La « forme » des cartes – présidentielles 2017, 1er tour, 2/3

Après avoir envisagé quelques options de tris du résultat national du premier tour, revenons dans ce cinquième article sur la « forme » des cartes. On distingue là celles qui utilisent un fond de carte euclidien classique des cartogrammes, ces images déformées – voire difformes selon les cas. Elles s’avèrent très intéressantes pour montrer des résultats électoraux.

Déformer selon les données

On observe une production grandissante des cartogrammes depuis les années 2000, notamment grâce aux travaux féconds de Jacques Lévy, grand promoteur de ces images. Plusieurs logiciels et applications proposent désormais de telles représentations, la référence (libre) demeure Scapetoad.

Sur la forme, les cartogrammes sont spectaculaires : les unités géographiques se voient « gonflées » ou « dégonflées » en fonction des données. Les valeurs fortes donnent l’impression de régions obèses, prêtes à éclater, quand d’autres apparaissent décharnées.

Ce qui compte, c’est donc la proportionnalité des entités géographiques elles-mêmes (la taille varie). Voici une première planche qui montre une géographie des communes françaises selon le nombre de voix obtenues par les quatre premiers candidats et l’abstention, au premier tour de la présidentielle de 2017.

 

Atouts des cartogrammes

En déformant le fond de carte selon une variable choisie, le cartogramme permet de se détacher de la contrainte de l’espace géographique, notamment des superficies des unités géographiques. De la sorte, la colonne de données sélectionnée « devient » le fond de carte. Un grand classique consiste à déformer selon la population.

Cela présente un atout considérable en matière de cartographie électorale. Il est en effet bien plus pertinent de raisonner à partir des individus (ceux qui votent) que des territoires administratifs (circonscriptions, communes, départements, etc.). Le cartogramme montre alors les acteurs et non la structure. C’est d’autant plus valable lors d’un vote national au suffrage direct comme l’élection présidentielle. Un cartogramme déformé selon la population des communes, mettra en avant les centres urbains densément peuplés, qui pèsent pour beaucoup dans le vote national, au dépend des zones rurales, couvrant certes de larges part du territoire, mais au peuplement lâche.

Cette seconde planche compare les deux approches. L’échelle et le mode de visualisation (un dégradé mixte de valeur et de couleur varie) sont identiques, seul le fond – communal – varie : la population pour les cartogrammes, le territoire pour les cartes euclidiennes.

Quelques limites

Le premier problème touche à l’identification de l’espace géographique représenté, les déformations sont parfois telles qu’on ne reconnait pas. On le remarque bien dans la première planche ci-dessus. Cela peut être résolu en introduisant chaque cartogramme d’une carte classique. En parallèle, notre œil commence à s’habituer aux cartogrammes les plus répandus, l’accoutumance est en cours…

Le second inconvénient concerne notre capacité à juger la proportionnalité entre des objets aux formes différentes. C’est surtout le cas à l’échelle internationale où les États présentent de fortes inégalités, de superficie notamment. Cet aspect introduit donc un biais initial difficile à contourner : les petits États (tels Singapour, le Qatar ou les Pays-Bas) apparaissent systématiquement davantage « gonflés » que les grands (Russie, Brésil, etc.) qui montrent eux un aspect rétrécis en raison de leur grande taille.