Communication sur les bases de données des migrations et leurs visualisations

La visualisation des migrations propose des défis stimulants et sans-cesse renouvelés. L’Atelier de cartographie y accorde d’ailleurs une place prééminente en se frottant régulièrement à l’exercice.

Le 3e congrès international OBSERVARE (Observatório de relações exteriores, de l’Université autonome de Lisbonne) s’est déroulé du 17 au 19 mai 2017 sur le site distingué de la Fundação Calouste Gulbenkian. L’événement avait pour thème Au delà des frontières : individus, espaces, idées. Il alternait des sessions plénières – on retiendra notamment l’intervention salutaire de Saskia Sassen, « The Rise of Extractive Logics: Who Owns the City? » – avec de nombreuses sessions thématiques.

Dans la veine de ses recherches en cours mêlant relations internationales, sociologie des quantifications et traductions (carto)graphiques, Benoît Martin a pu présenter quelques premières pistes sur le thème des migrations internationales . L’approche hybride consiste à comparer les bases des données existantes, à en présenter plusieurs mises en cartes, puis à identifier les principaux défis que les traitements soulèvent.

Documents et liens :
– Le diaporama de la communication (en portugais).
– Des informations sur le congrès :  en anglais ou en portugais.
– Le lieu, délicieux : la Fundação Calouste Gulbenkian (musée, bibliothèque, jardin, salle de spectacle, etc.).

Photo : entrée du musée (bâtiment de la collection classique)
Crédit : Benoît Martin

Lire et faire des cartes

Nous vivons dans un monde d’images dont le volume et la diffusion sont en croissance rapide (révolution internet/réseaux sociaux, montée du big data, applications plus accessibles, etc.)

Par « traitement graphique des données » on entend l’ensemble des opérations qui transforment des informations « lues » (textes, nombres) en images « vues » (cartes, diagrammes, schémas).

Ces traitements ne sont pas l’exclusivité d’une discipline (la géographie), ni d’une profession (les cartographes), comme en témoigne l’essor du datajournalisme et des dataviz.

Ces visualisations sont une interprétation de la réalité. Elles résultent d’une série de choix, opérés par leur auteur et qu’il faut connaître.

Il convient donc de systématiquement exercer un regard critique sur les images. Continuer la lecture de Lire et faire des cartes

Recherche et bon usage des statistiques sur l’international et le mondial

Remarques préalables

+ Les « données » (tableaux de statistiques, data, big data) font aujourd’hui partie des outils d’analyse des chercheurs en sciences sociales (saisir une réalité sociale par des chiffres), des experts et des concepteurs de politiques publiques (gouverner en s’appuyant sur les données). Facilement accessibles elles sont également utilisées pour l’information, la communication et la vulgarisation auprès du grand public.

+ Face à cette prolifération d’accès et d’usage, il est nécessaire d’être vigilant et de mettre en place de bons réflexes d’analyse critique. En effet, ces données ne sont pas la réalité et n’ont que l’apparence de la neutralité. Il s’agit de constructions complexes, issues de chaînes de production parfois longues et qui impliquent des auteurs variés.

+ Les données sur l’international sont majoritairement construites par agrégation de statistiques nationales, rares sont celles qui ont été initiées à un niveau international (comme l’IDH du PNUD- créé en 1990). Si les Organisations internationales – avec les contraintes liées à leur fonctionnement interétatique) restent les principales productrices de données, bien que les ONG construisent des indicateurs pour défendre leur cause, et les centres de recherche et think tanks développent leur expertise en s’appuyant sur des indicateurs qu’ils construisent. Ces auteurs/acteurs statistiques peuvent coopérer ou être en concurrence. Dans tous les cas, ces données « inter-nationales » peinent encore à rendre compte de façon fine des enjeux véritablement mondiaux et transnationaux.

+ Les choix de définitions, d’unités de mesure, de méthodes d’homogénéisation, de pondérations, d’agrégation, de construction de modèles statistiques… doivent donc être analysés avec précision en amont de l’utilisation des données. Il s’agit alors de les considérer à la lumière de leurs auteurs, du contexte de leur conception, de leur production et de leurs usages (institutionnel, politique, idéologique et technique).

