avenir » s’avèrent complémentaires. Le premier insiste sur l’ergonomie et la facilité d’utilisation, tout en proposant des paramétrages puissants (géocodage, choix des projections, réglage fin des visualisations, etc.) alors que le second, qui s’adresse davantage à des utilisateurs expérimentés, propose un large choix de représentations dont certaines habituellement réservés à des logiciels plus ardus (lissages, carroyages, flux, anamorphoses, etc.).

Khartis, application de cartographie thématique

L’Atelier de cartographie de Sciences Po présente une première version de Khartis, une application en ligne de cartographie thématique.

Créez une carte thématique en 3 étapes :
1. Importez vos données à partir d’un simple copier-coller depuis votre tableur.
2. Explorez vos données avec 4 types de visualisations simples et éprouvées.
3. Ajustez l’habillage de votre carte et exportez enfin votre image.

Ses atouts : un géoréférencement automatique des données, un choix de 9 projections paramétrables, une manipulation qui laisse la part à l’exploration des données et enfin une exportation de l’image possible dans 2 formats standards (svg et png).

Khartis est un projet open source. Le code et la documentation sont disponibles sur GitHub.
Il n’est pas indispensable d’être développeur pour contribuer au projet, vous pouvez voter, soumettre des idées en ligne, ou aussi nous écrire à carto[at]sciencespo.fr.

L’application est disponible à cette adresse : sciencespo.fr/cartographie/khartis.

Alors lancez-vous et n’hésitez-pas à nous retourner des bugs à corriger !

Photo :
guteksk7/Shutterstock