Louise MOILLON (Paris, 1610-1696), « La Marchande de fruits et légumes », 1630, huile sur toile, 120 X 165 cm, détail, Musée du Louvre.

LES CHOSES

Les artistes sont parmi les premiers à prendre les choses au sérieux, non pas comme avant tout inférieures, mais douées de charme, de sens et de facultés propres à donner matière à penser, à croire, à rêver. En les abandonnant à leur circulation, ils ont confié aux collectionneurs et aux musées le soin de classer leurs représentations. Or, il n’y a pas de sujet plus déstabilisant, qui ne vienne plus efficacement mettre en cause les catégories les plus assurées. C’est aussi le constat des sciences humaines et sociales qui ont depuis un certain temps considéré ces choses comme des objets complexes, dignes de biographies – elles ne se distinguent pas aussi facilement que cela des agents humains (dans la robotique, en particulier). Puissamment actives, elles sont à saisir comme des faits sociaux et politiques. Il s’agira d’étudier leur portée dans les représentations de toutes sortes, moins pour nous détacher avec mépris de la matérialité que pour reconnaître ce qui, dans la culture matérielle, assure les pratiques mais aussi les savoirs et les croyances, l’aliénation et la liberté.

Ce séminaire contribue à sa façon à la préparation d’une exposition au Musée du Louvre.

Laurence Bertrand Dorléac

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