+ Au cours des 3 années de formation au Collège universitaire, les données quantitatives sur l’international se rencontrent dans trois types de situations :

+ chercher et traiter des données quantitatives pour démontrer/vérifier/illustrer,
+ trouver des données quantitatives au cours de lectures de tous types,
+ construire un tableau avec ses propres données.

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Explorer quelques comparaisons – présidentielles 2017, 1er tour, 3/3

Sixième article profitant de l’actualité électorale pour distiller quelques tuyaux cartographiques. Après avoir précédemment considéré les fructueuses déformations que proposent les cartogrammes, revenons à des représentations plus traditionnelles afin d’expérimenter quelques pistes dans Khartis. On propose maintenant de dépasser la seule visualisation brute des résultats d’un candidat en opérant quelques calculs et combinaisons simples.

D’abord, toujours rappeler le niveau

Avant de calculer et de représenter des évolutions, il est opportun d’indiquer au préalable un ordre de grandeur ou un niveau. On peut prendre l’image bien connue du PIB : avant de comparer la « croissance » entre pays, il vaut mieux montrer les volumes respectifs. Il en est de même en géographie électorale : un candidat peut voir son score multiplié par 10 d’une élection à l’autre, si, au niveau national, il ne rassemble que quelques centaines de milliers de voix, son score restera inférieur à un candidat qui stagne à plusieurs millions de voix.

L’évolution dans le temps : ratio ou solde ?

L’option de comparer deux cartes, en échelle commune, à des dates différentes est souvent efficace mais les changements sont parfois subtils et deviennent invisibles par la seule comparaison de deux images. Il faut donc aller au delà et calculer ; ce que quelques opérations simples dans un tableur permettent généralement. Continuer la lecture de Explorer quelques comparaisons – présidentielles 2017, 1er tour, 3/3

La « forme » des cartes – présidentielles 2017, 1er tour, 2/3

Après avoir envisagé quelques options de tris du résultat national du premier tour, revenons dans ce cinquième article sur la « forme » des cartes. On distingue là celles qui utilisent un fond de carte euclidien classique des cartogrammes, ces images déformées – voire difformes selon les cas. Elles s’avèrent très intéressantes pour montrer des résultats électoraux.

Déformer selon les données

On observe une production grandissante des cartogrammes depuis les années 2000, notamment grâce aux travaux féconds de Jacques Lévy, grand promoteur de ces images. Plusieurs logiciels et applications proposent désormais de telles représentations, la référence (libre) demeure Scapetoad.

Sur la forme, les cartogrammes sont spectaculaires : les unités géographiques se voient « gonflées » ou « dégonflées » en fonction des données. Les valeurs fortes donnent l’impression de régions obèses, prêtes à éclater, quand d’autres apparaissent décharnées.

Ce qui compte, c’est donc la proportionnalité des entités géographiques elles-mêmes (la taille varie). Voici une première planche qui montre une géographie des communes françaises selon le nombre de voix obtenues par les quatre premiers candidats et l’abstention, au premier tour de la présidentielle de 2017. Continuer la lecture de La « forme » des cartes – présidentielles 2017, 1er tour, 2/3

Visualiser le résultat des candidats – présidentielles 2017, 1er tour, 1/3

Après trois premiers articles à la fois méthodologiques, appliqués et historiques (sur le maillage territorial, les résultats de 2012 et l’abstention), ce quatrième billet poursuit avec la même approche sur les résultats du premier tour de la présidentielle de 2012.

Trois graphiques en forme de résultat

On conserve la proposition formulée dans l’article précédent en considérant comme base 100 le nombre d’inscrits, et non celui des votants, ce qui permet d’incorporer l’abstention. Rappelons que les individus inscrits mais qui ne sont pas allés voter – les « abstentionnistes » donc – sont plus nombreux que les voix recueillies par le candidat arrivé en tête, Emmanuel Macron.

De manière assez classique, le résultat au niveau national peut être visualisé sous forme d’un diagramme en barres. Si le traitement paraît simple, il faut rester vigilant au tri (l’ordre des barres). L’efficacité de l’image finale en dépend.

