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« Le chantier de l’Artillerie concrétise le changement de statut de Sciences Po »

Patrick Le Galès et Mario Cremaschi de l'École urbaine sur le campus 2022

Mario Cremaschi et Patrick Le Galès © Sciences Po / Emmanuelle Josse

Pour Patrick Le Galès, doyen de l’École urbaine et Marco Cremaschi, responsable du Cycle d’urbanisme de l’École urbaine, le chantier de l’Artillerie symbolise le passage de Sciences Po au statut d’université internationale de recherche en sciences sociales qui forme les élites. Ils montrent, en variant les échelles, comment le futur campus joue un rôle autant dans la vie de quartier que dans l’attractivité de la « ville-monde » parisienne.

Le nouveau site de l’Artillerie se situera tout près des fonts baptismaux de Sciences Po, à savoir la rue Saint-Guillaume. Comment ce chantier s’inscrit-il dans l’histoire de l’institution ?

Patrick Le Galès : Il est lié à sa métamorphose dans les dernières décennies. Il y a 30 ans, Sciences Po abritait 2 000 à 3 000 étudiants, qui évoluaient entre la rue des Saints-Pères et la rue Saint-Guillaume. Depuis, ses effectifs ont explosé : on en compte aujourd’hui 13 000 étudiants. Le recrutement s’est diversifié, internationalisé. L’Artillerie concrétise ce changement. Avec ce bâtiment modernisé, Sciences Po pourra mieux rivaliser avec New York University ou la London School of Economics, de grands organismes d’enseignement et de recherche adossés à des campus urbains. Aux yeux de nos partenaires de Beijing, où je me suis rendu il y a peu, la perspective soulève beaucoup d’intérêt !

Marco Cremaschi : Le 27, rue Saint-Guillaume reste le lieu emblématique de Sciences Po. Mais en réalité, le cœur battant de l’école se situe déjà au carrefour que cette rue forme avec le boulevard Saint-Germain-des-Prés. Il est traversé par les flux d’étudiants et de personnels qui fréquentent les salles de cours, travaillent, vont acheter des sandwichs le midi… Il ancre l’institution dans une certaine mémoire spatiale : le Quartier latin, Mai 68, Sartre…

Mais Saint-Germain-des-Prés n’est plus le haut lieu de vie intellectuelle qu’il fut au temps de Sartre.

Patrick Le Galès : En effet, malgré le maintien de librairies et de quelques éditeurs, le quartier est devenu synonyme de consommation de luxe. L’un des objectifs du nouveau campus autour de l’Artillerie est de revitaliser cet héritage et de refaire du quartier, en collaboration avec les acteurs municipaux, un espace de circulation des idées et de la culture. On peut par exemple envisager des conférences ouvertes au public, ou encore l’aménagement de lieux d’exposition.

Marco Cremaschi : C’est notamment là-dessus que vont travailler nos élèves de l’École urbaine lors d’un workshop de deux jours, début décembre. Que va signifier l’implantation concrète d’un campus urbain entre ces deux vaisseaux amiraux que sont la rue Saint-Guillaume et l’Artillerie ? Quels sont les impacts attendus à l’échelle de tout un quartier ?

À l’échelle d’un quartier, mais aussi à celle d’une grande métropole.

Patrick Le Galès : Oui, car le chantier de l’Artillerie signifie pour Sciences Po un changement d’envergure autant que le Grand Paris marque un tournant dans l’histoire de l’agglomération parisienne. Celle-ci souffre encore de l’opposition centre-banlieue et d’une certaine image muséale. Mais c’est une métropole de rang mondial avec un tissu économique et scientifique dense. Pour éviter la saturation (dans les transports notamment), il faut y aménager les services collectifs et les infrastructures adéquats. C’est ainsi que Campus 2022 s’inscrit dans les mutations de la ville de Paris mais aussi du Grand Paris.

À côté de ce projet parisien, Sciences Po a déployé, depuis 15 ans, plusieurs antennes en région. Entre mise en valeur de la capitale et énergie décentralisatrice, n’y a-t-il pas une forme de tension typique du territoire français ?

Marco Cremaschi : En installant des campus en province, Sciences Po a accompagné une incontestable réussite française : celle de la décentralisation, et de la montée en puissance de grandes métropoles régionales. Mais le principe de la mise en réseau, c’est de conjuguer le maillage d’un territoire en même temps que la densification des nœuds urbains qui le structurent. C’est la raison pour laquelle il faut moins parler de tension que de complémentarité.

Patrick Le Galès : Dans le jeu de coopération-concurrence auquel se livrent les villes à l’échelle mondiale, on a intérêt, en France, à conserver à la fois des capitales régionales extrêmement dynamiques, comme Lyon ou Nantes, et une métropole comme le Grand Paris. Il ne faut pas voir l’agglomération parisienne sous le seul angle de l’hypertrophie. Dans le contexte hexagonal, c’est aussi un poumon, une ville « escalator » : les gens y migrent, puis en repartent, impulsant des dynamiques sur tout le territoire. La mobilité sociale y est forte. Dans le contexte international, c’est également la seule entité française qui puisse rivaliser avec Londres, Tokyo, New York ou Istanbul, notamment dans l’économie globalisée de la connaissance : c’est là qu’entrent en scène des chantiers comme celui de l’Artillerie.