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Censure et cinéma
un tour du monde
France

Bibliographie
illustrée

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Baromètre

Irréversible
(G. Noé, 2002, France) :
interdit –16 ans

Pirates of the Caribbean
(G. Verbinski, 2003, Etats-Unis) :
tous publics

Der Untergang
(O. Hirschbiegel, 2004, Allemagne) :
tous publics avec avertissement

The Da Vinci Code
(R. Howard, 2006, Etats-Unis) :
tous publics

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Liens

Commission de classification des œuvres cinématographiques

  • Histoire

Carné, Marcel
Censures… (article de Cinémagazine n°38, 20 sept. 1929)

Cinessonne
Propos sur la censure (2003)

Le Gall, Patrick
Sauve qui peut les images (documentaire, TF1, 1982)

Hervé, Frédéric
La censure du cinéma en France à la Libération (1895 n°40, 2003)

Trélis, Lionel
La censure cinématographique en France (mémoire, IEP de Lyon, 2001)

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Chronologie

Jusqu’en 1909
Censure locale sans cadre légal (1906 : suppression censure des théâtres)

1909
Cinéma "spectacle de curiosité" soumis à la loi de 1884 (troubles à l’ordre public)

1913
Circulaire de l’Intérieur aux préfets : généraliser censure avant projection

1916
Création par l’Intérieur d’une commission de censure nationale

1919
Nouvelle commission dépendant de l’Intérieur et de l’Instruction et des Beaux-Arts

1928
Décret Herriot : visa accordé sur avis conforme d’une commission paritaire fonctionnaires / professionnels du cinéma

1931
Création du Conseil supérieur du cinéma : un Comité national dirigé par l’Intérieur est chargé du contrôle

1936
Professionnels exclus du Comité dépendant de l’Education nationale (avec veto possible de l’Intérieur et des Affaires étrangères)

1937
Circulaire aux professionnels sur les critères d’attribution ou de refus du visa

1945 (juillet)
Création de la Commission de contrôle des films cinématographiques (paritaire modèle 1928)

1946
Création du Centre national de la Cinématographie
Accords Blum-Byrnes

1948
Loi d’aide au cinéma

1950-1951
Commission bloquée : la parité rompue, les professionnels démissionnent.

1955 (3 avril)
Guerre d’Algérie : loi de contrôle de la presse, du cinéma, de la radio et du théâtre.

1959
Création de l’avance sur recette et de l’interdiction –18 ans

1961
Suppression de la parité et de l’interdiction –16 ans, nouveau code de censure (scénarios, affiches), nouvelle commission de fonctionnaires, interdiction –13 ans.

1968 (décembre)
Les Etats généraux du cinéma demandent l’abolition de la censure

1974 (fin août)
Suppression de la censure au cinéma

1975 (fin octobre)
Loi de finance : création de la cote X (privation des subventions d’Etat et taxes majorées)

1976
Sondage dans L’Express : 65% pour un contrôle

1981
Mise en route d’une réforme de la Commission qui intègre des –25 ans

1990
La Commission devient "de classification des œuvres cinématographiques"
Suppression de l’interdiction –18 ans

2001
Rétablissement de l’interdiction –18 ans (à la majorité qualifiée)

 

La censure des films en France est double : censure d'Etat à travers les décisions préfectorales et/ou ministérielles et la commission de classification ; censure municipale. Pour simplifier, la censure politique émane plutôt de l'Etat, la censure morale plutôt des maires.

La première commission nationale de censure est née en 1916. Elle a été remaniée plusieurs fois quant au(x) ministère(s) de tutelle et à sa composition. Dépendant au départ du ministère de l'Intérieur, elle se partage dès 1919 entre l'Intérieur et l'Education nationale et les Beaux-Arts. Sous la Vème République, elle dépend du ministère de l'Information, puis de la Culture.

Sa composition, qui influence son attitude générale, est une question capitale. La commission ne rassemble d’abord que des fonctionnaires. La parité avec les professionnels du cinéma est introduite par le décret Herriot de 1928.
Les professionnels sont exclus en 1936, juste avant l'arrivée du gouvernement de Front populaire, et réintégrés après la seconde guerre mondiale. En 1950, la rupture de la parité (avec l'introduction d'un représentant des associations familiales nommé par un ministre) entraîne un conflit qui dure jusqu'en 1952. La situation se durcira à nouveau en 1961 avec une nouvelle exclusion des professionnels, qui reviendront après 1968.

La réforme de 1990 a voulu l'équilibre entre fonctionnaires, professionnels et experts (éducateurs, sociologues, médecins...). L'interdiction totale existe toujours mais n'a plus servi depuis longtemps. En dépit de décisions controversées dans le milieu culturel ces dernières années, la commission française est de loin l'une des plus libérales au monde.

La censure politique et ses fluctuations suivent celles de la politique intérieure et internationale. Ce n'est pas un hasard si, après quelques faits de censure ponctuels dans les années 1900, la commission nationale naît pendant la première guerre mondiale. Le durcissement des années 1930 reflète la montée de l'antiparlementarisme et la menace d'une nouvelle guerre.

Après 1945, la guerre froide (interdictions de films soviétiques) et surtout les guerres de décolonisation motivent la plupart des interdictions. Les décisions prises au niveau national dans les années 1960 ("La religieuse") relèvent en apparence de la censure morale, mais sont politiques en ce qu'elles cherchent à ménager la part conservatrice de la population, soutien du gouvernement.

Après 1968, la réforme libérale de 1974 veut remettre la loi au diapason de la société, mais l'Etat se redonne très vite les moyens d'intervenir, en partie à la demande du public. Quelques cas de censure politique se produisent dans les années 1970.

L'évolution du secteur du cinéma, en le plaçant dans les années 1980 sous la dépendance financière de la télévision, a redistribué les cartes : la censure économique exercée par les chaînes de télévision recouvre aussi bien des questions politiques que morales.

Le pouvoir de censure des maires s'appuie sur une loi de 1884 sur les troubles à l'ordre public. Il est mis en oeuvre dès les années 1900 et les protestations des exploitants seront vaines, l'Etat trouvant son compte à déléguer. Les cas se multiplient dans les années 1930 ("Justin de Marseille", "Le rosier de madame Husson") et plus encore à la veille de la guerre.

Pendant l'Occupation, l'occupant se réservant la censure politique, le gouvernement de Vichy se rabattra sur la censure morale et sera parfois débordé par le zèle des maires et d'une partie du public, qui renchériront dans l'ordre moral. (Pour plus de détails sur la censure en France de 1939 à 1945, voir la page Guerre)

Après 1945, la censure municipale se trouvera un porte-drapeau en Jean Royer, maire de Tours, mais ne parviendra pas à endiguer l'évolution des moeurs à travers Brigitte Bardot puis la Nouvelle Vague. L'explosion du cinéma érotique et pornographique au début des années 1970 est sa dernière grande bataille gagnée.

Depuis, des cas ponctuels de censure municipale se produisent, en général déclenchés par l'action d'associations familiales et religieuses. Celles-ci sont à la base de la plupart des demandes de censure des dernières années, demandes presque toujours rejetées.

 

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Bibliothèque de Sciences Po