Rula Ghani, “First Lady” d’Afghanistan, promo 1969

Être une jeune fille rangée, étrangère et loin de sa famille, dans le Paris de mai 68. Être une jeune fille tout court dans le Sciences Po de 1967 qui ne compte que 25% d’étudiantes. 47 ans plus tard, être en Afghanistan la première “First Lady” d’un pays qui n’avait jamais vu le visage d’une femme de président. “J’ai appris à m’adapter”, résume modestement Rula Ghani, qui incarne aujourd’hui pour les femmes afghanes un espoir et un exemple. À l’occasion de sa conférence à Sciences Po vendredi 13 octobre 2017, retour sur les années étudiantes de cette diplômée d’exception.

Inscrite en 1966 en “Année préparatoire”, la jeune Rolla Saadé - son nom de jeune fille - arrive rue Saint-Guillaume avec la “vague démographique” des années 60, qui porte à 4000 le nombre d’étudiants à Sciences Po. De nationalité libanaise, elle fait partie des quelques 700 étrangers qui fréquentent l’établissement, soit environ 20 % du corps étudiant - on est loin des 50% de 2017. Elle loge à quelques pas des amphithéâtres, dans un “Foyer Sainte-Odile” sis au 34 de la rue Saint-Guillaume. Les notes et les appréciations du dossier de l’étudiante Saadé confirment la redoutable réputation de la fameuse “Année préparatoire” - si exigeante que les 50% d’étudiants qui n’étaient pas éliminés à l’examen final se considéraient comme les seuls “vrais Sciences Po”. “Attentive, travailleuse, manque encore de méthode et de maturité”, relève son professeur d’histoire-géographie. Étudiante très moyenne en 1ère année, elle se distingue en anglais où son professeur salue “son niveau nettement supérieur aux étudiants du groupe”. Pas étonnant que la première dame afghane parle aujourd’hui cinq langues…

“Une élève modèle, si cette catégorie existait”

Difficile, l’année préparatoire (à condition de survivre à l’examen) constituait aussi le meilleur des entraînements pour la suite du parcours à Sciences Po. Reçue (de justesse) à l’examen final, la jeune Rolla Saadé devient une très bonne étudiante de la section “Relations Internationales”, qui accueille alors nombre d’étudiants étrangers, où elle suit les cours de l’historien des relations internationales Jean-Baptiste Duroselle, du diplomate Jean Laloy et de la juriste Suzanne Bastid, autre pionnière qui l’inspira sans doute, puisqu’elle était la seule femme avec Hélène Carrère d’Encausse titulaire d’un cours magistral de 1945 à 1972... Parmi ses choix de cours : “Les pays en voie de développement”, “Les très grandes puissances” ou encore “Le Proche-Orient”. “De l’intelligence et une fraîcheur parfois naïve”, relève un de ses professeurs, qui apprécie “ses vues personnelles et originales”. En relations internationales, son professeur note sa “grande curiosité d’esprit et son jugement solide”. “Une élève modèle, si cette catégorie existait”, s’enthousiasme son professeur d’anglais.

Un modèle d’émancipation pour les femmes

Elle obtient son diplôme de Sciences Po en 1969 et rejoint l’université américaine de Beyrouth, “durablement inspirée” par l’effervescence de 1968 à Paris. C’est là qu’elle obtient un master de science politique et qu’elle rencontre son mari, Ashraf Ghani, élu en 2014 président de la république d’Afghanistan. À ses côtés, elle va mener sa propre révolution, sereine et déterminée : l’invention d’un rôle de “Première dame” qui n’avait pas de précédent dans ce pays. Auparavant dans l’ombre, la “First Lady” façon Rula Ghani est une personnalité publique qui s’entoure d’une équipe, dispose de locaux où elle reçoit tout le pays, répond à ses e-mails et représente “un modèle d’émancipation” pour toutes les femmes du pays. Un de ces “esprits libres” qui ferait la fierté du fondateur de Sciences Po, Émile Boutmy.

13 octobre 2017 : Rula Ghani à Sciences Po

Sources

  • Dossier de scolarité de Rolla Saadé conservé aux archives de Sciences Po
  • Sciences Po Stories, la fresque historique

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