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Alexandre Gady : « On va offrir de la beauté aux étudiants »

Alexandre Gady "L'Artillerie est un îlot qui a résisté au temps" © Sciences Po / David Kanner

Alexandre Gady, Professeur d’histoire de l’art et d’architecture à la Sorbonne

Professeur d’histoire de l’art et d’architecture à la Sorbonne, spécialiste de l’histoire de Paris, Alexandre Gady connaît bien l’hôtel de l’Artillerie. Il tisse pour nous le lien entre le passé de ce patrimoine “intimement lié à l’Histoire de France” et son avenir avec le projet Campus 2022. Ou comment Sciences Po redonne du sens à cet ancien noviciat conçu pour l’étude et pour former les esprits. Entretien.

Quelle place occupe l’hôtel de l’Artillerie dans Paris ?  

L’hôtel de l’Artillerie est un patrimoine exceptionnel de la capitale, ce musée à ciel ouvert où l’on peut se promener indéfiniment à la découverte de lieux “secrets” ou fermés, en complet contraste avec l’agitation urbaine. Ancien noviciat, l’hôtel de l’Artillerie est un objet intimement lié à l’histoire de France. Avant 1789, Paris comptait de très nombreux couvents. Mais la Révolution fait disparaître des édifices entiers, ou les réutilise. L’hôtel de l’Artillerie est un des seuls qui soit resté presque intact. Son architecture se comprend comme un tout : le noviciat, lieu voué à la formation et à l’étude des jeunes dominicains jouxte l’église Saint-Thomas d’Aquin, qui en était la chapelle. D’autres exemples à Paris témoignent de cette unité de lieux et de fonctions : le lycée Charlemagne, ancienne maison professe des Jésuites à Paris, est indissociable de l’église Saint-Paul-Saint-Louis, et l’église du Val-de-Grâce dont les bâtiments accueillent le musée du service de santé des armées. L’hôtel de l’Artillerie reste un cas de séparation ayant accueilli dès 1795, au gré des guerres révolutionnaires puis des conquêtes impériales, “des armes et armures impropres à l’usage”.

ⓒ Noise La Ville / Fiona Forte

Vue de l’église Saint-Thomas d’Aquin ⓒ Noise La Ville / Fiona Forte

Pourquoi ce style d’architecture est-il austère ?

Le style correspond à ce qu’on pourrait nommer une austérité fonctionnelle, propre aux édifices dessinés par Pierre Bullet qui sous le règne de Louis XIV, a construit, outre l’église Saint-Thomas d’Aquin, la Porte Saint-Martin à Paris. On est ici au cœur de la pensée du XVIIe siècle : adapter l’objet à l’usage. Le dessin sans fioritures du bâtiment invite à l’étude et au calme. Et le définit : le noviciat sert à former des jeunes gens dans un cadre spirituel. C’est un ilôt au coeur de Paris qui a résisté, par chance et par un bel hasard, au temps et aux menaces de destruction.

Que vous inspire son acquisition par Sciences Po ?

C’est une joie et un défi ! Cette acquisition est une occasion unique de transformer de la belle architecture en architecture universitaire. Et une revanche sur la laideur qui caractérise tant de collèges et lycées construits dans les années 60-80. Car l’horreur pèse, elle alourdit et abîme les esprits. En conséquence, on offre ici de la beauté aux étudiants. De plus, Sciences Po redonne du sens au lieu, comme pour souligner, au-delà de ses différentes affectations et du temps qui passe, la prévalence de l’esprit, comme un fil qui se poursuit. On n’est pas ici en contradiction, mais plutôt en continuation. Place à l’étude, donc, et aux livres. C’est là, un symbole fort.