1989, place Tiananmen

Les 26, 27 et 28 juin 2017, Sciences Po accueille le prestigieux congrès international des études asiatiques. Pendant ces trois jours, de nombreux spécialistes vont s’exprimer devant des participants du monde entier sur les recherches les plus récentes sur ces zones géographiques. À cette occasion, Sciences Po a souhaité accueillir un témoin majeur de l’évolution du continent asiatique : Wang Dan, l’un des principaux porte-paroles du mouvement de la place Tiananmen en 1989 et aujourd’hui encore fervent défenseur de la démocratie. Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite CNRS au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po et spécialiste de la Chine, lui rend hommage. Portrait.

Le front ceint d’un bandeau marqué des caractères jueshi (grève de la faim), empoignant un mégaphone, le regard dissimulé derrière des lunettes à monture d’écaille, Wang Dan s’adresse à la foule sur la place Tiananmen. L’image de cet étudiant de vingt ans est devenue un symbole de l’immense mouvement populaire qui a fait trembler le parti communiste chinois au printemps 1989. Inscrit en deuxième année d’histoire à la prestigieuse Beida (l’université de Pékin), ce fils de professeur est devenu l’un des principaux porte-paroles d’un mouvement pour la démocratie dont les téléspectateurs du monde entier ont suivi l’évolution avec passion.

L’un des jeunes opposants les plus mûrs de sa génération

Étudiant brillant, il avait créé en 1988 le Salon démocratique de Beida qui était devenu un haut lieu des discussions sur la démocratisation de la Chine qui enflammaient la jeunesse. Proche de Fang Lizhi, le Sakharov chinois, il apparaissait comme l’un des jeunes les plus mûrs de sa génération. En 1989, il a participé au mouvement dès son déclenchement, en créant avec d’autres camarades la Fédération autonome des étudiants de Pékin qui s’est trouvée à l’avant-garde du mouvement. Plutôt réservé, doté d’un grand calme à la différence de l’autre porte-parole du mouvement, l’étudiant ouighour Wuerkaixi, Wang Dan n’a pourtant pas hésité à lancer avec lui la grève de la faim qui a conduit à l’occupation de la place Tiananmen à partir du 13 mai 1989. Malgré les nombreuses luttes entre les étudiants, il est resté l’un des porte-paroles du mouvement, apprécié des médias étrangers pour sa capacité d’analyse. Le 19 mai, il a participé au dialogue avec le premier ministre Li Peng qui s’est refusé à toute concession et a proclamé la loi martiale. »

En prison pour cause de « complot contre le gouvernement »

Numéro un sur la liste des « criminels » recherchés après le massacre du 4 juin, il a été condamné à quatre ans de prison pour « propagande et agitation contre-révolutionnaires ». À sa sortie de la geôle de Qincheng, il s’est à nouveau engagé en faveur de la démocratie en compagnie de Liu Xiaobo, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2010 toujours emprisonné, et de l’historien Bao Zunxin, dirigeant de la Fédération autonome des intellectuels de Pékin pendant le printemps 1989. Avec eux, il a lancé des pétitions, fondé des groupes d’aides aux familles des prisonniers politiques, dénoncé les abus du régime, ce qui lui a valu d’être arrêté en 1995 et condamné à onze ans de prison en 1996 pour « complot en vue de renverser le gouvernement ».

Opposant en exil

En 1998, à la veille de la visite de Bill Clinton en Chine, Wang Dan a été autorisé à se rendre aux États-Unis. Désireux de parfaire son itinéraire universitaire, il s’est inscrit à Harvard où il a obtenu un doctorat d’histoire en 2008. Il a travaillé dans de nombreuses universités américaines et enseigne l’histoire de la Chine depuis plusieurs années à l’Université Tsinghua à Taïwan, tout en continuant à œuvrer pour la démocratisation de son pays. Il participe au comité de rédaction de nombreuses revues favorables à la démocratie, écrit de nombreux articles et parvient à faire connaître ses idées en Chine par l’intermédiaire d’Internet. Il jouit d’un grand respect dans les milieux de l’opposition en exil.

Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite CNRS au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po

Wang Dan est interviendra dans deux conférences à Sciences Po dans le cadre des Asia Days :

Democracy in Asia. A Discussion around Wang Dan, Former Student Leader of the 1989 pro-Democracy Movement. Le 27 juin 2017 de 18h00 à 19h30, amphithéâtre Émile Boutmy.

Introduction par Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche, Sciences Po - CERI, et Jean-François Huchet, vice-président du conseil scientifique, INALCO. Modération par François Bougon, Le Monde.

Beijing, Tiananmen 1989: A prefiguration of the “Occupy” Movement? A testimony by Wang Dan, Student Leader of the 1989 pro-Democracy Movement. Le 28 juin 2017de 17h00 à 19h00, salle de conférence du CERI, 6, rue Jacob, 75006 Paris.

Introduction par Jean-Philippe Béja, directeur de recherche émérite au CNRS, Sciences Po - CERI.

 

Interview de Wang Dan réalisée le 26 juin 2017 à Sciences Po, dans le cadre des Asia Days

 

En savoir plus

Le Centre de recherches internationales de Sciences Po

Le Groupement d'intérêt scientifique Études asiatiques (GIS Asie) vise à mettre en commun des compétences scientifiques et des moyens en faveur de la recherche française en sciences humaines et sociale sur l’Asie. Il compte aujourd’hui 21 institutions membres.

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