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L’abstention, 1965-2012 – en attendant le premier tour, 3/3

L’abstention est régulièrement citée par les spécialistes comme un des “premiers partis de France”. Dans ce troisième article, après avoir abordé le maillage territorial du vote puis les résultats de 2012, nous explorons la notion d’abstention. Dans ce dernier article de la séquence d’avant le premier tour (2017), davantage graphique et moins littéraire, nous pointons la question de la délimitation de l’abstention puis ses dimensions historiques et géographiques.

Imbrication des individus et des comportements

Resituons l’abstention au sein des comportement électoraux en partant de la population initiale, les individus qui ont le droit de voter.

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Retour sur les résultats de 2012 – en attendant le premier tour, 2/3

Après avoir introduit les unités géographiques électorales que sont les circonscriptions législatives, abordons les deux familles classiques de visualisations des données à partir des résultats de la présidentielle de 2012. Khartis permet ces représentations.

Récupérer les données

Elles sont notamment diffusées par le CDSP de Sciences Po. On peut les télécharger sur la plateforme data.gouv, dans un format csv, puis les utiliser telles quelles dans Khartis.

On peut aussi ouvrir l’appli et charger le projet correspondant dans lequel les données sont précédemment chargées et une visualisation déjà proposée :

>> projet khartis

Types de données/visualisation

À l’issue du dépouillement du vote, les données obtenues sont brutes : ce sont des nombres de voix. Par calcul, ils sont ensuite transformés en ratio en les divisant par le nombre de votes exprimés et deviennent alors des parts (exprimées en % des votants). Dans le tableau, ces deux types de données correspondent aux colonnes intitulées “voix” et “%”.

Pour les visualiser, les nombres sont idéalement montrés par des points proportionnels (la taille varie) alors que les parts le sont plutôt par des dégradés de couleur (la valeur varie). Continuer la lecture de Retour sur les résultats de 2012 – en attendant le premier tour, 2/3

Le maillage territorial du vote – en attendant le premier tour, 1/3

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’Atelier de cartographie de Sciences Po propose de brefs articles autour de la dimension cartographique de ce sujet. Cela permet d’éclairer certains points méthodologiques, de proposer des données et des fonds de cartes ainsi que de suggérer des usages immédiats avec Khartis.

Le premier article porte sur le matériel préalable à toute cartographie électorale : les unités géographiques du vote. Elles sont importantes puisqu’elles conditionnent la structure du fond de carte et des données.

 

Bureaux, circonscriptions, départements et nation

Le résultat de l’élection présidentielle s’applique au niveau national, le territoire français constituant alors l’unique circonscription. À des fins d’analyse, on peut avantageusement jouer avec les échelles dont les différents niveaux “s’emboîtent” géographiquement. Les voix ne sont comptabilisées qu’à l’échelon le plus fin, celui des bureaux de vote. Le résultat national résulte donc d’une vaste somme des étages inférieurs.


>> fichier original en svg (circonscriptions et départements).

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Communication sur Khartis au colloque sur l’enseignement de la cartographie

L’Atelier de cartographie a participé au colloque du Comité français de cartographie (CFC) sur l’enseignement de la cartographie et de la géomatique. Cette rencontre s’est déroulée les 17 et 18 novembre derniers à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3.

Benoît Martin a présenté un retour d’expérience sur le travail de conception mené par l’Atelier de cartographie pour l’application Khartis. Les échanges avec les participants dans la salle ont ensuite permis de préciser quelques fonctionnalités de l’outil et d’expliquer la genèse du projet. Les débats ont principalement porté sur l’enseignement de la sémiologie graphique (c’est-à-dire les choix et réglages de l’étape « visualisation » dans Khartis), les simplifications envisageables pour des débutants et les usages numériques actuels. Enfin, cette communication a fourni une occasion de recueillir des avis, ceux des étudiants ont été très positifs. Sur deux journées, pas moins d’une vingtaine de formations, de projets pédagogiques ou de recherche comportant une dimension cartographique ont ainsi été présentés.

Les actes de la manifestation seront publiés dans un prochain numéro de Cartes et Géomatique, la revue du CFC.

Documents :
communication de Benoît Martin,
site internet du colloque,
– application Khartis.