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Urban Lab : inventer le campus de demain

Étudiants du cycle d'urbanisme de Sciences Po participant à l'Urban Lab

Séance de travail à l'Urban Lab © Sciences Po / Emmanuelle Josse

À l’École urbaine de Sciences Po, les élèves du cycle d’urbanisme ont planché sur les usages urbains qui pourraient voir le jour à court terme pour donner corps au projet Campus 2022. Mobilisés pendant deux jours en groupes de 4 ou 5, ils défendront leurs travaux devant un jury le 20 décembre prochain.

Deux jours de travail, trois minutes d’exposé

« L’idée, c’est de réenchanter le quartier de Saint-Germain des Prés. » Au micro, le petit groupe d’élèves en master de l’École urbaine de Sciences Po a 3 minutes pour expliquer sa démarche. Ils ont interrogé des étudiants qui fréquentent comme eux le nord du VIe arrondissement, mais qui, inscrits à l’école Paris-Malaquais, aux Beaux-Arts ou à Paris-Descartes, l’appréhendent différemment, en évoluant à partir de leur établissement de formation. Lors de ces entretiens, Clémence, Alexandra, Céline et Antonin ont fait le constat que les communautés étudiantes du quartier ne partageaient pas leurs savoirs d’usagers, telle la sélection des bonnes adresses pour manger, travailler, se cultiver ou se divertir. Ils ont conçu une solution innovante susceptible de pallier ce manque. Au terme des trois minutes, ils doivent avoir convaincu l’assemblée de son utilité et de sa faisabilité.

Cet après-midi-là, 8 autres groupes d’étudiants se prêteront au même exercice. Ces présentations concluent l’Urban Lab, un workshop de deux jours organisé par Irène Mboumoua, responsable pédagogique du cycle d’urbanisme : « après avoir mené des observations sur le terrain pour repérer des besoins insatisfaits ou émergents, les participants ont pour mission de construire une solution opérationnelle, tout en réfléchissant, autant que possible, à son financement », explique-t-elle.

Le design thinking pour réfléchir à de nouveaux usages urbains

Dans cette pépinière éphémère qu’est l’Urban Lab, plusieurs maïeuticiens sont à la manœuvre. Côté méthodologie, Ana Zuluaga et Mathieu Aguesse, collaborateurs du School Lab venus initier les participants aux préceptes du design thinking. Soit l’art de combiner approche créative et pensée analytique afin de prototyper, dans un laps de temps assez court, des produits ou des services.

Directrice exécutive de l’École urbaine, Brigitte Fouilland se réjouit de l’initiative : « Nos étudiants ont l’habitude de travailler sur des projets collectifs. Mais la mise en œuvre de la méthodologie design thinking constitue une innovation pédagogique. Elle se prête bien à notre domaine, où des problématiques de sciences sociales trouvent immédiatement des traductions très concrètes. »

Jérôme Baratier est l’autre encadrant de l’Urban lab. Directeur de l’agence d’urbanisme de Tours, enseignant au cycle d’urbanisme de Sciences Po, il invite les étudiants à questionner l’emprise de Sciences Po et de ses communautés d’usagers à l’échelle du quartier. « Ce qui se joue pour Sciences Po avec Campus 2022, analyse-t-il, c’est l’évolution d’une stratégie immobilière, avec l’occupation de différents sites sur un périmètre de quelques rues, en une stratégie urbaine impliquant un bien plus grand nombre d’acteurs : la mairie de Paris, les opérateurs privés, les habitants du quartier. »

Décloisonner Sciences Po

De fait, la majorité des solutions élaborées durant le workshop dépasse le cadre de la communauté Sciences Po : « ce quartier compte plus d’étudiants que d’habitants. Mais les établissements qu’ils fréquentent sont des bâtiments fermés, aux façades aveugles, sans visibilité ni activité apparente. Il s’agit de réinjecter une certaine porosité entre ce qui se passe derrière leurs murs, et la vie de l’extérieur », commente Marco Cremaschi, directeur du Cycle d’urbanisme.

Les étudiants du master ont cherché à créer de l’urbanité au-delà de leur école : échanges de services avec les habitants, installation, sur la place Saint Thomas d’Aquin, de structures culturelles ou festives impliquant tous les usagers du quartier, élaboration d’outils en tout genre pour donner, dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, de la visibilité aux parcours étudiants.

Le 20 décembre prochain, chaque groupe se verra à nouveau accorder trois minutes pour présenter son travail devant un jury composé, entre autres, de représentants de la direction de Sciences Po et de la mairie de Paris. Alors que les exposés s’achèvent, Mathieu Aguesse donne quelques conseils pour en parfaire l’organisation. Il invite notamment les participants de l’Urban Lab à élargir leur vision et à assumer l’ambition de leur projet. Quand s’achèvera le chantier de l’Artillerie, ils seront déjà diplômés, partis travailler sur d’autres territoires. Mais peut-être leurs successeurs sur les bancs de l’École urbaine seront-ils les heureux bénéficiaires des solutions inventées à l’Urban Lab.